Christophe Bec (scénario)
Leno Carvalho (dessin)

Crusaders, tome 3 : Spectre

Bande dessinée, SF  / space opera
Publiée le 16 juin 2021 chez Soleil

La colonie humaine de Titan reçoit les plans de constructions de fabuleux vaisseaux spatiaux et les coordonnées d’une galaxie lointaine. Plusieurs mois plus tard, le Crusader 1 prend la tête d’une armada prête à rejoindre les créateurs du signal. Propulsés à travers des trous de ver, les vaisseaux arrivent en vue d’une gigantesque structure extraterrestre tendue entre deux astres ! Dans quel but ?​

Avec ce tome 3 intitulé Spectre j’ai bien peur que le syndrome Christophe Bec ne frappe à nouveau : je ne sais toujours pas ce qu’il veut raconter, or comme chacun le sait à celui qui ne sait où aller nul vent ne saurait être favorable…

Dans dans le tome 2 on était passé de Rencontre du Troisième Type à Stargate avec une croisade multiverselle. Évidemment il faut des antagonistes très méchants et très dangereux, et avec ces colonies de protomolécules qui se dévorant les unes les autres considèrent toutes les autres formes de vie comme des ennemis on a décroché le pompon (d’ailleurs comme ils ne disent rien, on se retrouve avec l’œil de flamme de Sauron version SF). Après leur haine de toutes les formes de vie sert bien le scénario, mais il faudra m’expliquer comment cette forme de vie a pu atteindre un tel niveau technologique. Les cétacés sont bien plus intelligents que nous, la preuve on n’arrive toujours à déchiffrer leur langage, pourtant ils ne disposent pas de téléporteurs et de bombes à antimatière. Parce qu’ils n’ont pas de mains pour manipuler des outils, et que c’est vachement compliqué de faire du feu dans l’eau ou sous l’eau. Pierre Christin et Jean-Claude Mézières l’avait compris dans Valérian & Laureline il y a 50 ans maintenant…

Donc il faut s’emparer d’une arme ennemie (les graines du mal : on continue donc avec le manichéisme), et un navire humain est détruit tandis qu’un autre sauve sa peau en défiant les lois de la physique avec une singularité spatio-temporelle (c’est une deus ex machina, mais le navigateur meurt de leucémie foudroyante à cause des radiations pour montrer que c’est dangereux de faire n’importe quoi en espérant que cela marche).

Ensuite il faut faire face aux représailles des Largans qui recourent à un trou blanc géant crevant l’espace-temps, puis négocier avec la Sphère de Dyson vivant de Gelis-Arbrer. Là des accidents ressemblant forts à des sabotages surviennent et tous les soupçon se portent sur les Émanants que les aliens soupçonnent de vouloir rejouer la GGE (la Grande Guerre Éternelle, avec des dates chelous, des motivations bizarres et le fameux « spectre » qui donne son nom au tome) et que les humains soupçonnent de les laisser de côté pour mieux les utiliser…

– La voie lactée contient quatre cents milliards d’étoiles, ce qui correspond au nombre de grains de sable formant une grande dune, comme dans le désert du Sahara, sur la Terre… Imagine que tu es un grain de sable au milieu de cette immense dune !… Et contemple ta propre existence, tes actions, tes pensées, tes espoirs futurs… Et bien, en fait, ce grain de sable, ce n’est même pas toi. Ce sont tous les êtres humains…

Les dessins de Leno Carvalho sont très beaux. Il s’est donné beaucoup de mal pour donner vie à un multivers peuplé de mondes et d’espèces toutes plus étranges les unes que les autres. Du coup c’est dommage qu’un paquet de planches soit gâchées par les explications scientifiques et des réflexions philosophiques qui occupent parfois les deux tiers des cases… Les explications scientifiques ne servent à rien puisqu’elles se résument à faire sérieux tout en disant dire à ceux qui ont un master en sciences que nous ne savons rien de l’univers donc qu’en fait la science c’est de la magie (donc quand les deus ex machina déboulent on pourrait entendre le fameux « ta gueule c’est magique »). Les réflexions philosophiques ne servent à rien, puisque qu’elles ne servent ni le récit, ni l’histoire, ni les personnages. Cela fait style pour ressembler à l’Interstellar de Christopher Nolan, et c’est bien dommage car Christophe Bec sait joliment manier les mots pour créer des émotions.

Non parce qu’au final on est quand même dans le cahier des charges hollywoodien, donc quand déboulent les discrets et froids scientifiques « analytics », les mystérieux espions « mystiffs » et les belliqueux guerriers « darkoïds », on se demande pourquoi on a voulu faire une BD sérieuse et stylée en recourant à tous les ficelles du cool et du fun. En effet pourquoi déployer autant d’efforts pour faire sérieux si c’est pour tomber dans les clichés du space opera de Série B ? Et je ne parle même pas des comics relief italiens et afro-américains… Ni des Mystiffs qui expliquent que les Darkoïds sont des alliés immémoriaux des Émanants avant que les Darkoïdes ne déclarent qu’ils font ce qu’ils veulent parce qu’ils ne sont les laquais de personne. Putain, rendez-nous le JMS de Babylon V car c’était autrement mieux à tous les niveaux : les Émanants auraient créé les Largans pour transformer leur ancien empire intergalactique en nouvel empire multiversel, cela aurait été tellement simple, tellement logique et tellement mieux (si jamais Christophe Bec va par là, qu’est-ce que je vais rigoler)  !!!

note : 6+/10

Alfaric

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