Luc Ferry (histoire)
Clotide Bruneau (scénario)
Fabio Mantovani (dessin)
Didier Poli (direction artistique)

La Sagesse des mythes :

Bellérophon et la Chimère

Bande dessinée, fantasy / mythologie
Publiée le 09 septembre 2020 chez Glénat

Chassé de sa cité après avoir involontairement occis son frère, Bellérophon trouve refuge à Tirynthe dans la demeure du roi Proétos. Très vite, son charme et sa vigueur gagnent le cœur ardent d’Antéia, la femme du souverain. Guidée par d’incontrôlables sentiments, elle déclare sans retenue son amour au prudent Bellérophon qui, en la rejetant, la laisse humiliée. Ecœurée d’être ainsi traitée, la reine use alors du mensonge et de la ruse pour convaincre son mari d’envoyer le bel exilé vers une mort certaine. Mais c’est sans compter le courage et la détermination de ce grand héros dont les victoires répétées face à des adversaires toujours plus redoutables le persuadent d’avoir acquis le statut de dieu. En s’érigeant seul au rang divin, il en oublie sa condition humaine et les imperfections qui l’accompagnent. Et ça, Zeus, roi de l’Olympe, ne saurait le tolérer…

Tant qu’on gagne on joue, et la collection La Sagesse des mythes continue de s’agrandir avec un tome consacré à la figure universelle de Bellérophon.

L’histoire est simple, ce qui permet au récit d’assez bien tenir en 1 seul tome (malgré des ellipses parfois honorable, parfois coupables : on passe ainsi de l’épisode des Solymnes à celui des Amazones sans aucune transition). Bellérophon auteur d’un homicide involontaire est recueilli par Protéos à Tirynthe, il tape dans l’œil de sa femme qui lui fait des avances mais le nouvel avatar du Héros aux mille et un visages qui est l’honnêteté incarner manifeste bien sa volonté de les refuser. Comme des dizaines de mythes, de légendes, de contes et de faits divers la femmes éconduite passe de l’amour à la haine et accuse l’objet de sa rancœur d’agressions sexuelles (remember Thésée, Phèdre et Hippolyte : c’est con que Luc Ferry refuse de faire de la mythologie comparée, car sans cela il dirait beaucoup moins de fadaises). Protéos ne peut tuer son invité sous peine de violer les lois sacrées de l’hospitalité, donc il l’envoie chez son beau-père Iobatés porter son propre ordre d’exécution. Le souverain qui préférerait s’en laver les mains l’envoient accomplir diverses quêtes censées provoquer sa mort, mais le nouvel avatar du Héros aux milles et un visages est aussi le courage incarné et il accomplit l’impossible sans peur sans reproche… Tout est bien qui finit bien avec le héros qui épouse la princesse et qui devient roi ? Non, Zeus a décidé que Bellérophon ne faisait pas partie du petit-monde de l’entre-soi et qu’il devait périr, car on ne va quand même pas laisser un manant être plus populaire et plus aimé que les puissants ! (fort heureusement on nous épargne les détails, les dieux s’acharnant sur Bellérophon et sa descendance avec une sadisme évident : les dieux sont joueurs, les dieux sont cruels, les dieux sont des connards élitistes incapables de sortir du logiciel suprématiste donc je suis bien content d’être athée et malheur aux peuples qui ont besoin de divinités).

– Je n’ai aucune idée de la façon dont on peut battre la Chimère. Tu es devin, dis-moi quoi faire !
– Il y a en effet un moyen. Pour vaincre la Chimère, il te faut l’aide de plus puissant qu’elle. Tu as besoin des dieux.

Je regrette toujours que l’excellent Fred Vignaux ne fassent que les couvertures de la série tellement son talent est grand. Fabio Mantovani aux dessins et Ruby aux couleurs livrent une prestation satisfaisante. Mais si plusieurs planches dégagent un certain souffle, je m’étonne de la présence de plusieurs cases presque ratées…
Un album plutôt moyen bien que moyen mauvais, mais c’est encore une fois encore gâché par l’incurie de Luc Ferry. Tous les éléments du récit, on les retrouve dans tel ou tel récit médiéval (Bellérophon et la Chimère c’est Saint George et le Dragon, et le héros a du début à la fin de faux airs du vaillant petit tailleur) : c’est con que Luc Ferry refuse de faire de la mythologie comparée, car sans cela il dirait beaucoup moins de fadaises… Quitte à revisiter le mythe on aurait pu insister sur le côté Dallas antique (Bellérophon épousant la sœur de celle qui l’haime : bonjour les réunions de famille), ou sur le côté héros protecteur / civilisateur comme Héraclès et Thésée, Persée et tutti quanti. On aurait même pu avoir une réflexion sur le héros qui passe de jeune aventurier à vieux souverain avec tous les problèmes que pose la confrontation des rêves avec la réalité. On aurait ainsi pu avoir un Gilgamesh inversé sans rien dénaturer, sauf que les méchants dieux des barbares orientaux ont laissé une seconde chance au héros mésopotamien alors que les gentils dieux des civilisés occidentaux n’ont laissé aucune chance au héros grec…

 

La profonde pensée philosophique du grand philosophe Luc Ferry, dont je vous épargnerai les paraphrases lourdes et les citations interminables, est que la mythologie grecque se résume à rappeler sinon à marteler que les hommes doivent rester à leur place dans l’ordre cosmique. Sauf que cet ordre cosmique se résume à un ordre social où les puissants sont libres de faire n’importe quoi et les manants sont obligés de bosser sans rouspéter. Un bourgeois quoi, qui défend son camp dans la lutte des classes, et qui comme toutes les girouettes bourgeoises se met dans le sens du vent en nous mettant du message écologique à tous les paragraphes quitte à se raccrocher aux branches.

Ce que vais dire va faire grincer des dents, mais l’écologie évolue aujourd’hui à grande vitesse vers « le fascisme vert » (j’offre même le point Goodwin avec ce bon vieux Adolf Hitler qui était animaliste, écologiste et végétarien)… On entend de plus en plus souvent de la part des animalistes et des naturalistes que les vie des animaux et des plantes vaut davantage que celles des êtres humains, et que pour le bien de la planète il faudrait réduire leur nombre. Par la force s’il le faut, genre stériliser les gens « pas comme nous » d’abord comme les Asiatiques et les Africains, puis ensuite les gens « pas assez comme nous » comme les prolos qui clopent et roulent et diesel au lieu d’acheter des gadgets high-tech importés de Chine par des bateaux qui consomment 12 tonnes de fioul par heure ou de prendre l’avion pour partir en week-end au soleil (merci au Covid-19 d’avoir mis ce dernier point en évidence)… Tout cela va mal finir !

note : 5,5/10

Alfaric

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