Isabelle Dethan
(scénario & dessin)

Le Roi Cyclope, Tome 1 :

Le Puits aux Morts

Bande dessinée, fantasy
Publiée en 1997 chez Delcourt

Lycènes, ville royale d’hiver, jadis prospère, est aujourd’hui misérable… Manipulé par un sinistre magicien, le vieux roi a fait éborgner puis tuer ses sept fils afin de ne pas avoir à leur céder le trône. L’un d’eux, cependant, a échappé au massacre : grâce aux nécrophages du puits aux morts et à la belle Antimée, il est conduit au jardin légendaire de Pareïza, où tout se régénère. Mais sa présence attire le sorcier qui, depuis longtemps, cherchait ce lieu pour en absorber la puissance…

Avec le cycle intitulé Le Roi Cyclope, Isabelle Dethan s’éloigne clairement de sa zone de confort orientale avec un récit médiéval fantastique, entre conte, tragédie et cape et épée, le tout saupoudré de mélancolie et d’onirisme (comme la SFFF française des années 1990 savait si bien le faire)…

Je suis très content d’avoir relu tout cela, car maintenant avec le recul je peux l’apprécier à sa juste valeur. Déjà contrairement à Mémoire de Sable pourtant plus ancien on reconnaît beaucoup moins nettement le style graphique de la série Sur les Terres d’Horus qui va populariser l’auteure auprès du grand public , mais on reconnaît bien tous les éléments sa boîte à outils consacré au relationship drama (quelle différences entre le Conteur et Naomi et entre Thalès et Antimée ?). C’est en forgeant qu’on devient forgeron, et force est de constater que par rapport à sa première série tous les personnages gagne en personnalité donc en qualité à commencer par le « vilain of the week » : là où Shéménit VII n’était qu’un butor narcissique obsédé par son pouvoir (son homologue deggey étant encore moins développé que lui), le Marquis Désidérat de Mornemort (tout un programme) est un véritable protagoniste du drame à la hauteur du Prince Thalès qui emprunte lui autant au Prince Elric de Melniboné qu’au Prince Corum Jhaelen Irsei (je l’ai déjà dit, et je le redis encore : l’influence de Michael Moorcock sur les genres de l’imaginaire est sans doute bien plus grande que celle de JRR Tolkien, mais il ne faut le dire aux littéreux et aux journaleux sinon il ne pourraient plus faire de jeux de mots vaseux sur la comparaison homophonique avec GRR Martin). L’intrigue est divisée en 3 actes et c’est exactement cela : nous sommes bien dans un tragédie antique, là où les sentiments des personnages sont moteurs du drame face à un destin implacable, sans parler des clins d’œil et/ou des détournements à la geste thébaine qui a inspiré les plus grands dramaturges de l’Histoire de l’Humanité… Grosse différence entre les deux premières séries de l’auteur, Mémoire de Sable glissait du cape et épée vers le fantastique, alors que Le Roi Cyclope glisse du fantastique vers le cape et épée…

– Soldat, je pars sur l’heure tenter ma chance ailleurs. Tu ferais bien de suivre mon exemple… Car le pays va changer de maître… Et le futur roi sera pire que l’ancien !

Ce tome 1 intitulé Le Puits des Morts et publié en 1997 plus qu’un tome d’exposition est un Acte I, et plusieurs personnages et situations ne sont là que pour leurs rôles ultérieurs dans l’intrigue… Nous sommes au Royaume de Beldaran et la capitale Lycènes est l’unité de lieu, le triste sort du Prince Thalès en ait l’unité de temps, et la divergence croissante d’opinion entre le roi et son principal ministre en est l’unité d’action. Le pouvoir attire le pouvoir, l’argent attirer l’argent et les monstres attirent les monstres : nous sommes dans la fin de règne du roi Othemar qui s’entend à merveille à le Marquis à la fois ministre, sorcier et cousin caché de Nosferatu…

C’est ensemble qu’ils ont décidé d’éborgner tous les princes pour que conformément à la loi aucun d’eux ne puisse régner donc menacer d’une manière ou d’une autre le règne interminable de leur père le roi (on est dans le célèbre « après moi le déluge » typique des élites atteinte de boulardise aiguë mais pire encore dans la perversion narcissique, si elle veut survire l’humanité devrait se débarrasser de ces gens là qui ne font que lui nuire sans regret ni remord puisque que ce sont tous des sociopathes patentés). Mais deux précautions valent mieux qu’une, et c’est toujours ensemble qu’ils décident de leurs éliminer. Quand on massacre les innocents, il y a toujours un survivant, et c’est ainsi que commence le récit : par la traque de Thalès, septième et dernier fils du roi, absent de la capitale Lycènes quand ses frères ont été assassinés comme des chiens avant que leurs corps soient jetés au puits des morts, et qui est traqué sans pitié par le capitaine de la garde et ses sbires au service du roi et du principal ministre. Cela aurait pu être la fin, mais en fait c’est le commencement car les sicaires du pouvoirs sans plus de jugeote que les CRS de Castaner jettent son corps au Puits des Morts avant de vérifier qu’ils oit bien mort… Les goules mangent les morts et non les vivants, donc elles confient son corps à l’immortelle Antimée du Jardin de Pareïza qui doit convaincre Seolan harpie mâle qui en garde la porte de les laisser passer….

Pendant ce temps le Marquis pète un câble : il veut devenir calife à la place du calife avant de devenir le maître du monde, et il enrage contre le capitaine de la garde qui ne lui a pas ramener le corps du prince pour ses expériences nécromantiques en plus d’avoir zigouillé l’une de ses créatures politiques (pléonasme, les monstres attirant les monstres). Il enrage d’autant plus quand le roi prend la défense du capitaine de la garde et se moque ouvertement et publiquement de sa quête du Jardin de Pareïza dont il convoite les pouvoirs pour les ajouter aux siens… Mais en sauvant Thalès, Antimée scelle leur perte à tous : le Marquis retrouvent leurs traces et détruit tout ce qui se trouve entre lui et l’objet de sa convoitise. Au Paradis en passe de devenir un enfer de glace, Thalès défie en duel le Marquis : s’il gagne à eux vies sauves et sauf-conduit, s’il perd qu’il fasse ce que bon lui semble… To Be Continued !

 

C’est le tome graphiquement le plus singulier de l’auteure : comme je l’ai déjà dit on ne reconnaît pas son style si caractéristique de prime abord, et en plus elle se fait un joie d’opposer le monde sombre et terne des games of thrones de mes couilles au Jardin de Pareïza lumineux et coloré. L’ingrédient fantastique ne va cesser de prendre du retrait, mais surtout Thalès est dans ce tome 1 spectateur et non acteur des événements (et cela n’est pas peu dire puisqu’il passe tout ce tome 1 à l’agonie) alors même que les informations d’un traditionnel tome d’exposition viennent trop tôt ou trop tard… (j’en reparlerai dans la chronique du tome 2 : c’est ballot de faire du foreshawdowing alors que parfois on oublie le B.A. BA de l’exercice de style)

note : 6/10

Alfaric

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