Jean-Pierre Pécau (scénario)
Gabriele Parma (dessin)

Reines de sang : Catherine Sforza

La Lionne de Lombardie, tome 1

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée le 14 avril 2021 chez Delcourt

En pleine Renaissance italienne, les grandes familles s’affrontent. Borgia contre Médicis, Sforza contre Visconti, on appelle cela le jeu des 5, celui qui l’emportera régnera sur la péninsule.
A ce jeu la jeune Catherine doit passer maîtresse. Princesse de Forli, sont mari est assassiné par les émeutiers de la ville. Elle épouse quelque temps plus tard le secrétaire de son précédent époux qui est également assassiné. La dame aux jasmins devient alors une pièce importante du jeu. Grande politique, mais aussi alchimiste et médecin reconnu, elle représente, pour ses contemporains, l’idéal féminin de la Renaissance.

C’est la même équipe qui s’était occupée du personnage de Constance d’Antioche qui ici s’occupe de du personnage de Catherine Sforza, et qui nous fait passer de l’Orient des croisades à l’Italie du XVe siècle.

Catherine Sforza est la « fille naturelle » de Galéas Marie Sforza. A près son assassinat son oncle Ludovico le More exerce la régence pour son demi-frère Jean Galéas Sforza, tandis qu’elle rejoint son époux Girolamo Riario « neveu naturel » du Pape Sixte IV à l’âge de 14 ans. Elle devient donc princesse de Forli et d’Imola, petite principauté au centre du « jeu des cinq » que se livrent Gênes, Venise, Florence, Rome et Milan (l’Italie du Sud ce n’est pas des Italiens, mais des gréco-arabo-normando-aragonais). Intelligente, cultivée et résolue elle compte bien participer au game au thrones italien en tant que joueuse et non en tant que pion…

Le personnage de Catherine Sforza mise en scène par Jean-Pierre Pécau ressemble pas mal au personnage d’Isabelle Médicis mis en scène par Olivier Peru. Elle aussi est passée à la postérité comme une femme volontaire et indépendante, véritable idéal féminin de la Renaissance. Et ici on veut en faire une figure du féminisme, mais franchement je n’ai eu aucune empathie pour une femme qui en tant qu’épouse se moque de ce qui peut arriver à ses maris successifs, qui en tant que mère se moque bien de ce qui peut arriver à ses enfants, et qui en tant que souveraine se moque bien de ce qui peut arriver à ses sujets… Il faut dire que la mort du Tigre de Forli a été un soulagement pour la population de Romagne après des années et des années de terreur, de soulèvements contre sa tyrannie et de répression de la part de sa tyrannie ! Si l’idéal féminin c’est ça, et bien on s’en passera, hein !!!

C’est cela, le jeu des cinq. De tout temps, le contrôle de l’Italie s’est fait selon les règles du jeu des cinq. Venise, Florence, Gênes, Milan et le Pape, il faut être trois contre les deux autres.

Toutes ces alliances, toutes ces trahisons, toutes ces intrigues, tous ces complots et tous ses assassinats pour quoi ? Pour prendre le pouvoir et le garder, ni plus ni moins, histoire de rehausser son ego et de défoncer celui de ses rivaux… Les Sforza et les Visconti se disputent Milan, les Médicis et les Pazzi se disputent Florence, les Orsini et les Colonna se disputent Rome, et les Ordelaffi veulent récupérer Forli et Imola qu’on a donnée à Girolamo Riario et Catherine Sforza. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : on ne sait pas ce qui a commencé de l’oppression, des attentats et des représailles, et à chaque alternance au pouvoir on assiste au mieux à des règlements de compte, au pire à des purges sanglantes…

Le pouvoir est ainsi. Il corrompt… Sauf à l’utiliser pour le plus grand nombre, puis l’abandonner, définitivement. Se servir du pouvoir, mais être prêt à le laisser : voilà le seul moyen d’être libre, et de libérer les autres. Et contrairement à ce que prétendent des féministes depuis 50 ans, mettre des femmes au pouvoir n’a rien changé à la situation !

Rien à dire sur la forme. Le récit de Jean-Pierre Pécau est bien construit et bien rythmé, les dessins de Gabrielle Parma sont agréables (même s’il manque de précision), et les couleurs de Dimitri Fogolin sont réussies… Après je sais bien que c’est dans le cahier des charges de la collection, mais on n’était pas obligé de caser un scène de cul avec une mineur de moins de 15 ans, car il y a trop de gens excités par ce genre de trucs…

note : 7-/10

Alfaric

1 Commentaire

  1. Aelinel Ymladris

    Je ne l’avais pas vu celui-là, je me le note. Merci pour la découverte.

    Réponse

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