Boichi
(scénario & dessin)

Origin, tome 10

(pour public averti)

Manga (seinen), SF / cyberpunk
Publié en VF le 02 septembre 2020 chez Pika Édition

La mort de Mai Hirose a enfin fait naître des émotions et un ego chez le robot qu’est Origin. Mais il se retrouve alors rongé par la colère et plongé dans une profonde tristesse. Décidé à venger la mort de Mai, il se met en tête de détruire ses frères robots un à un, à commencer par Kan. Puis, il se dirige seul vers leur repaire à Furano où l’attendent les autres robots et notamment Masamune…

Le monde est si injuste ! Alors qu’on autorise des tâcherons sans aucune imagination à réaliser des séries de plusieurs dizaines de tomes et plus si affinités parce que tant qu’on gagne on joue, on ordonne à Boichi qui est un enfant de la Science-Fiction à stopper au plus vite sa série de Science-Fiction parce que le pognon, encore le pognon et toujours le pognon… Dans ce dixième et dernier tome, Boichi nous révèle qu’il avait pour ambition de réécrire en quatre parties la fabuleuse Histoire du Futur de l’incroyable Robert. A. Heinlein, et que le manga que nous avons entre les mains n’en était que la première partie intitulée « 8 contre 1 » qui devait faire entre 20 et 24 tomes au lieu de 10… Misère de misère quel gâchis, car avec de la fusion de l’Âge d’Or et du cyberpunk Boichi on était si proche du « nec plus ultra » ! J’en appelle solennellement à tous les éditeurs européens : il faut faire un pont d’or à l’auteur sud-coréen et lui donner carte blanche pour le récit SF de son choix (ce n’est pas comme s’ils avaient déjà accordé tout et le reste aux délires d’Alejandro Jodorowsky)…

Avec la mort de l’être aimé Origin est devenu Colère. Mais Dieu est d’abord et avant tout Miséricorde. Après avoir vaincu Kan, Shin et Hoo, il avance vers Masamune protégé par Alya. Rien n’est simple : attention, ça va sérieusement secouer en ZONE SPOILERS !
Alya a atteint la transcendance sans en avertir Masamune, et Masamune a obtenu la transcendance sans en avertir ses subordonnés. Pire encore Alya a obtenu la transcendance en tombant amoureuse d’Origin tout en restant loyal envers Masamune, c’est donc logiquement qu’elle obéit à Masamune tout en guidant Origin vers la transcendance… et qu’Origin le plus évolué des enfants de Tanaka Hisashige obtient un pouvoir sans précédent, un puissance de calcul capable de déchirer la trame de l’espace et du temps ! Mais en devenant « humain », Origin agit « humainement » : il prend le pouvoir, il utilise le pouvoir, puis il abandonne le pouvoir car le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument (un truc qu’il faudrait apprendre aux élites autoproclamées qui trop souvent font n’importe quoi dès qu’elles accèdent à la moindre parcelle de pouvoir)…

– Une très forte densité intellectuelle interagit avec la structure de l’univers. Un peu comme un trou noir qui formerait un point dans l’espace-temps. La densité d’information d’une structure spécifique devient indissociable de la densité du phénomène dynamique et devient pouvoir.
– En gros ça veut dire que je devoir me battre contre un adversaire surnaturel qui ne peut être appréhendé par la science moderne ?

Les éditeurs semblent avoir ordonné à Boichi de boucler prématurément sa série, du coup il referme précipitamment toutes les portes qu’il avait ouverte et cela se voit (les machinations de l’AEE pour exploiter le monde à son profit, les états d’âme et le destin des membres de l’AEE, Y qui joue à Dieu en observant Origin lutter contre ses 8 frères et sœurs, Laura Fermi humaine ou robot, Alya robot ou humaine, le plan de secours de Masamune).
Mais plus visible encore, la Science-Fiction a toujours souffert d’un complexe d’infériorité par rapport à littérature blanche, et donc dès qu’elle le peut elle se jette à corps perdu dans la philosophie et la métaphysique. On se perd donc en explications nébuleuses pour décrire la manière dont grâce à « l’éveil » on atteint « la transcendance » pour créer un singularité intellectuelle influant sur le réel. On est dans le transhumanisme avec de quasi-divinités, et les humains n’auraient plus rien à faire dans la construction de leur propre destin si tant est qu’ils en aient encore un. Évidemment par-dessus tout cela, on retrouve la touche Boichi avec des gros nibards et des petites culottes inopinément placés aux moments clés, sans parler de tout le bordel autour de la méditation tantrique…

Saura-t-on un jour qui est « Factory », qui en février 2747 prend la place d’Origin que quelque part dans le désert du Sahara en Afrique pour guider l’humanité vers les étoiles… Et si Tanaka Hisashige (aller faire un tour sur wikipédia pour découvrir la vie et la mort du Thomas Edison japonais) était en fait Osamu Tezuka celui par qui tout a commencé, et si Masamume, Alya et Kan étaient Masamune Shirow, Yukito Kishiro et Katsuhiro Ōtomo ? Et si Origin devant constamment se réinventer pour se protéger tout en protégeant l’humanité c’était Boichi devant constamment se réinventer pour se protéger et protéger cette Science-Fiction qu’il chérie tant ? Comme Robert A. Heinlein, Isaac Asimov et Arthur C. Clarke, Boichi c’est la vie !!!

note : 8+/10

Alfaric

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