Luc Ferry (histoire)
Clotide Bruneau (scénario)
Diego Oddi (dessin)
Didier Poli (direction artistique)

La Sagesse des mythes :

Narcisse & Pygmalion

Bande dessinée, fantasy / mythologie
Publiée le 03 mars 2021 chez Glénat

Narcisse est si ravissant et, au premier abord, si charmant qu’il suscite d’incontrôlables passions chez les jeunes femmes autant que chez les hommes. Hélas, son égocentrisme forcené lui fait regarder le monde de haut, nul n’étant jamais assez bien pour lui, pas même la belle nymphe Echo dont il refuse les avances avec mépris. Un geste arrogant qui va lui attirer colère divine…
Pygmalion, lui, se passionne pour la beauté des figures qu’il sculpte chaque jour dans son atelier, loin d’un monde qu’il juge dépravé et corrompu. Il concentre toute son attention sur son travail, au point qu’il finit par tomber éperdument amoureux de Galatée, une de ses œuvres. Alors que cette étrange passion est moquée par son entourage, Aphrodite, déesse de l’amour , la considère avec bienveillance, au point qu’elle décide d’offrir à Pygmalion le plus inattendu et le beau des présents…

Deux épisodes pour un seul album, qui ici a le mérité d’être équilibré même si tout se lit en 15 minutes appendices de Luc Ferry compris…

 

Narcisse :

Le devin Tirésias a prédit que Narcisse vivrait vieux et heureux, à condition de ne pas se regarder dans un miroir. C’est le beau-gosse ultime, et toutes les femmes sont amoureuses de lui (et dans la Grèce antique, tous les hommes aussi). Luc Ferry voudrait nous faire croire que c’est un pervers narcissique, mais Clotilde Bruneau nous dépeint plutôt un être différent, que je ne saurais trop dire s’il est asexué, asocial ou plus ou moins « autiste ». Toujours est-il qu’il ne vient pas en aide la nymphe Écho qu’il prend pour une énième soupirante, et que les autres nymphes par vengeance lui lancent un sort. C’est ainsi qu’il tombe éperdument amoureux de son reflet dans l’eau, au point de se laisser mourir d’inanition…

Un récit bizarre, sans doute parce le mythe d’origine possède de multiples version très différentes les unes des autres donc aux interprétation très différentes les unes des autres. Bien évidemment, la plus pourrie est celle du Luc Ferry qui ici se lance dans une vendetta, citations et sources à l’appui, contre le magazine Psychologie Positive en invoquant Pierre Hadot pour vouer aux gémonies Michel Foucault (ah les querelles de tours d’ivoire entre intellectuels jaloux les uns des autres). Il faudra qu’on m’explique pourquoi à l’heure où les éditeurs sont prêts à tout et au reste pour supprimer des pages et faire des gains marginaux l’un d’entre eux offre 6 pages de fiel totalement hors-sujet à un pseudo-philosophe : qui est ce Luc Ferry pour avoir médiatiquement autant de puissance et d’influence ?

Les versions d’Ovide, de Pamphos, de Parthenius, de Conon et de Pausanias ne sont d’accord sur pas grand-chose : les origines de Narcisse, les lieux de la tragédie, sa relation avec Écho, la personne cause de la malédiction qui lui coûte la vie… La version la moins connue est celle de Pausanias qui écrit que Narcisse fou amoureux de sa sœur jumelle essaye de la retrouver dans son propre reflet, avant de réaliser que c’est une cause perdue et qu’il décide se suicider pour la rejoindre dans l’au-delà. J’ai cru deviner que Clotide Bruneau avait fait de Narcisse un bâtard né d’un viol qui faut d’avoir reçu de l’affection n’en connaît pas la notion. Mais je n’ai pas compris pourquoi les nymphes voulaient se venger de lui alors que c’est Héra la cause de toutes les souffrances de leur amie (trouver un bouc émissaire au lieu des puissants responsables de tous les malheurs mais intouchables, c’est tellement humain). Et je n’ai pas compris pourquoi on plaint les soupirants de Narcisse alors que celui-ci n’a que des soupirantes, mais peut-être est-ce une faute de frappe ?

– Tu es la première à venir le consulter depuis qu’il a reçu ce don divin. La rumeur semble pourtant s’être propagée partout en ville… Qui sait… Peut-être que personne ne souhaite savoir ce que l’avenir lui réserve ?

Pygmalion :

Pygmalion est un sculpteur chypriote qui pense avec son cœur dans une cité où tout le monde pense avec son sexe. Il veut des sentiments là où tout le monde veut des sensations, et il est très mal à l’aise dans une société dédiée au plaisir de la chair où il est loin de trouver chaussure à son pied. C’est ainsi qu’il finit par tomber amoureux de Galatée, la statue d’ivoire d’une jeune femme qu’il a réalisée. Cela devient une obsession, et il finit carrément par vivre en couple avec cette dernière elle… En désespoir de cause, il supplie Aphrodite de le délivrer de son tourment : comme dans un conte, la marraine-fée exhausse son vœu, l’ivoire devient chair et Pygmalion devient le plus heureux des hommes…

Luc Ferry qui a été très prolixe sur Narcisse expédie ici bien vite son analyse. Ce qui ne l’empêche pas raconter autant de conneries que d’habitude : ce mec est une blague en plus d’être une imposture ! Donc il nous explique qu’il hors de question que tout finisse bien, et que plusieurs générations plus tard il est nécessaire de punir les descendants de Pygmalion et Galatée en les faisant commettre l’inceste contre leur gré. Luc Ferry qui préfère ses préjugés à la mythologie comparée semble oublier qu’Aphrodite est une pièce rapportée du panthéon grec, qui a connu une longue histoire en dehors de la civilisation grecque avant d’y être intégrée. Ceci peut expliquer que pour une fois les divinités sont bienveillantes et ne passent pas tout leur temps à jouer avec les mortels comme un chat avec ses proies… Pour ne rien gâcher Luc Ferry vient au secours de ses amis victimes des mouvements #MeToo et #Balancetonporc, quitte à contredire ce qu’il vient de dire juste auparavant…

 

Les dessins de Diego Oddi colorisés par Ruby sont très agréables. Franchement c’est très joli et très reposant à regarder, et j’aimerais bien voir ces artistes sur une série originale. Au scénario Clotilde Bruneau aux ordres des lubies de Luc Ferry fait ce qu’elle peut. Le fait que l’album commence par l’évocation d’un viol alors qu’on finit par l’évocation d’un inceste est presque une accusation envers celui qui dénonce les uns et absout les autres au bon gré de ses préjugés…

note : 6-/10

Alfaric

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