Nicolas Jarry (scénario)
Pierre-Denis Goux (dessin)

Nains, tome 17 :

Gurdan du Malt

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 17 juin 2020 chez Soleil

Gurdan, recruteur irascible de la légion de Fer, a repris sa place de capitaine. S’il a les bras toujours solides, son cœur à bout de souffle le trahit au plus mauvais moment… Brum lui demande alors de quitter définitivement le rang. Gurdan rejoindra la distillerie familiale avec l’espoir d’y finir ses jours. Mais son frère a disparu, les bâtiments sont en piteux état et son neveu vient de vendre les terres… Pourtant, il ne renoncera pas, jurant que si son cœur tient, il fera revivre la propriété et distillera la meilleure liqueur de malt de tout Arran !

Nicolas Jarry renie son propre concept de présenter un ordre de la société naine à chaque tome pour laisser la place aux membres de la Légion de Fer. Après Jorun, Fey et Brum voici Gurdan qui chipe la place de Kardum qu’on avait laissé en pleine croisade contre les forces obscures du Grand Capital à la fin du tome 12…
Après le départ de Fey « en congé maternité » (voir tome 13), Gurdan le recruteur a hérité de son poste de capitaine en attendant que Jorun soit fin prêt (voir tome 6). Mais Gurdan brûle la chandelle par les deux bouts et le palpitant ne suit plus. C’est pour son propre bien que Brum est obligé de le rendre à la vie civile et les deux hommes ne se quittent pas en bons termes. Gurdan espère profiter de sa retraite en jouant aux caïds dans les tavernes, mais les choses ne tournent pas comme il le souhaite. Vers qui se tourner quand on a tout perdu ? Sa famille !

Gurdan revient dans son village natal pour se réconcilier avec son frère jumeau, mais c’est pour apprendre que celui-ci a disparu sans laisser de trace il y a trois ans et que c’est désormais son neveu Borogam seul et au bout du rouleau qui tient la ferme familial, ou plutôt qui meurt d’envie de s’en débarrasser et d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Gurdan récupère légalement ce qu’il pense être son bien et entreprend de retaper la distillerie de ses ancêtres avec au sans son neveu qui se barre rapidement avec l’argent. Ce dernier suit finalement la même voie mais en accéléré, et lui aussi se tourne vers sa famille quand lui aussi perd tout…

Le passé demeure le passé, on ne peut le changer… Tout ce qu’on peut faire, c’est bouger son joufflu et avancer…

C’est un tome tranquille dans lequel il ne se passe pas grand-chose, et pourtant c’est excellent de bout en bout. L’ado en colère contre la terre entière qui se trouve / retrouve un père, David Gemmell nous a fait le coup 30 fois et ça a marché à chaque fois ; le vieux briscard qui défie la mort pour un ultime combat, David Gemmell nous a fait le coup 30 fois et ça a marché à chaque fois… Donc quand Nicolas Jarry qui connaît tout ça par cœur et qui nous a déjà fait le coup 30 fois remet le couvert, et ben ça marche encore très bien !
Le fil directeur c’est le vieux briscard qui apprend à l’ado en colère contre la terre entière le métier de bouilleur de cru, et force est de constater que c’est très bien documenté et très intéressant à lire car on apprend plein de chose sur les us et coutumes de cet artisanat. Borogam apprend à affronter l’avenir tandis que Gurdan apprend à affronter le passé, car au fil de ses souvenirs qui lui reviennent en tête il se réconcilie avec sa famille et sa communauté. Mais l’un et l’autre ne peuvent tourner la page tant qu’ils ne savent pas ce qui est arrivé à celui qui a disparu et qui n’est plus là : c’est le côté « enquête » qui est l’autre fil directeur du récit…

Mais ce qui m’a le plus plu, c’est Borogam qui ne comprend pas pourquoi Gurdan prend tous les risques tout obtenir être reconnu et certifié par les Brasseurs des Bardal dès sa première récolte quitte à tout perdre, et cette fois-ci définitivement. Car Gurdan est bien conscient que son état de santé se dégrade fortement, et qu’il joue la montre avec la Grande Faucheuse : il veut absolument léguer quelque chose au monde des vivants avant de rejoindre le monde des morts, il veut participer de nouveau à la transmission de génération en génération, lui qui a tant détruit veut créer avant de calancher…

Une belle histoire bien servie par les graphismes de Pierre-Denis Goux qu’on retrouve toujours lui aussi avec plaisir. La colorisation très réussie également et m’a rappelé quelqu’un : ou j’ai déjà croisé le travail de Julia Pinchuk, ou c’est quelqu’un qui a changé de pseudo…

note : 8,5/10

Alfaric

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