Joe Hill (scénario)
Stuart Immonen (dessin)

Plunge

Comics, fantastique / horreur
Publié en VF le 28 mais 2021 chez Urban Comics
Publié en VO en 2019 (« Plunge »)

Au lendemain d’un tsunami, on détecte au large du détroit de Béring le signal de détresse du Derleth, un navire d’exploration scientifique… disparu depuis 40 ans. Le biologiste marin Moriah Lamb rejoint l’équipe de remorqueurs d’épaves missionnée par Rococo International, un groupe privé très intéressé par la cargaison du Derleth. De même qu’il est heureux que les mystères de l’univers soient inaccessibles à l’entendement humain, certains secrets devraient quant à eux rester immergés dans les abysses du cercle arctique.

Cela aurait pu et cela aurait dû me plaire. Dans Plunge les intentions sont bonnes, avec la volonté de passer à la moulinette le The Thing de John Carpenter (d’où les chouettes clins d’œil à cette œuvre en particulier ou à la mythologie lovecraftienne en général). Pour ne rien gâcher les dessins de Stuart Immonen colorisés par Dave Stewart sont excellents (d’ailleurs pas sûr l’ensemble aurait été plaisant sans eux). Mais une fois de plus on se heurte à l’incompatibilité d’humeur entre le pessimisme lovecraftien et l’optimisme hollywoodien plus yankee tu meurs ! Après je ne sais pas si j’ai un problème avec l’auteur en particulier ou avec les scénaristes yankee en général…

Le pitch est archétypal : blablabla appel de détresse, blablabla opération de secours, blablabla expédition perdue au milieu de nulle part, blablabla horreur antédiluvienne, blablabla bourgeois qui sait déjà tout et veut faire du pognon quitte à sacrifier les prolétaires, blablabla prolétaires qui doivent tout découvrir et veulent sauver leur peau quitte à trucider le bourgeois… Oui, on a déjà vu cela un million de fois, mais c’est Joe Hill coqueluche de la SFFF américaine qui est au scénario. Résultat ? Un mélange entre un gros nanar fantastico-horrifique et une œuvre ratée de Stephen King. Je tiens à signaler que j’aurais écris strictement la même chose sans savoir que Joe Hill est le fils et l’héritier de Stephen King… L’éditeur DC Comics lui a créé son propre label Hill House Comics pour que l’auteur puisse librement s’exprimer… Je ne sais pas si c’est de l’opportunisme ou juste le jeu du petit monde de l’entre-soi, mais j’ai eu une impression de foutage du gueule !

Donc on a l’élément déclencheur. Les astres étaient propices et un événement géologique d’une puissance inouïe a frappé le Pacifique Nord. La navire d’exploration Derleth (humour) qui a disparu en 1983 se mettre à émettre à nouveau. C’est ainsi que David Lacome de la Rococo International missionne le Capitaine Carpenter (humour) et son navire MacReady (humour) pour aller voir de quoi il en retourne dans les Îles Aléoutiennes aux frontières des États-Unis et de la Russie. On a un bon vieux « jump scare » rendant hommage aux Dents de la Mer (humour) pour bien montrer qu’on est dans un récit horrifique. Mais on n’a pas le temps d’installer un récit et un ambiance qu’on balance un running gag à propos de contrefaçons made un china de godemichets. Fin du rêve.

– Vous connaissez les dents de la mer? Russell, ce serait Hooper, moi Brody, et Gage…
– Je vois, le Capitaine Carpenter, c’est Quint.
– Je pensais plutôt au requin. »

ATTENTION SPOILERS Donc nos pieds-nickelés font du camping au milieu de nulle part comme dans n’importe adolescents paumés de teen-movie. Sans parler de la strong indepedant woman scientifique qui décide de faire de la plonger sans équipement dans l’Océan Glacial Arctique après avoir bien spécifié que la faune local et la flore locale avant muté. Ça, ou le guide amérindien qui a de sombres prémonitions (mort de rire)… Ils tombent sur les rescapés du Derlerth, des mec et des nanas rachitiques et aveugles qui n’ont pas pris une ride depuis 40 ans qui ressemblent plus à des zombies qu’à des survivants. Pour ne rien gâcher ils ont tous un rictus bizarre et leur leader ne cesse de faire des blagues chelous. On dirait l’ermite qui accueille chez lui les gens paumés dans la forêt, qui tout en feuilletant son livre intitulé « Servir l’Homme » ne cesse de répéter qu’il est bientôt l’heure de manger…

A force de faire des blagues chelous, les masquent tombent et il s’avère que les rescapés du Derleth sont des aliens affirmant vouloir faire alliance avec les humains pour repartir chez eux. Ils déclarent ouvertement agir comme les rois mages (héritage Stephen King toujours en croisade contre les christianistes yankee), en offrant l’encens (les réponses mathématiques à tous les problèmes scientifiques de l’humanité), la myrrhe (un super-carburant censé répondre à tous les problèmes énergétiques de l’humanité) et l’or. Or tout le monde se met à s’entre-tuer pour posséder « le lingot » qui joue à la fois les rôles de MacGuffin et de Deus ex Machina.

C’est là que le relationship drama se développe enfin entre ceux qui veulent sauver leurs proches (pour comprendre que Moriah et Bill sont en couple, bonjour la débrouille), ceux qui veulent sauver leur peau, et ceux qui veulent faire du pognon quitte à sacrifier tout au partie des ressources humaines de l’expédition. FIN SPOILERS

 

Joe Hill qui s’est donné du mal à coller au The Thing de John Carpenter reprend les thèmes des Tommyknockers, de Bazaar et de Dreamcatcher. Mais désolé la mayonnaise n’a pas pris pour moi. Le trash talking est juste pour faire style, et avant de penser à faire rire il faut penser à faire peur, or il y a trop de trucs nanaresques pour un récit fantastico-horrifique. Alors oui à la fin déboule avec ses tentacules un grand ancien qui est en fait un petit nouveau (ainsi que la marine russe, mais comme on nous gratifie de plusieurs planches entièrement en russe impossible de savoir ce qu’ils font là et ce qu’ils veulent : tout ce machin-là pue la Fausse Bonne Idée). Et au final Joe Hill commet les mêmes erreurs que son géniteur : Stephen King s’est toujours revendiqué de Lovecraft, mais il a toujours aimé tout ce que Lovecraft détestait et il toujours haï tout ce que Lovecraft aimait. Comment voulez-vous que cela marche ???

ATTENTION SPOILERS En fait les scolopendres parasites issus d’un épisode lambda de Resident Evil étaient des spermatozoïdes aliens voulant féconder un ovule alien. D’où sans doute le running-gag des godemichets. Mais retournement de situation les mec parasités n’étaient pas que des sacs de viandes, et en conservant leurs souvenirs et leurs volontés ils ont collectivement œuvré à la réussite de la Team Carpenter. Sacrifice christique pour se foutre de la gueule des christianistes, et en épilogue de nouveaux gimmicks nanaresques :
– à quelques kilomètres de la Russie, les rares rescapés du drame décident de faire en zodiac plusieurs centaines (milliers ?) de kilomètres pour retourner aux USA
– le happy end est artificiellement transformé en bad end avec le méchant bourgeois qui voit ses plans se réaliser quand même par delà la mort
FIN SPOILERS

Pour des raisons que la raison ignore Joe Hill a la carte. Donc pour trouver des gens n’ayant pas cédé à la hype du moment il faut chercher durement. Donc vous trouvez moult critiques de la part de prescripteurs d’opinions parlant de formidable hommage à H.P. Lovecraft, de magnifique revival eighties, et de mélange parfait entre humour et horreur. Franchement ne les écoutez pas, vous risqueriez d’être déçus / déçues…

note : 6/10

Alfaric

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