Virginie Greiner (scénario)
Olivier Roman (dessin)

Reines de sang : Roxelane la Joyeuse, tome 2

Bande dessinée, histoire / XVIe siècle
Publiée le 17 mars 2021 chez Delcourt

L’Empire Ottoman est l’un des plus puissants du monde et tous tremblent face à Soliman de Magnifique. A Istanbul, au cœur du Palais Topkapi, bruissent les parures soyeuses des femmes recluses pour la satisfaction des désirs du Padishah. Parmi elles, Roxelane, esclave ukrainienne au sourire pétillant et à l’ambition redoutable, va jouer des opportunités que le harem pourvoit pour construire le chemin de son ascension. Dissimulée derrière les murs et les tentures, la jeune et belle ambitieuse va affûter ses charmes et son intelligence fine, imparables armes pour conquérir l’objet de toutes les convoitises : le cœur du Sultan.

J’avais écrit pour le tome 1 que des gens ne sachant pas quoi faire de leur temps finissaient forcément par faire mutuellement des crocs-en-jambe à force de se perdre en intrigues et en complots… C’est toujours le cas dans ce tome 2, mais la configuration n’est plus la même ! Dans le tome précédent l’ancienne favorite, soutenue par la sultane-mère et le conseiller du sultan, affrontait la nouvelle favorite, soutenue par l’eunuque en chef et la gouvernante en chef. Dans le présent tome, on se bat pour le cœur du sultan, et Roxelane la Joyeuse doit affronter Ibrahim Pacha. Roxelane fait tout pour rester dans les bonnes grâces du sultan, tout en distillant du poison aux oreilles de son amant, et ses adversaires distillent du poison aux oreilles de leur maître, tout en faisant tout pour éloigner Roxelane de son amant…

Tout aurait pu rassembler Roxelane et Ibrahim tous les deux amoureux du sultan et de sa vision de l’Empire Ottoman : ils sont tous les deux des anciens esclaves, ils ont tous les deux des anciens chrétiens, et ils sont tous les deux des gens d’esprit… Mais finalement il ne peut en rester qu’un, et Ibrahim avec le zèle du nouveau riche ne cesse de bolosser cesse qui vient de la même condition sociale que lui ! (j’avoue sans honte que je n’ai jamais compris les us et coutumes du richistan que je qualifierais de « mentalité suprématiste de merde »)

D’un côté il y a l’échelle sociale sexiste qui offre toutes les possibilités d’avancement à Ibrahim qui finit grand vizir de l’Empire Ottoman, et qui offre peu de possibilités d’avancement à Roxelane qui finit épouse du grand sultan en trouvant dans la tradition religieuse une faille dans la tradition nationale.
Et d’un autre côté il y a le gros bordel des instituions ottomanes. Il y a un côté méritocratique où tout le monde peut accéder aux plus hautes fonction, mais avec un côté autocratique car rien ne peut se faire sans l’accord du sultan qui relève du fait du prince. Pire, sans règles de succession, et avec un souverain qui ne prend pas d’épouse officielle dans une société polygame, le pouvoir revient au plus fort (remember Attila et Gengis Khan)…

Quand la cause est juste, une juste solution émerge…

Donc on a des femmes et des femmes qui usent et abusent de tous les artifices et de tous les subterfuges possibles pour faire le plus de gosses possibles au sultan, en sachant par avance que si elles perdent aux « games of thrones » leurs enfants seront exécutés sans pitié, et que si elles gagnent aux « games of thrones » leurs enfants s’entre-tueront sans merci ! Elles sont peut-être dans un délire « après moi le déluge », et décidément je comprendrai jamais la mentalité suprématiste de merde du richistan
Ibrahim qui veut garder son ranking à « game of thrones » après la mort du sultan a trop misé sur Mustafa fils de Gülbahar pour laisser Roxelane placer un de ses enfants sur le trône de la Sublime Porte. D’où la haine mortelle qu’ils se portent l’un l’autre.

La fin du tome est très abrupte. Le ministre des finances Iskender Chelebi est mis à mort par le sultan sur le conseil d’Ibrahim. Le sultan fait des cauchemars à propos du fantôme de son ancien chancelier, et Roxelane lui conseille de prendre conseil auprès du grand mufti qu’elle a mis dans sa poche. Le corps sans vie d’Ibrahim est retrouvé quelque part dans le Palais de Topkapi. Roxelane a gagné, fin de l’histoire !
Ça sent vraiment trop la fin à l’arrache pour ne pas imaginer une troisième tome qui ne verra jamais le jour. Peu importe tout cela est raconté dans le tome de la collection Ils ont fait l’Histoire consacré à Soliman le Magnifique. La guéguerre entre Roxelane et Gülbahar va continuer de plus belle, l’épouse du sultan réussissant un tour de force en obligeant son mari à faire exécuter son fils prodige juste pour favoriser les autres fils qu’il avait eu d’elle. Le benjamin très proche de son demi-frère qu’il admirait va mourir de chagrin, et l’aîné et le cadet vont se battre férocement par armées interposées. La vaincu réfugié en Iran fut trahi par le Shah qui vendit sa vie et celle de toute sa famille histoire de toucher ses « trente deniers »… Ah il est beau, le monde du richistan !

Toutes les séries de la collection se caractérise par de bons dialogues et celle-ci ne déroge pas à la règle. Après le scénario n’arrive pas à se débarrasser de quelques gimmicks télénovelas propres à la saga. Et je ne suis toujours pas arrivé à m’emballer pour les graphismes avec un découpage sympa, remplis de détails certes, mais également avec un charadesgin pas toujours voire pas vraiment à la hauteur du propos (sans parler de la sultane-mère qui paraît toujours plus jeune que le sultan lui-même)…

note : 6/10

Alfaric

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