Edmond Hamilton

Les Loups des étoiles, tome 2

Les Mondes Interdits

Roman, science-fiction / space opera
Publié en VF en 1971 chez Opta
Publié en VO en 1967 chez Ace (« The Weapon from Beyond »)

Les hommes nés sur la terrible planète Varna étaient appelés « Loups ». Plus durs, plus féroces que les humains ordinaires, ils étaient tour à tour pirates ou mercenaires. Morgan Chane était l’un deux sur l’ancienne et tranquille planète que l’on appelait la Terre, il avait accepté une mission : retrouver Randall Ashton, le riche héritier porté disparu dans Les Mondes Interdits de l’étoile Allubane. Les Loups eux-mêmes se tenaient à l’écart d’Allubane. Et lorsque Morgan Chane s’y risqua, il découvrit que le but était infiniment loin de là : l’homme qu’il cherchait était parti en quête des Francs Voyageurs. Il avait découvert l’Errance Libre, voyage désincarné vers un autre-part semblable à ta mort, un autre-part où Morgan Chane allait le suivre…

Dans ce tome 2 intitulé Les Mondes Interdits et publié en 1968 tout commence sur Terre : à New York le mercenaire John Dilullo commence à penser qu’il est « trop vieux pour ces conneries » ; au Pays de Galles le pillard Morgan Chane trouve un peuple merveilleux qui aime rire et chanter, boire et se bagarrer… On continue le chouette numéro de duettiste entre le civilisé et le barbare, qui fait un peu La Tête et les jambes et beaucoup L’Arme fatale : ah John Dillulo et Morgan Chane auraient pu être les Roger Murtaugh et Martin Riggs de l’Espâce !

John Dillulo est contacté pour retrouver le frère prodigue d’un chef d’entreprise milliardaire féru de xénoarchéologie, et il monte une équipe pour enquêter dans les Mondes Interdits. Bien évidemment Morgan Chase et son second Bollard sont de la partie pour une opération en terrain hostile dans un trou perdu de la galaxie. Sur le fond on pioche dans les classiques d’Edgar Rice Burroughs et d’Henry Rider Haggard, et si on retrouve des éléments similaires dans un film comme Le Fils de Tarzan on est aussi dans les archétypes du récit d’aventure (qui deviendront les archétypes du récit de Sword & Sorcey, fille cachée du Sword & Planet) : mise en place, développement, affrontement, dénouement au-delà du réel avec bien souvent intervention du surnaturel…

Arrivée sur place la Team John Dilullo / Morgan Chane découvrent qu’on leur a menti sur beaucoup de choses, que les explorateurs de l’espace déchirés entre érudits assoiffés de savoir et hommes d’affaires assoiffés d’argent, et que les uns comme les autres sont tombés dans une guerre de l’ombre entre régime conservateur et rébellion révolutionnaire. C’est ainsi que Morgan Chane est décontenancé de tomber sur Vreya la combattante de la liberté, presque aussi forte que lui, et sans doute bien plus courageuse que lui. Il est immédiatement séduit, mais lui qui vit intégralement dans le présent a bien du mal à comprendre la grande blonde athlétique coincée entre le poids d’un passé écrasant et la promesse d’un avenir éclatant qu’elle se voit contrainte de construire de ses propres mains (Conan et Valéria ?)…
Dans la jungle c’est un chassé croisé entre les explorateurs, l’équipe de secours, les autorités qui veulent enterrer le passé, les rebelles qui veulent libérer le passé, et des sauvages anthropophages quasiment immortels. « Arche perdue » ou « Temple maudit ? Dans un cas comme dans l’autre tout se finit par une bataille au milieu de nulle part et par un trek de plusieurs centaines de kilomètres moins pour rejoindre la civilisation que pour sauver sa peau…

C’est quand on est mort qu’il n’y a plus d’espoir.

Et une fois de plus l’auteur prouve que ceux qui crachent sur le Space Opera selon eux littérature de gare pour les masses stalloniennes se fourrent le doigt dans l’œil mais pour expliquer cela il va falloir passer par la Zone Spoiler :
Tout le récit repose sur le secret de l’Errance Libre, super-technologie qui permet de séparer le corps de l’esprit pour permettre à ce dernier d’explorer à son gré tous les secrets de l’espace et du temps : c’est un peu la technologie mise au point par le Prince Zarth Arn dans Les Rois des étoiles, mais aussi celle de la Grande Machine d’Epsilon III dans série télé Babylone 5… Pour les rebelles à qui ont toujours interdits l’accès à la civilisation galactique l’Errance Libre est le Saint Graal, mais pour les autorités conservatrices qui connaissent les secrets du passé l’Errance Libre est un cadeau empoisonné. Car les Mondes Interdits qui autrefois étaient les Mondes Ouverts ont vu leur civilisation s’effondrer à cause de l’Errance Libre. Les Nanes êtres artificiels avaient libéré leurs créateurs de toutes les tâches matérielles, qui ont ainsi pu se consacrer entièrement aux choses spirituelles. Mais au lieu d’élever la civilisation l’Errance Libre est devenue une drogue pour hédonistes en mal de sensations fortes (le récit a été écrit à la grande époque des trips psychédéliques et des partisans des drogues en vente libre)… Et les créatures livrées à elles-mêmes ont fini par mettre à une civilisation en train de mourir d’inanition (si l’Amazonie ne remplaçait pas l’Antarctique, on pourrait faire un lien avec Les Montagnes hallucinées de H.P Lovecraft). Du coup les autorités conservatrices condamnent-elles ou préservent-elles leur peuple en voulant enterrer les démons et les merveilles de leur passé ? Seules les âmes fortes comme Morgan Chane et Vreya ont finalement la réponse à cette question…

Edmond Hamilton a un sens de la mise en scène extrêmement plaisant. Il se lit toujours facilement et rapidement, les pitchs sont toujours excellents et remplis d’éléments intéressants. Malheureusement malgré tout son talent de conteur d’histoire, il est victime de son temps : c’est trop court, cela manque d’approfondissement, le relationship drama n’est pas suffisamment étoffé et développé malgré de bonnes idées, et contrairement à ce que R.E. Howard a écrit en Heroic Fantasy cela manque de tripes (c’est trop gentil voire bon enfant alors qu’avec du sang et des larmes cela aurait pu déchirer sa race !). Quand il marrie son talent de conteur d’histoire avec celui de jongleuse de mot de sa compagne c’est un redoutable combo pas très loin du nec plus ultra ! Michael Moorcock qui ne connaissait que trop bien l’un et l’autre ainsi que leur mentor a suivi leurs voies pour atteindre une niveau de supra-coolitude rarement atteint en SFFF, (voix rocailleuse sur fond de battement de tambours) mais ceci est une autre histoire …

note : 7-/10

Alfaric

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