Stéphane Betbeder (scénario)
Erwan Seure – Le Bihan (dessin)

Oracle, saison 1 Tome 05 :

La Veuve

Bande dessinée, fantasy / mythologie
Publiée le 28 janvier 2015 chez Soleil

Zeus a une faiblesse : il ne peut résister aux charmes des mortelles et son épouse Héra est de nature jalouse, très jalouse. Dans le royaume d’Argos, une jeune femme confie à Cyddipe, sa meilleure amie, quelle est l’amante du roi des Dieux. Zeus l’apprend et ordonne à Poséidon de provoquer un raz de marée afin d’engloutir la cité en même temps que son secret. Le tsunami détruit tout sur son passage. Le mari de Cyddipe et leurs enfants font partie des nombreuses victimes. Folle de douleur, Cyddipe invoque Zeus et lui pose un ultimatum : ou ce dernier l’aide à ramener les siens des Enfers ou elle dit tout à Héra. De mauvaise grâce, il lui cède trois artefacts magiques : une cape d’invisibilité, un morceau de craie passe-muraille et une lame en airain en forme d’éclair capable de provoquer la foudre. Mais à chaque emploi de l’un deux, elle contractera une dette envers lui. Qu’importe, pour Cyddipe, une seule chose compte : sauver sa famille. Elle n’est pas la première à descendre dans le royaume des Enfers dans le but d’en revenir. Jusqu’à aujourd’hui personne n’en est sorti indemne. Pas même Thésée, pas même Hercule.

Après n’avoir pas apprécié à sa valeur le tome 4, c’est avec beaucoup d’appréhension que je me suis lancé dans le tome 5 de la série Oracle intitulé La Veuve. On retrouve les tensions entre mortels et immortels, les vengeances des uns interférant avec les caprices des autres, le tout conté par l’aède aveugle au jeune Homère.

Ici Zeus ordonne à son frère Poséidon de raser une cité toute entière pour masquer les dommages collatéraux d’une énième aventure extraconjugale avec l’humaine Galatée… Et la rescapée Cydippe va vouer les dieux de l’Olympe aux gémonies. Le roi des dieux piqué au vif lui lance un défi : récupérer son époux et ses enfants aux Enfers où règne son frère Hadès.
Il lui confie trois objets magiques : la cape d’invisibilité, la craie passe-muraille et l’épée de vie et de mort
– si elle en utilise un, elle lui devra une nuit entière
– si elle en utilise deux, elle subira la malédiction de son choix
– si elle en utilise trois, elle lui appartiendra corps et âme pour l’éternité

C’est donc pleine de résolution que la veuve se lance dans une odyssée aux enfers pour récupérer sa famille, accompagnée du cyclope Polyphème qui souhaite faire la nique à son père Poséidon qu’il déteste cordialement. Nous traversons donc le Styx, le corridor des enfers gardé par le terrible Cerbère, le territoire des morts innocents, le territoire des suicidés, les champs des larmes, le territoire des Danaïdes et le sinistre Tartare… Les connaisseurs en mythologie, même modestes, auront deviné qu’il y a anguille sous roche dès le territoire des suicidés. Et donc, ils ne seront pas vraiment surpris par le plus gros twist de cette histoire.
Car au final Cydippe ne gagne ni gloire ni honneur : elle est condamnée à voir vieillir et mourir son mari et ses enfants, elle est marquée dans sa chaire par la rancune d’Héra et elle est confinée ad vitam eternam dans un temple sous peine de subir l’ire de Zeus…

Les sentiments d’injustice, d’amour et de vengeance sont des moteurs puissants de l’âme humaine… Conjugués, ils sont redoutables… Assez forts pour se moquer des dieux et de la mort. Assez forts pour défier des puissances que les dieux eux-mêmes craignent.

L’histoire de Stéphane Betbeder est facture assez classique mais bien troussée. Dommage peut-être ne pas avoir davantage axé le récit autour des trois objets magiques (j’avoue que la craie passe-muraille est presque aussi cool que la craie du destin mise ne scène par l’auteur russe Sergey Lukyanenko dans sa pentalogie urban fantasy), dommage aussi de ne pas avoir creusé la question de la présence de Samos au Tartare (car après tout, chaque protagoniste se la pose cette question…).
Quelques bons trucs que j’ai bien aimé :
– la manière donc Cydippe se rend maîtresse des Érinyes avec une graine de lotus
– la manière dont Samos se débarrasse de Polyphème en utilisant la puissance de Cerbère
– la manière dont Samos, encore, stoppe Zeus avec une pièce de monnaie et une horde de morts-vivants

Les dessins d’Erwan Seure – Le Bihan sont très satisfaisants sinon plaisants. Les couleurs d’Elodie Jacquemoire font plus penser à de la peinture qu’au DAO. Elles sont un peu terne, mais pouvait-on en attendre autrement d’un récit centré sur la traversée des enfers antiques ? Ça et là des planches qui font penser à la saga vidéoludique God of War, mais c’est le cas depuis le depuis du cycle il est à gager que cela faisait partie du truc depuis l’idée originale de Jean-Luc Istin… Comme souvent avec les titres de cette série, il m’aura manqué un je-ne-sais-quoi pour véritablement me prendre au jeu (d’autant plus que dans le créneau antiquité la série Les 7 Merveilles est plus aboutie scénaristiquement et graphiquement).

L’épilogue permet de bouler la boucle, Homère prenant la suite de l’aède aveugle marqué aux poignets de l’alpha et de l’omega. Mais tant qu’on gagne on joue, et Soleil annonce un 6e tome…

note : 8/10

Alfaric

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