Kenzaburo Akechi (scénario)
Yutaka Todo (dessin)

L’Homme qui a tué Nobunaga, tome 2

Manga, histoire / XVIe siècle
Publié en VF le 03 févier 2021 chez Delcourt / Tonkam
Publié en VO en 2016 par Akita Shoten dans Young Champion (« Nobunaga wo Koroshita Otoko – Honnouji no Hen, 431-nenme no Shinjitsu / 信長を殺した男 ~本能寺の変 431年目の真実 »)

Plongez au cœur des derniers mois d’Oda Nobunaga, éminent seigneur de guerre ayant unifié le Japon au XVIe siècle. Laissez-vous porter par l’amitié qui le liait à Yasuke, le tout premier samouraï noir, et découvrez l’histoire qui mena à son assassinat lors de l’incident de Honnôji. Après plusieurs siècles, le voile est enfin levé sur les mystères qui planaient sur cet événement historique.

Le manga intitulé L’Homme qui tua Nobunaga appartient clairement à la catégorie des œuvres très sérieuses et très stylées… Comme chacun le sait l’Histoire est écrite par la vainqueurs : Hashiba Hideyoshi a dépeint Oda Nobunaga comme le roi des démons, Ieyasu Tokugawa a dépeint Hashiba Hideyoshi comme un paysan arriviste, et les clans vaincus par Ieyasu Tokugawa ont attendu 250 ans avant de réécrire l’Histoire à leur tour en dépeignant les partisan du Bakfu comme des agents de l’étranger prêts à trahir leur pays pour une poignée de riz…
Entre enquête et docu-fiction, l’auteur Kenzaburo Akechi se propose de réaliser la biographie de Mitsuhide Akechi dont il pense être le descendant. Et franchement, à côté l’Affaire Seznec c’est du pipi de chat !

L’Histoire a retenu le nom de Mitsuhide Akechi comme le celui du félon qui a trahi son seigneur par ambition, mais cette version a été fabriquée par son rival Hashiba Hideyoshi qui a eu beau jeu de se poser en bon vassal vengeant la mort de son suzerain. « Cui bono »  comme on dit : on ne voit que trop bien à qui a profité le crime, d’autant plus qu’il y a beaucoup trop de choses qui ne collent pas dans l’histoire officielle ! A travers le portait de son prétendu ancêtre, l’auteur réalise celui d’Oda Nobunaga le premier unificateur du Japon, donc il réalise également le panorama de l’époque du Sengoku Jidai. Pour ceux qui ne sont pas au fait de l’Histoire du Pays du Soleil Levant, c’est une époque d’anarchie qui couvre tout le XVIe siècle qui correspondrait peu ou prou à l’effondrement de l’Empire Carolingien à notre IXe siècle (le invasions vikings en moins). Grosso modo le pouvoir central s’effondre de lui-même sur lui-même à cause de querelles intestines, les seigneurs provinciaux s’émancipent pour s’ériger en principautés indépendantes, mais ils se font déborder par leurs vassaux qui se font eux-mêmes se font déborder par les paysans en quête de liberté. C’est la guerre partout, et hommes et femmes meurent par milliers de pauvreté quand la famine et la maladie ne les emportent par avant…

Tout en ce monde est éphémère… Les liens humains sont aussi vains que le rêve printanier…

Chapitre 7 : Le Tigre du Kai
Le succès d’Oda Nobunaga lui attire de plus en plus d’ennemis, le shogun recherchant activement un rival à lui opposer pour l’abattre. C’est ainsi qu’il dresse contre Oda Nobunaga « le Roi des Démons » Takeda Shingen « le Tigre du Kai » (qui était un renard avant d’être un tigre, voire Le Tigre des neiges d’Akiko Higashimura), le plus célèbre seigneur de la guerre du Sengoku Jidai (aussi célèbre pour ses innovations militaires essentiellement basée sur l’usage de la cavalerie, que pour ses innovations administrative qui ont grandement moderniser le Japon). Le champion espère que son challenger va perdre du temps au siège du Château de Hamamatsu, mais les 11000 hommes de Ieyasu Tokugawaa se font écraser…

Chapitre 8 : Oda Nobunaga encerclé de toutes parts
Le conquérant réuni ses généraux ce qui déclenche un droit de quota de flashbacks. Pris en étau entre l’armée du Takeda Shingen à l’Est et l’armée du Shogun à l’Ouest, Oda Nobunaga se retrouve dans la même situation qu’à ses débuts quand il devait défendre la Province d’Owari contre ses deux frères alliés aux clans Saitô à l’Ouest et Imagawa à l’Est… Les choses sont mal engagés quand Hosokawa Fujitaka et Araki Murashige rompent avec le Shogun pour rejoindre son camp, alors même qu’on annonce le retrait des forces e Takeda Shingen dans leur province (remember Kagemusha d’Akira Kurosawa : les vrais savent !)…

Chapitre 9 : Le Temple Honganji
Tandis que nobles déchus et paysans en colère s’inspirent du christianisme pour fonder un nouveau mouvement fondé sur la liberté, l’égalité, et la fraternité, les temples bouddhistes traditionnels utilisent leurs fabuleuses richesses pour faire la guerre ! C’est ainsi que l’abbé Kôsa Kennyo, 11e maître du Hongaji, lance un croisade contre l’armada d’Oda Nobunaga en déclarant que tout fidèle mourant en luttant contre lui gagnera le paradis… C’est ainsi que des hordes de fanatiques déferlent sur la forteresse de Tennôji, servant de boucliers humains aux tireurs d’élites Saika achetés à prix d’or avec l’argent des fidèles. C’est un point clé du blocus de la secte ikko-shu, et Mitsuhide Akechi qui en a le commandement est décidé à la tenir coûte que coûte ! Et quand le conquérant apprend que son plus fidèle vassal est en grand danger, il vole à son secours avec l’élite de ses forces !!!

Chapitre 10 : Le Forteresse de Tennôji
Oda Nobunaga s’offre en appât pour attirer toutes les forces ennemies, afin de mieux les transpercer pour amener le cœur de la folie au portes du QG ennemi. Les fanatiques font retraire pour protéger leur gourou, et la dream team du conquérant ne peut pas pousser plus avant. Le blocus continue, et les fanatiques religieux vont tenir longtemps ravitaillé par une mystérieuse flotte pirate neutre (soutenue par le Clan Mori et le Shogun qui veut abattre celui qui lui aurait manqué de respect)…

Chapitre 11 : Errances
Après avoir attrapé la dysenterie lors du siège de la Forteresse de Tennôji, notre antihéros est entre la vie et la mort… Cela déclenche un droit de quota de flashbacks où nous voyons la chute du clan Mino, trahi et traqué par la vipère Nagai Shinkurô Norihide, sa fuite vers la province d’Echizen, son mariage avec Tsumaki Hiroko qui l’a toujours aimé, leurs luttes pour reconquérir leurs terres natales, les sacrifices qu’ils ont dû consentir pour tenir leurs engagements, et la mort de leur fille aînée dans un énième convoi de réfugié… Toutes choses que les puissants ne connaîtront jamais, se contentant de penser qu’« il y a ceux qui sont tout et ceux qui ne sont rien », et que si ceux qui ne sont rien ne sont pas contents ils n’ont « qu’à traverser la rue pour trouver du travail »…

Chapitre 12 : Hiroko
Notre antihéros a survécu à la maladie, mais pas son épouse qui l’a veillé jour et nuit au point de contracter le même mal que lui. Et contrairement à la tradition machiste qui interdit aux mâles d’assister aux funérailles de femelles, Mitsuhide Akechi met un point d’honneur à accompagner son épouse dans sa dernière demeure…
Pendant ce temps Oda Nobunaga renforce son pouvoir en construisant quatre magnifiques châteaux aux points cardinaux du Lac Biwa au centre du Japon. Le conquérant se laisse séduire par les récits des Jésuites : si après le Reconquista les Rois Catholiques ont su unifier leur pays par la conquête et la colonisation du Nouveau Monde, pourquoi il ne pourrait pas passer des conquêtes intérieures aux conquêtes extérieures pour lui aussi unifier son pays. Le suzerain veut placer la guerre à une autre échelle alors que le vassal veut mettre fin à la guerre : la divergence idéologique est de taille, et va les dresser l’un contre l’autre car le premier qui n’a jamais connu la défaite ne peut voir le monde de la même manière que le deuxième qui n’en connaît que trop bien les conséquences… (et le jour où les macronistes connaîtront ces conséquences, peut-être abandonnerons-ils leur insupportable arrogance)

 

Je n’oublie pas l’essentiel dans l’art séquentiel : les graphismes réalistes de Yutaka Todo sont excellents, et c’est bien souvent du bonbon pour les yeux mêmes quand on n’y connaît rien au Japon !

note : 8,5/10

Alfaric

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