France Richemond (scénario)
Michel Suro (dessin)

Reines de sang :

Jeanne, la Mâle Reine, tome 3

 

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée le 03 février 2021 chez Delcourt

Début XIVe siècle, le royaume de France est le plus riche, le plus peuplé, le plus prestigieux de tous les Etats européens. Mais le destin refuse cette hégémonie et va prendre une cruelle revanche. L’orgueilleuse couronne, ainsi, touchera terre et mordra la poussière. L’instrument de cette ruine : Jeanne, princesse et petite-fille de Saint-Louis, nées sur les marches du trône. Elle est bien loin des arcanes du pouvoir. Pourtant la première place se rapproche inexorablement car les puissances supérieures veillent. Et celle que l’on nommera « la trop mâle reine, puissante et périlleuse » ne reculera devant rien pour régner…

Avec ce tome 3 de 64 pages c’est reparti pour un gros revival des Rois Maudits avec un soupçons de telenovela ! Donc Philippe VI veut affermir son trône et va se frotter aux rebelles flamands, quitte à être le premier roi à se battre les armes à les mains sur un champ de bataille depuis Saint Louis avec tous les risques que cela comprend. Mais Jeanne de Bourgogne veut être le pouvoir derrière le trône avec ses âmes damnées Baudet et Evrard quitte à jouer avec le feu en testant les limites de l’amour et de la patience de son époux. Et c’est d’autant plus dangereux qu’on est à une époque où le rôle d’une femme se limite à enfanter, des mâles de préférence…

Bien sûr il faut rajouter plein d’autres trucs ! Alors on a l’ensemble des grands seigneurs qui n’attendent qu’un signe de faiblesse de la royauté pour lui tailler des croupières. Ensuite on a aussi la rivalité à la cour du roi entre le clan de Normandie et le clan de Bourgogne. Enfin on la lancinante querelle de préséance entre le Roi d’Angleterre et le Roi de France (Isabelle de France jetant de l’huile sur le feu en ne voulant pas qu’un fils de roi rende hommage à un fils de comte). Et pour ne rien gâcher on a la querelle d’héritage entre Robert d’Artois et Mahaut de Bourgogne depuis longtemps devenue un vendetta en bonnes et dues formes…

Au centre de tout cela on a le quadrangle formé d’un côté par le roi et son épouse la reine, d’un autre côté Robert d’Artois et son épouse Jeanne de Valois demi-sœur du roi… Philippe VI sait qu’il doit son trône en grande partie à Robert d’Artois dont il est très proche, alors que Jeanne de Valois demi-sœur de l’un et époux de l’autre hait de toutes ses forces la reine boiteuse.

Mais pourquoi est-ce qu’elle la hait autant ? Son appartenance au clan de Bourgogne ? L’entente cordiale voire chaleureuse entre elle et son époux ? Son mariage avec son demi-frère le roi malgré ses handicaps ? Ou à cause du fait qu’elle a plus d’influence sur son mari qu’elle en a sur le sien ? On n’en saura jamais rien… Toujours est-il qu’une fois encore on essaie de nous convaincre qu’il n’y pas de mauvais rois mais que de mauvais conseillers !

Régner, n’est-ce pas la gloire suprême ?

Bon ben, on connaît déjà tous la fin de l’histoire qui appartient à l’Histoire :
ATTENTION PSEUDO SPOILERS Jeanne de Valois ne lâche pas l’affaire et contraint Robert d’Artois, dans les bonnes grâces du roi et de la reine, à jouer le tout pour tout ! Des preuves réapparaissent par la magie de tiroirs secrets et d’alcôves cachées, on lance un procès qui s’éternise ad vitam aeternam (la justice française a toujours brillé par sa lenteur), les morts opportunes se multiplient et les rumeurs enflent. L’homme en rouge a porté devant la justice de faux documents, la reine possède les vrais mais on lui conseille de les garder sous silence pour museler l’homme en rouge qui pourrait être une menace pour son fils futur Roi de France (si l’un de ses enfants parvient à survivre). Donc c’est logiquement que Jeanne de Valois et Robert d’Artois scellent leur propre sort. L’homme en rouge devient ainsi banni parmi les bannis, ce qui l’oblige à passer en Angleterre pour se mettre au service d’Édouard III, et cela déclenche la Guerre de Cents Ans ! FIN PSEUDO SPOILERS

Il y a l’idée que tout malheur est forcément dû à un empoisonnement ou un envoûtement, à la Main du Diable ou à la Main de Dieu. Donc face à crainte de perdre son fils à cause d’un mal aussi soudain que mystérieux, la reine accuse forcément le Malin ! Puis elle se rappelle qu’elle a pactisé avec lui pour épouser Philippe de Valois son si joli et si gentil cousin, ensuite venger les filles de Bourgogne bafouées à la Tour de Nesle, et enfin devenir la Première Dame de France. Et d’en appeler de nouveau à lui en jetant à son tour de l’huile sur le feu plutôt que de l’éteindre…
Avant que Pasteur ne révolutionne la médecine, 50% des enfants mourraient avant l’âge de 1 ans, et parmi les survivants il n’était pas rare que 50% d’entre eux n’atteignent pas l’âge de 20 ans. On parle de moyennes, or les aristocrates avec une bien meilleure alimentation donc une bien meilleure santé, des armées de sages-femmes, de médecins et de nourrices obtenaient des résultats souvent bien inférieurs à la moyennes. Faut-il y voir le résultats de siècle de mariages entre cousins, oncles et nièces, neveux et tantes, agrémentés de demi-frères et de demi-sœurs divers et variés ?

 

En bref on instille aux derniers épisodes de la saga de Maurice Druon les trucs et astuces des telenovas, ficelles déjà usitée par d’autre séries de la collection. On pourra citer le chambellan dépositaire d’un secret inavouable entre la vie et la mort suite à un accident fort opportun, le premier ministre qui s’accroche à son poste jusqu’à la mort quitte à provoquer sa mort, ou l’aventurière opportuniste et / ou en quête de vengeance qui finit en victime expiatoire sur le bûcher des vanités…

Étonnamment j’ai trouvé la narration de France Richemond plus fluide et les graphismes de Michel Suro plus dynamiques, donc ce tome 3 est clairement le plus réussi. Je regretterais presque le fait que la série s’arrête alors qu’il y avait matière à réaliser un tome 4 avec une reine régente et un roi combattant durant les premières années de la Guerre de Cent Ans (sans parler du prince devenu roi dont le premier acte a été de libérer ses amis d’enfance emprisonnés par son père)…

note : 7+/10

Alfaric

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