Olivier Peru (scénario)
Stéphane Créty (dessin)

Orcs & Gobelins, tome 9 :

Silence

Bande dessinée, fantasy / dark fantasy
Publiée le 19 août 2020 chez Soleil

Silence était autrefois un orc de légende, un des plus grands guerriers des Terres d’Arran, un de ceux que la mort refusait d’emporter à la fin des combats. Aujourd’hui, son visage porte plus de rides que de cicatrices, le vieil orc n’a plus rien d’un tueur, il n’a même plus toute sa tête, il vient pourtant de reprendre les armes. Une ancienne bataille inachevée s’est rappelée à lui et cette fois Silence compte bien la mener à son terme. Quitte à finir sa vieille carcasse, autant le faire avec du sang dans la bouche et les genoux dans la boue plutôt qu’allongé sur un lit.

Olivier Peru a été marqué par la mort de son frère. Depuis ses récits ont tendance à être plus sombres et plus violents, et là où Nicolas Jarry joue sur le mélancolie en parvenant à nous donner la patate lui joue sur la tristesse et parvient à nous filer le bourdon : c’est une fois de plus le cas ici, avec tome 9 de la série Orcs & Gobelins intitulé Silence et sorti en août 2020…

Yudoorm a été le plus grand seigneur de guerre orc de son époque. S’il avait tout perdu avant de se reconstruire, le fait de tout perdre à nouveau l’a définitivement brisé. Cela faisait donc 20 années qu’il traînait sa misère en attendant la mort, et le voilà qu’il repart en guerre en sonnant le ban et l’arrière ban de ses anciens compagnons grognards. On l’appelait « Silence » et il était un tacticien renommé, et on nommait ses soldats « les silences » et ils étaient craint dans le monde entier. Ils ne sont plus qu’un poignée contre le royaume des « écorcheurs », des fanatiques religieux plein aux as, mais « Silence » à un plan où tout est prévu plusieurs coups à l’avance. Reste que « Silence » est atteint de la Maladie d’Alzheimer, qu’il parle constamment aux membres de sa famille décédé, et que seul les potions de Freill son vieux compagnon gobelin retarde l’échéance de la démence… Mais rien ni personne, ni la folie ni la maladie, ne peuvent empêcher Yudoorm de venger son fils et ses petit-fils du crevard qui les a condamné à une mort horrible après les avoirs manipulés et trahis !

On veille sur les nôtres. On venge les nôtres. On meurt pour les nôtres.

Le coup du vieux grognard qui se lance dans un baroud d’honneur en crachant à la gueule de la mort, Nicolas Jarry fin connaisseur de David Gemmell le maître anglais de l’heroic fantasy nous a déjà fait le coup trois fois dans la série. Mais l’avantage avec les vieilles recettes, car qu’il suffit d’y mettre du cœur pour qu’elle fonctionne à tous les coups ! (Ce n’est pas un hasard si le vieux baroudeur orc emprunte quelques citations à Conan le Cimmérien, et que son passé est plein de situation qui rappelle les heurs et malheurs de Conan le Cimmérien)
Le récit est presque construit en analepse car il faut raconter aux personnages et aux lecteurs / lectrices qui est Silence, ce qui l’a d’abord brisé et ce qui l’a ensuite réveillé. Le conteur est ainsi autant Olivier Peru que Freill le rebouteux gobelin qui a toute les clés de l’intrigue en étant également le moteur de l’intrigue car c’est lui qui permet à Silence d’avancer pour assouvir sa vengeance. Beaucoup de tristesse, beaucoup de noirceur, beaucoup de violence : c’est la « dark attitude » de l’auteur, qui enfonce le clou en opposant à ses justiciers peaux-vertes des fanatiques religieux dégueulasses dirigés par un crevard de compétition 50% Griffith de Berserk 50% Thulsa Doom de Conan le Barbare (les vrais savent).

Sur le forme Olivier Peru ne nous met pas la tête sous l’eau avec une fin ouverte. Ouf, on évite le « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ». Sur la forme j’ai bien aimé les graphismes du duo formé par Stéphane Créty aux dessins et Olivier Héban aux couleurs. Je suis au courant que Stéphane Créty ne fait pas l’unanimité chez les spécialistes tant sur son niveau que sur son évolution, mais franchement il affiche un homogénéité et une sérénité qui lui faisaient encore défaut il y a quelques années alors pourquoi chipoter (voire s’acharner)…

note : 7,5/10

Alfaric

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