Patrice Louinet (scénario)
Paolo Martinello (dessin)
d’après R.E. Howard

Conan le Cimmérien, tome 10

La Maison aux trois bandits

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 23 septembre 2020 chez Glénat

Une cité-état quelconque, quelque part entre Zamora et Corinthia. En prison, Conan, que la réputation de mercenaire précède, est approché par Murilo, un aristocrate influent qui souhaite louer les services du cimmérien pour se débarrasser de son adversaire politique : le prêtre rouge Nabonidus. Parvenant à s’évader, Conan s’infiltre alors dans la demeure piégée de sa cible. Mais sur place, il découvre que, derrière la lutte de pouvoir entre Nabonidus et Murilo, c’est peut-être quelqu’un d’autre qui tire les ficelles…

Dans un Gotham City médiéval-fantastique, le prêtre Nabonidus, scientifique se faisant passer pour un sorcier aux faux airs de Duc de Richelieu, et le noble Murilo, traître se faisant passer pour un patriote aux faux airs de Grand Condé, jouent aux games of thrones du petit monde de l’entre-soi élitiste sous la menace des nationalistes de Petreus. Quand les choses se gâtent Murilo engage un certain Conan de Cimmérie pour assassiner Nabonidus. Mais son plan est éventé, et pris au piège il décide de tuer lui-même Nabonidus. Sauf que Conan fidèle à sa parole compte bien accomplir sa mission malgré tout, que les nationalistes de Petreus donnent l’assaut du palais de Nabonidus, et que Nabonidus victime d’une révolution de palais a été remplacé par son serviteur pas vraiment humain Thak. Les bandits d’en-haut que sont Nabonidus et Murilo, et le bandit d’en-bas qu’est Conan doivent ainsi collaborer pour survivre !

Tout le monde veut exploiter tout le monde, et au final tout le monde trahit tout le monde : nous sommes clairement dans le dézingage de la civilisation occidentale du dieu pour tous et chacun pour soi où « le poisson pourrit toujours par la tête ». Le personnage de Conan a été conçu et exécuté comme un « problem solver » : la situation est bloquée, et il vient débloquer la situation en résolvant les problèmes… Mais ici il est plus spectateur qu’acteur, car s’il débloque et résout la situation entre Murilo et Nabonidus c’est finalement Thak qui agit et lui qui réagit. J’avais toujours perçu ce récit comme une version médiévale-fantastique de Le Bon, la Brute et le Truand, mais ici le trio est plutôt quatuor : Thak a la frontière de l’humain et de l’inhumain est la « créature » de Nabonidus, et Conan à la frontière de la civilisation de la barbarie est la « créature » de Murilo, et c’est l’affrontement entre les deux « créatures » qui décident du destin du petit-monde de l’entre-soi élitiste.

[Conan] J’en ai soupé de cette ville, de ses prêtres et de ses politiciens corrompus, et de tous vos complots. 

Le protéiforme artiste italien Paolo Martinello réalise ici un gros travail de découpage : c’est fluide et c’est dynamique, et même en posant le cadre, l’ambiance et les personnages les 65 pages défilent à toute vitesse (ah qu’est-ce que c’est mieux quand on s’affranchit du carcan franco-belge des 48 pages !). Son style pourrait être plus précis et mieux colorisé, mais ça reste des graphismes très agréables à visionner (en Noir & Blanc cela doit être de toute beauté)…

Ça démangeait Patrice Louinet gardien du temple howardien : le meilleur connaisseur de l’œuvre de l’auteur texan passe du rôle de plotmaster à celui d’auteur. Je m’attendais à bon huis-clos urbain et je n’ai pas été déçu. L’auteur se fait même plaisir en se moquant d’un péripatéticienne aux cheveux roux et au bikini armure prénommé « Sonia » (il faut dire que adaptation ou pas les femmes ne sont pas à la fête dans ce récit). Il y a tout un jeu de miroirs au sens propre comme au sens figuré entre les personnages du quatuor qui s’affrontent dans le palais du banquier, euh pardon du sorcier, que bizarrement il ne met pas vraiment en avant. Car iIl faut dire qu’il y avait déjà fort à faire en restituant de fort belle manière le pied de nez réalisé en son temps aux christianistes yankee. Car quand R.E. Howard affronte seul les créationnistes du Bible Belt au début du XIXe siècle c’est autrement plus courageux que de porter un crop top à l’école au XXIe siècle au nom d’une prétendue rébellion contre on ne sait qui ou on ne sait quoi portée par les SJW débiles des réseaux asociaux et anonymes… On n’est clairement pas dans le même level de « rebel attitude » !

note : 8+/10

Alfaric

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