Bill Willingham (scénario)
Lan Medina (dessin)

Fables, tome 1 :

Légendes en exil

Comics, Fantastique / Urban Fantasy
Publié en VF en février 2004 chez Semic
Publié en VO le 25 avril 2003 chez Vertigo (« Fables: Legends in Exile »)

A Fableville, où les personnages de contes de fées cohabitent avec les New-Yorkais, la question est sur toutes les lèvres. Mais seul Bigby, le Grand Méchant Loup, peut résoudre l’énigme et, avec l’aide de Blanche Neige, empêcher la communauté des Fables de voler en éclats.

Je me lance dans un exercice périlleux en critiquant la série comics Fables en ayant lu que 17 des 150 épisodes de la série (sans parler des séries dérivées), mais je ne peux faire l’impasse sur la shitstorm que l’auteur a lui-même déclenchée avec ses propos engagés certes mais hautement clivants pour rester poli…

L’idée de départ est que les royaumes de contes de fées existent bel et bien et qu’ils ont été envahis par une puissance hostile et conquérante. Les « Fables » se sont bien lolées quand sont tombés les royaumes de Narnia et d’Oz, avant de se chier dessus quand ils ont été victimes à leur tour des armées de l’Adversaire (qui dans le Talmud désigne Satan et dans Le Seigneur des Anneaux désigne Sauron). Elles se sont donc réfugiés dans notre monde au fur et à mesure des conquêtes de l’Adversaire, pour former une communauté en exil auto-nommée « Fabletown » dirigée par le Roi Cole et Blanche-Neige comme bras droit et exécutrice des basses-œuvres.
Chasser le naturel il revient au galop, autrement dit plus les choses changent et plus elles restent les mêmes : les « Fables » nobles ont eu le temps de préparer leur départ et même en exil restent riches et puissantes, et les « Fables » roturières ont fui en urgence pour sauver leur peau avant de se retrouver en exil encore plus pauvres et plus faibles que jamais (il y avait matière a développer tout plein de trucs sur la lutte des classes, mais les orientations politiques libertariennes de l’auteur Bill Willingham vont l’inciter à passer outre). On va donc suivre les heurs et malheurs des « Fables » qui ont amené dans notre réalité leurs défauts et leurs qualités, ainsi que leurs éternelles rivalités…

C’est une super utilisation du concept de « Masquerade » (la société cachée coupée du reste de l’humanité, invention de l’immense auteur de Science-Fiction Robert A. Heinlein), sauf que l’auteur a publiquement déclaré que ses « Fables » étaient une allégorie du peuple juif. Comme la plupart des Américains, Bill Willingham est judéophile et sioniste, et c’est parfaitement son droit, mais cela ne l’autorise pas à raconter n’importe quoi. Car l’Adversaire chassant ses ennemis de ses terres ancestrales, cela pourrait être l’Empire Romain chassant les Juifs de Judée pour les disperser dans tout le bassin méditerranéen (ce qui aurait permis à la série de visiter tous les États-Unis voire même le monde entier). Oui mais non, nos « Fables » sont toutes regroupées à New York, la première ville juive du monde, ce qui nous ramène à la situation de l’entre-deux-guerres où les Juifs en exil ont collaboré activement à l’effort de guerre américain contres les forces fascistes en Europe (et effectivement dans la série, les « Fables » vont se rassembler pour œuvrer à la reconquête de leurs territoires). Sauf que l’auteur a écrit noir sur blanc, y compris dans sa propre saga (voire le fameux dialogue entre Bigby Wolf et Geppetto), qu’il voulait faire référence aux gentils juifs civilisés menacés par les méchants musulmans barbares, faisant écho aux gentils colons WASP menacés par les méchants Amérindiens barbares. Je n’ai pas envie de lancer de polémique, toutefois considérer comme en danger un État qui possède 500 têtes nucléaires et comme dangereux un peuple qui recourt aux armes du pauvres que sont les roquettes artisanales, les couteaux et les cailloux c’est assez fort de café pour rester poli… Le monde se serait mieux porté si on avait appliqué la résolution 181 de l’ONU, mais pour des raisons que la raison ignore on a laissé un peuple en coloniser et en exploiter en un autre, et on s’étonne tous les jours des conséquences qui en découlent…

Cerise sur le gâteau si j’ose m’exprimer ainsi, l’auteur qui n’a jamais su où il allait ne s’assume pas du tout : après avoir annoncé en grande pompe que l’Adversaire était Peter Pan (ce qui aurait pu amener plein de trucs très intéressants), il a complètement rétropédalé pour vaguement suggérer qu’en fait il s’agissait de Geppetto : ce n’est pas nul, c’est très nul en fait !

Et ils ne vécurent plus jamais heureux.

Dans ce premier arc / tome paru en 2003, intitulé Légendes en exil, et rassemblant les épisodes 1 à 5, Rose Red a été sauvagement assassinée. Du moins c’est ce qui est présumé en l’absence de corps et en l’abondance de sang sur la scène du crime Et sa sœur Blanche Neige confie au Grand Méchant Loup le soin de mener l’enquête. Ce dernier se tourne immédiatement vers ses anciens amants Jack aux haricots magiques, le Prince Charmant, et Barbe-Bleue, avant de mettre sur sa liste de suspects sa supérieure hiérarchique Blanche-Neige…
Début de série / saga oblige, il y a beaucoup de scènes d’exposition avec des guest stars comme la Belle et la Bête, où l’un des trois petit cochon qui n’est plus si petit que cela… Mais le scénariste qui ne va cesser de changer de dessinateurs tient bien le cap avec une histoire de polar comme fil directeur. Chaque suspect déclenche un interrogatoire, chaque interrogatoire déclenche un flashback, et mis bout à bout chaque flashback permet de poser le cadre de la saga. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est la manière donc le scénariste met tout cela en scène, puisqu’il joue avec les classiques du genre : on a une enquête très « roman noir », puis une grand scène de révélation à la « Agatha Christie » (qu’on retrouve dans moult séries policières américaines vintage), et pour terminer une fin à la « Scooby Doo » (vous savez, un truc du genre « mais donc qui se cache derrière ce masque »)…

Peu communs sont les comics à briller par leurs graphismes, mais franchement les dessins de Lan Medina assez bien encrés par Steve Leialoha et Craig Hamilton sont pas mal du tout. Pourtant ils donnent l’impression d’accuser leur âge et ce dès leur date de sortie. La faute peut-être à la colorisation de Sherilyn Van Valkenburgh, car je l’ai trouvée un peu pâle et terne (pour ne pas dire jaunâtre par moment, tellement certains personnages donnent l’impression de souffrir de jaunisse).

note : 7/10

Alfaric

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