Yukito Kishiro
(scénario & dessin)

Gunnm Other Stories

Manga, science-fiction / cyberpunk
Publié en VF le 27 mai 2009 chez Glénat
Publié en VO  le 19 décembre 2007 chez Shūeisha (« Gunnm Gaiden »)

« Gunnm Another Stories », autrement nommé « Gunnm Gaiden », regroupe ainsi 4 aventures complètes, dont une dernière totalement inédite avec des passages en couleur. « Douce nuit » est une préquelle à Gunnm, racontant les débuts du scientifique que Ido dans la décharge et donnant quelques clefs pour comprendre ses futurs sentiments paternels envers Gally . « Le Doigt Sonique » raconte l’affrontement sans merci qui opposa Gally, chasseuse de primes alors renommée et Doigt Sonique, tueur affable mais très dangereux. Kishiro confesse que cet épisode rythmé lui a permis de tester, avec bonheur, de nouveaux effets graphiques très impressionnants, comme en témoigne la scène finale. « Borne 50 » met en scène de manière émouvante la Borne 50, sidekick humoristique de la série, ici dans un rôle inattendu. Un épisode étonnant et quasiment muet où la psychologie des personnages joue à plein. « Barjack Rhapsody » narre la quête de la jeune Koyomi pour retrouver Den, centaure de métal obsédé par la destruction de Zalem.

Gunnm Other Stories ou Gunnm Gaiden est un recueil de 4 récits courts consacrés au manga cyberpunk culte Gunnm ! (si vous ne connaissez pas, l’auteur en fait carrément la chronologie exhaustive dans ses appendices et puis j’en parlerai longuement dans ma rétrospective sur la saga toute entière)

Dans les années 1980 après les États-Unis c’est le Japon qui est devenu le phare mondial de la culture cyberpunk et ses fers de lance sont Masamune Shirow, Katsuhiro Ōtomo et Yukito Kishiro. Mais le Pays de Soleil Levant, qui se s’était pas encore remis de la crise économique de 1991 (d’ailleurs au bout de 30 ans malgré des milliers et des milliers de milliards de yens de plan de relance financière il ne s’en est toujours pas remis), est successivement frappé par le séisme de Kobe et l’attentat au gaz sarin du métro de Tokyo. Masamune Shirow a alors arrêté de faire des mangas, Katsuhiro Ōtomo a arrêté de dessiner des mangas, et Yukito Kishiro a mis sa carrière entre parenthèse. De son propre aveu ce dernier a été victime de deux épisodes dépressif successif*, qu’on l’ont obligé à saborder le dénouement de sa série. C’est ces 4 récits courts qui lui ont permis de revenir au manga, redémarrer sa carrière et songer à reprendre la série Gunnm pour qu’elle pour suive la direction qu’il avait initialement imaginé pour elle…

 

« Douce nuit » est un récit en 3 parties :

Nous sommes juste après qu’Ido ait été banni de Zalem, il n’est pas encore devenu un Van Helsing néo-noir et il tente de survivre comme chasseur de primes. Il s’essaye sans succès à la cybernétique avec le Docteur Gauss, mais ses compétences en médecine ne lui servent pas à grand-chose. Il est donc tout content d’assister le Docteur Dedkinto lui aussi banni de Zalem et qui s’est spécialisé dans la chirurgie esthétique en remplaçant les parties mécaniques de ses clientes par des parties organiques réalisées par clonage. Mais quand il s’en prend à Carol l’enfant sauvage qu’il a pris sous son aile, il devient Colère puis il devient Tristesse…
Un beau récit sur le clonage qui n’est pas sans rappeler tout ce qu’a écrit sur le sujet Lois McMaster Bujold dans la saga Vorkosigan. Je note que dans les années 1990 on parlait du clonage sous l’angle de l’humanisme et qu’aujourd’hui on en parle sous l’angle des copyrights et des royalties : on vit vraiment un époque de merde où l’Argent-Roi gangrène les peuples pour les gouverner tous, les trouver, les amener tous, et dans les ténèbres les lier au pays de Mordor où s’étendent les ombres…

 

« Le Doigt sonique » est un récit en 2 parties :

Il s’agit d’un pur récit d’action situé dans les deux années de paix où Gally légende vivante du motorball est la coqueluche de tous les chasses de primes de Kuzutetsu et où tout le monde vient la voir au bar Kansas City (le Magicien d’Oz, la méchante Sorcière de l’Ouest, la route de briques jours et tout ça)…
Gally est la cible du tueur à gage le Doigt Sonique qui échappe aux autorités parce que sa méthodes pour tuer n’est pas considérer comme la possession d’une arme à projectile. On est dans le classique du guerrier qui veut partir en beauté contre un adversaire encore plus fort que lui, mais si la partie action est très réussi le pourquoi du comment n’est pas super explicite : il y a au cœur du récit une private joke que je n’ai pas compris sur le livre du philosophe Erich Fromm intitulé Le Cœur de l’homme, sa propension au bien et au mal

– S’il n’y a plus personne en qui croire, alors il ne me reste qu’à croire en moi.

« Origines » est un récit très court :

Dans l’univers de Gunnm, les Bornes sont des cyborgs dont le cerveau a été reconditionné pour servir de contremaître aux suprématistes de Zalem et mettre au pas les sans-dents. Évidemment les donneurs de cerveaux sont non-consentants… Mais pour les interactions sociales avec la populace, certains cerveaux conservent des bribes de leur personnalité et de leurs souvenirs. C’est ainsi qu’on voit la Borne 50 comic relief de la série mère retrouver peu à peu son humanité et essayer de peu à peu reprendre goût à la vie malgré son corps d’acier et de silicone. Mais ce faisant il a déserté le Système élitiste basé sur l’exploitation des faibles par les forts pour faire du pognon, et le Système élitiste basé sur l’exploitation des faibles par les forts pour faire du pognon ne peut pas le supporter car cela pourrait créer un dangereux précédent, pire encore ouvrir la voie à une troisième voie (or comme vous le savez il ne faut pas d’alternative d’après le reagano-thatchéro-macronisme de mes couilles). C’est donc tout naturellement qu’on lui envoie un agent pour l’éliminer, et suivant la chronologie de la série cet agent est Gally…

 

« Barjack Rhapsody » est un récit beaucoup moins court :

Dans la série mère le cyborg centaure révolutionnaire Den avait rassemblé tous les sans-dents des basses terres sous la bannière du Barjack pour partir en guerre contre les élites suprématistes de la tour d’ivoire de Zalem. Le système envoyait contre lui toutes ses forces, et Den mourait en martyr sous les yeux de Koyomi en laissant sa croisade en héritage.
Koyomi a grandi, elle essaye de suivre les traces de Buick le reporter qui avait chroniqué l’épopée du Barjack mais elle le blues. Elle la nostalgie de cette époque où Den avait offert aux pauvres et aux déshérités plus qu’un espoir un objectif à atteindre. Quand elle apprend que Den aurait refait son apparition dans les basses terres, elle court à sa poursuite pour croire à nouveau. Et s’il n’existe pas,tant pis elle le créera de ses propres mains !
ATTENTION SPOILERS Une bande d’arnaqueurs est tombé sur l’une des armures de Den et se fait passer pour lui pour se livrer au banditisme. Mais leurs succès dépasse leur espérances et des milliers et des milliers d’anciens combattants du Barjack se rallient à leur cause pour tenter à nouveau de réaliser le Grand Soir. Pour les arnaqueurs, leur seul chance que Koyomi qui a côtoyé de près Den et assisté à ses derniers instants arrive à transformer le mensonge en mirage crédible. C’est que débarque le kagemusha de Den qui ne veut pas qu’on salisse son héritage, mais quel héritage veut-il défendre ? ATTENTION SPOILERS
« Nous devant tous apprendre à vivre comme des frères, ou nous allons tous mourir comme des idiots ! »

Tout acte de création démarre par une destruction, Den a détruit le passé donc il s’agit désormais de construire l’avenir ! A la date d’écriture de ce récit, Gunnm Last Order n’a pas démarré : il est ironique que les habitants de Zalem qui n’ont fait que diviser pour régner vont s’autodétruire dans leurs délires suprématistes alors que les habitants de Kuzutetsu qui n’ont fait que subir le diviser pour régner vont s’unir pour construire un nouvel avenir. Chaos le psychomancien idéaliste et Vector le ripou repenti sont les héritiers du père fondateur Arthur Farell, mais pour que leurs projets pacifistes se réalisent il leur faut rallier tous les déçus de l’épopée du Barjack : c’est peut-être ce qu’on nous a raconté. Le peuple n’est pas le problème mais la solution, le vrai problème cela a toujours été les élites à la con qui se croient au-dessus du commun des mortels ! Notez également que le titre VO est « Barjack Bonori » et que le Bonori est une danse originellement destinée à renvoyer les âmes des morts dans leur monde spirituel : nous sommes donc en face d’un récit magnifique sur le deuil, celui des morts, des espoirs déçus et des passés envolés qui s’appliquent autant en fiction qu’en réalité…

 

* C’est quand même édifiant ce modèle social qui ne jure que par le travail, le travail et encore le travail pour obtenir les plus hauts taux du monde de burn-out, dépressions nerveuses, accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde, suicides sanglants… Le travail c’est la santé ? on nous aurait menti à l’insu de notre plein gré pour la énième fois ???

note : 8,5/10

Alfaric

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