Luc Ferry (histoire)
Clotide Bruneau (scénario)
Carlos Rafael Duarte (dessin)
Didier Poli (direction artistique)

La Sagesse des mythes :

Héraclès tome 3, L’Apothéose du demi-dieu

Bande dessinée, fantasy / mythologie
Publiée le 09 septembre 2020 chez Glénat

En capturant Cerbère, Héraclès accomplit le douzième et dernier de ses travaux. Avec lui, en plus du gardien des portes du Tartare, il ramène des enfers son cousin Thésée ainsi qu’une promesse, celle de devenir le protecteur de la ville de Calydon. Pour ce faire, il doit épouser l’une des sœurs de Méléagre, le fils défunt du roi de la cité fortifiée. À son arrivée au palais, le rois Œnée lui apprend que sa fille Déjanire ne sera conquise qu’au prix d’un affrontement face à Achélôos, le dieu-fleuve. Une fois la monstruosité terrassée, Héraclès peut dorénavant vivre aux côtés d’une femme qu’il se surprend à aimer. Mais sans le savoir, il se dirige dès cet instant vers son trépas, car vient à sa rencontre le plus pernicieux ennemi auquel il doit faire face : l’ennui…

Avec ce tome 3 force est de constater que les dessins de Carlos Rafael Duarte bien colorisés par Ruby et plein de beaux gosses et de belles gosses sont très agréables à regarder…

En analepse Héraclès raconte à ses invités ses deux derniers travaux (un petit truc pour tout faire tenir en 48 pages), à savoir ramener les pommes d’or du jardin des Hespérides (OMG c’est quoi ce prosaïque verger grillagé pour visualiser une légende ?), et ramener Cerbère des enfers (avec ce bon vieux Thésée dans les bagages). Dans le 11e travail il est plaisant de voir le premier champion de l’humanité guider le dernier champion de l’humanité. Dans le 12e travail il est plaisant de voir Athéna et Hermès marchander avec Hadès et Perséphone. En analepse également Héraclès raconte à Déjanire comment il l’a conquise. Un gros truc pour tout faire tenir en 48 pages, car Déjanire ayant vécu ses événements n’a aucun besoin qu’on les lui raconte au contraire des lecteurs et des lectrices.

Le narration retourne au présent de façon peu heureuse avec des ellipses et des trucs moyennement moyen. L’idée et de préparer le compte à rebours de la mort donc l’apothéose du demi-dieu mais c’est bof bof :
– Héraclès et Déjanire s’exile, mais ils oublient leur premier enfant
– Déjanire croient sur parole celui qui l’a enlevé et qui a tenté de la violer
– le demi-dieu est bipolaire et passe de l’exultation à l’auto-apitoiement en 2 cases
Grosso modo on a un épouse bafouée qui réprime ses émotions fasse à un mari queutard avant de légitimement péter un câble. Mais Luc Ferry nous présente cela comme un grand héros écrasé par la fatalité qui s’abat sur lui, trop grand dans un monde trop petit (les Grecs anciens présentaient cela de manière plus simple en qualifiant Achille de « premier après les dieux »)…

Personne ne désobéit à un ordre du roi des dieux !

J’imagine que les 5 cases « gore » vont ravir « le public scolaire » auquel aurait été destiné cette série. Et j’imagine que les 15 cases « nichons et fesses » avec cosplay et BDSM vont aussi ravir « le public scolaire » auquel aurait été destinée cette série. Peu importe, même dans la configuration choisie par les auteurs il y avait mieux à raconter et mieux à mettre en scène…
Entre Luc Ferry qui le plus sérieusement du monde nous décrit « le shérif adjoint de Zeus » qui doit défendre l’ordre établi, et Shinya Umemura qui en mode grosse déconne nous décrit un dieu agissant comme un homme car rien de ce qui est humain ne lui est étranger quitte à commettre l’ultime sacrifice pour défendre sa vision de la vie, on mesure la différence entre un gros nanti et un être pétri d’empathie. Car Héraclès faisant l’expérience de l’humanité pour mourir et ressusciter, c’est le Christ avant le Christ et non le Ministre de l’Intérieur de Jupiter Ier !

Le grand message de Luc Ferry (dont ici je vous épargnerai les 5 pages d’insipide paraphrase) est que la mythologie grecque se résume à rappeler sinon à marteler que les hommes doivent rester à leur place dans l’ordre cosmique (je précise que cet « ordre cosmique » se résume à un ordre social où les puissants sont libres de faire n’importe quoi et où les manants sont obligés de bosser sans rouspéter). Le concept d’« hybris » qui est mis en avant est :
– Bellérophon le roturier est châtié cruellement par les dieu par qu’il a une fois fait preuve de curiosité mal placée
– Héraclès le bâtard du roi des dieux est généreusement récompensé alors qu’il ne cesse de se vanter et de se la péter
Donc j’imagine bien la scénariste Clotilde Bruneau placer quelques peaux de banane bien placées pour faire glisser l’idéologie bourgeoise conservatrice, c’est sûr, et suprématiste, c’est fort possible, de Luc Ferry…

note : 6/10

Alfaric

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