Jean Bruce

OSS 117 : Gâchis à Karachi

Roman, policier / espionnage
Publié en 1958 chez Fleuve Noir
(Réédité en 2020 chez Archipoche)

La nouvelle mission confiée à Hubert Bonisseur de la Bath ne s’annonce pas de tout repos. Il doit partir à la recherche de sa « tante », Mary MacBean, disparue à Karachi avec des microphotographies qu’elle essayait de négocier. OSS Par une chaleur écrasante, de ville en ville, l’agent se lance à sa poursuite. On ne lui facilite pas la tâche. Un serpent se glisse dans son lit, un camion tente de l’écraser, des policiers découvrent tout un arsenal dans sa valise. Pour OSS 117, ça se tend au Pakistan…​
Commençons par le commencement : merci Masse Critique, merci Archipoche !
Jean Bruce est mort à l’âge de 42, en nous léguant une saga de 250 tomes poursuivie par sa femme et ses enfants. C’était une autre époque, sans chaînes télévision et sans réseaux internet, lire était une occupation quotidienne et les auteurs privilégiaient la quantité à la qualité pour satisfaire les attentes de leurs publics (et de cette époque je connais surtout Bob Morane et Perry Rhodan). Ni grande littérature ni haute littérature, Jean Bruce œuvrait dans la littérature de gare au sens noble du terme, mais aussi au sens littéral du terme tellement c’est calibré pour être lu dans un voyage en train. Donc je ne vais pas m’épancher sur les avantages et les inconvénients de cette littérature d’avant au charme d’un autre temps : il faut faire avec ou passer son chemin…

Apparu 4 ans avant le James Bond de Ian Flemming, le Hubert Bonisseur de la Bath de Jean Bruce est un agent secret américain travaillant pour le Office of Strategic Services puis la Central Intelligence Agency, avant de rejoindre en fin de carrière le National Security Council. Pour le besoin du lectorat on lui attribue une identité cajun, donc une maîtrise de la langue française et du « french art de vivre » (le « mâle alpha » se confondant ici avec le « french lover »). C’est cocasse de voir ainsi le rejeton de la vieille aristocratie travailler pour la république : c’était bien la peine de fuir la France révolutionnaire pour rejoindre la Louisiane créole…

Dans cet épisode sorti en 1958, « Hube » est interrompu dans une séance de rattrapage avec la femme fatale hollywoodienne Elaine par son patron « Mister Smith » qui l’envoie en urgence au Pakistan ! Les Anglais ont perdu le secret de leur dernière découverte militaire en date, et l’un de leur agent australien essaye de payer une retraire au soleil en le vendant à l’ennemi soviétique… En se faisant passer pour neveu « Hube » doit retrouver au plus vite Mary MacBean dit « Mamie » pour griller tout le monde à la course au trésor. Ça défouraille de tous les côté entre Anglais, Français, Allemand et Russes sous les regards médusés de la police pakistanaise, et c’est en galante compagnie qu’il pourrait bien s’apercevoir en zone tribale qu’on l’a mené en bateau !
ATTENTION SPOILERS Les Anglais n’ont jamais perdu le contrôle de leurs secrets militaires, il n’y a jamais eu de Mary MacBean : il fallait un appât pour obliger les Américains à voler les Anglais, créer le scandale, et pouvoir voler les secrets militaires Américains à leur tour sans crainte de représailles (eux qui ne voulaient pas partager avec leurs alliés les armes inventées par les ressortissants de leurs alliés durant la WWII). Raconter un récit sur un game of thrones entre anglo-saxons en pleine Guerre Froide c’est culotté, car ici les cocos sont pourraient presque passer pour des gentils… FIN SPOILERS

« – Vous êtes en notre pouvoir…
– Nous y voilà.
– Ne vous y trompez pas. Nous ne nous chargerions pas de la basse besogne. Nous pouvons vous livrer à la justice pakistanaise. Il y a le choix pour les inculpations…
– Charmant !
– Inutile de vous indigner. Vous savez parfaitement que dans métier tous les coups sont permis. »

Déjà pour profiter de l’OSS 117 de Jean Bruce, il faut oublier la caricature qu’on a concoctée pour Jean Dujardin car quand le présent se moque du passé c’est quand même l’hôpital qui se moque de la charité (ah, les comédies lourdingues franco-françaises). Alors oui comme James Bond notre Hubert Bonisseur de la Bath est « un mâle blanc cis hétéro », d’où les clichés et les préjugés sexistes (mais pas plus et sans doute beaucoup moins que chez les autres à l’époque), et les clichés et les préjugés racistes (mais pas plus et sans doute beaucoup moins que les autres auteurs de l’époque)… D’ailleurs je pourrais citer pas mal d’auteurs contemporains très « claques sur les fesses » qui ne sont pas embêtés par #metoo parce qu’ils ont la carte, ou très considérations racialistes voire racistes qui ne sont pas embêtés par SOS Racisme parce qu’ils ont la carte : c’est plus facile de censurer le passé que de combattre le présent…

Ensuite pour profiter de l’OSS 117 de Jean Bruce, il ne fait pas être allergique au charme désuet du roman d’espionnage vintage. Le côté action est classique, le côté enquête est classique, les whodunits sont plutôt téléphonés mais le twist final et sa résolution plutôt bien vus voire bienvenus. Les décors et les paysages sont suffisamment brossés pour qu’on puisse être dépaysés, et c’est ce qu’on demande à ce genre de littérature (en passant j’ai même appris plein de trucs sur le Pakistan). Personnellement je trouve que ça fait le plaisir de ligne droite sans i-machins qui font le café en plus de sauver le monde (quand ils ne détruisent pas et/ou ne l’asservissent pas), qui oblige tout le monde ou presque à être des « MacGuyer » triclassés ingénieur électricien / électronicien / informaticien… Pour ne rien gâcher nous sommes dans la littérature populaire pour un public populaire, donc j’ai souri à tous les clins d’œil historiques, littéraires et cinématographiques réalisés par l’auteur populaire : nous appartenons tous les deux à ce que les petits cercles intellos prout prout appellent « les masses stalloniennes » (forcément incultes puisque qu’elles ne relisent pas tous les matin les philosophes des Lumières) !

En bref cela se lit bien et cela se lit vite et je ne me suis pas ennuyé (il faut dire que le texte est plutôt court). Je ne connais pas suffisamment la saga de Jean Bruce pour savoir s’il s’agit d’un bon, d’un moyen ou d’un mauvais cru mais pour moi il a parfaitement rempli son office (et je retrouverai l’auteur et sa saga avec plaisir). Mieux j’ai pu m’enlever de la tête le pastiche imaginé par Jean-François Halin et Michel Hazanavicius (en attendant le nouvel opus de Nicolas Bedos qui a dû beaucoup dormir à l’école pour croire que le Kenya anglophone faisait partie de l’Afrique française)…

note : 6/10

Alfaric

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