S.M. Vidauri
Kyla Vanderklugt
Matthew Dow Smith
Jeff Stokely
(scénario & dessin)
D’après Jim Henson

Jim’s Henson The StoryTeller : Sorcières

Comics, fantasy / mythologie
Publié en VF le 11 octobre 2019 chez Kinaye
Publié en VO le 19 mai 2015 chez BOOM ! (« The Storyteller: Witches »)

Ce ne sont pas les histoires qui importent, mais la manière dont elles sont racontées. Acclamée par la critique, « The Storyreller » est une anthologie composée de quatre contes emplis de merveilleux et de sorcellerie, inspirés des folklores du monde entier (Japon, Europe de l’Est…) et relatés par des artistes qui font partie des plus doués et originaux du moment : S.M. Vidaurri (Iron ou la guerre d’après), Jeff Stokely (Six-Gun Gorilla, The Spire), Kyla Vanderklugt et Matthew Dow Smith.

The StoryTeller appartient à un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et j’espère que la Génération Z a encore suffisamment d’imagination pour apprécier les joies simples mais belles d’une histoire bien racontée… (les pauvres ils ont été contaminés par le virus mickey, et pour masquer le vide abyssal du temps de cerveau disponible vendu au quintal il faut que ça chante et que ça danse tout le temps, et que ça gesticule et que cela hurle en permanence)

Tout commence avec l’américain Jim Henson le plus grand marionnettiste de tous les temps qui rencontre fortune et gloire avec le Muppet Show. Mais c’est un véritable artiste et il lui fait d’autres challenge : c’est ainsi qu’avec d’autres véritables artistes issus de tout le monde anglo-saxon il va passer du marionnettiste à l’animatronique et les porter à des niveaux jamais atteints avant que le numérique ne viennent tout remplace (à ma connaissance seuls le vétéran Stan Winston et le stakhanoviste Robin Bottin ont su atteindre de tels niveaux, mais eux officiait dans le genre horrifique alors que Jim Henson œuvrait dans le fantastique grand public). Il était très ami avec George Lucas et les deux compères ont créé leurs propres compagnies d’effets spéciaux pour offrir leurs rêves au monde entier… C’est ainsi que dans le 2e moitié des années 1980 Jim Henson et la Jim Henson Company travaillent avec la chaîne britannique TVS pour offrir le meilleur de leur époque aux contes de fées : le principe est simple, à savoir que la narrateur John Hurt raconte à son chien parlant en animatronique doublé par Brian Henson le fils Henson un classique de la culture populaire… 9 épisodes seulement, mais la qualité est telle qu’ils sont entrés au panthéon des années 1980, et je maudis à tout jamais le diffuseurs français qui nous privé de la série dérivée dédié à la mythologie grecque…

Aujourd’hui l’aventure continue en comics avec des artistes venus du monde entier adaptant des contes du mondes entier consacrés aux dragons, aux sorcières, aux géants, aux fées et aux sirènes… La cerise sur la gâteau ? Fremantle a confié à la Jim Henson Compagny le soin de rebooter de sa propre série, et le plotmaster de ce revival n’est autre que le maître moderne du fantastique Neil Gaiman : je suis mort, et au paradis des geeks !!!

Le Paradis n’apprécie pas qu’on déforme la vérité.

L’aventure continue donc en comics avec un tome consacré aux sorcières regroupant 4 récits : merci BOOM ! et merci Kinaye !

Dans L’Oie Magique et le Maître de la Forêt, c’est avec une grande vanité que S.M. Vidaurri détenteur d’un Master à l’University of the Arts de Philadelphie refuse de faire de la Bande Dessinée pour faire de l’Art ! Il m’a imposé un « graphic novel » illisible et incompréhensible, et j’ai passé mon temps à tourner le comic sans case et sans phylactères dans tous les sens pour savoir s’il savait commencer à lire les planches par le haut ou par le bas, par la gauche ou par la droite, par le centre ou par l’extérieur, sans parler des diagonales, des vagues et des spirales. Et je ne parle même pas des textes qui changent de couleurs, de tailles et de polices comme de chemises y compris au sein de la même phrase (et bravo les choix de couleurs : blanc sur lavis beige, blanc sur lavis bleu glacial, marron clair sur marron foncé, rouge pastel sur violet pastel et tutti quanti). Jamais ne n’avait vu un auteur autant prouver par A + B qu’originalité n’est aucunement synonyme de qualité !!!
Son travail m’a rendu dyslexique : j’ai dépensé tellement d’énergie à déchiffrer des pages quasiment entièrement recouverte de textes que je n’ai rien compris du tout à ce qu’il voulait raconter, parce que je ne vais pas mentir au final c’est un gloubi boulga de princesses disney donc c’était bien la peine de passer en mode « roman graphique pour bobos intellos ». Alors si j’ai compris quoi que se soit, on a une sorcière bannie par le peuple en quête de vengeance, le seigneur de la forêt aux allures de lapin-cerf en armure trahi par le roi et la reine en quête de vengeance parce que celui-ci a coupé le plus bel arbre de la forêt pour réaliser une couronne en bois magique pour son héritier. La princesse féministe et écolo se promène dans la forêt et réalise qu’en fait la couronne de pouvoir est maudite (mais seulement pour les hommes mâles), et quand ses parents meurent à cause d’une pomme empoisonnée elle accuse toute de suite la méchante sorcière qu’elle n’a jamais vue. Elle protège son petit frère héritier du trône mais il est enlevé par la méchante sorcière censément être morte qui a pris l’apparence d’une oie géante. Épreuves envoyées par la sorcière pour remplir le cahier des charges, deus ex machina pour triompher desdites épreuves pour remplir le cahier des charges, le chevalier-lapin stoppe la méchante sorcière mais comme la princesse disney est féministe elle ne se laisse pas tromper et s’empare de la couronne de son frère pour qu’il ne subisse par sa malédiction (ou tout simplement pour s’emparer du pouvoir comme n’importe quelle femme de pouvoir). En plus la princesse disney est écolo donc elle se réconcilie avec la sorcière qui la ramène elle et son frère en leur château. Pour vaincre la malédiction du chevalier-lapin les hommes sont exclues du pouvoir pour être remplacées par les femmes donc tout serait bien qui finit bien sans une affreuse pose de princesse disney, et si on ne savait pas depuis le gouvernement de cette sorcière de Margaret Thatcher qu’une femme de pouvoir pouvait faire encore pire qu’un homme de pouvoir… Tout cela était très mauvais donc commencer par ce récit médiocre et prétentieux a été une sacrée douche froide !!! Et comble de la boulardise, l’auteur n’a même pas été capable au contraire de tous les autres auteurs de la série de rendre hommage / de faire un clin d’œil au Conteur et à son Chien personnages clés et emblématiques de la série d’origine… Soupirs…

Dans La Sorcière des Neiges, c’est avec une grande humilité que Lyla Vanderklugt apporte sa pièce à l’édifice du classique du folklore japonaise consacrée à la figure de Yuki-onna. Par une longue nuit d’hiver, le vieux Mosaku et le jeune Minokichi sont confrontés à la sorcière des neiges qui dévore le premier et épargne le secon. Elle voit le mal en chacun, parce que tout le monde voit le mal en elle, mais lui voit le bien en chacun, et elle est curieuse de savoir s’il y a le bien en lui en lui soumettant une épreuve : il sera à l’abri de son courroux tant qu’il passera sous silence son existence et leur rencontre.
Joli inversion du Conte de Mélusine : ce n’est pas la curiosité qui perd l’être humain mais c’est la curiosité qui perd l’être féerique, car la Sorcière des Neiges est curieuse de savoir si le jeune Minkichi est capable de voir le bien en elle quitte à passer pour une humaine et partager sa vie. L’humain finit par trahir sa promesse, mais par amour seulement. Mais les immortels n’ont qu’une parole et Minkichi est triste mais pas surpris par la conclusion d’un belle fable sur la différence et la difficulté de la surmonter ! L’auteur a fait le choix des planches en format paysage et non en format portrait, du coup je me suis longtemps demandé si le format à l’italienne n’aurait pas été plus judicieux avant de me rappeler que les deux moments clés du récit sont mis en scène par des doubles pages… Je ne mais pas entièrement convaincu par ses graphismes mais force est de constater qu’ils collent vraiment bien au thème !

Dans L’Île Fantôme, Matthew Dow Smith reprend le récit celte d’Oison et de Niamh et le passe à la moulinette. Car ici le Conteur raconte l’histoire d’un conteur qui raconte sa dernière histoire devant son dernier auditoire. Dans un pub, un conteur raconte l’histoire d’un conteur qui échoua à Tir na Nog, et les trois reines sorcières et leur dernière sujette le supplient de redonner vie à leur pays : ce dernier vit d’imagination, et ces dernières sont trop blasés par les merveilles de l’éternité pour le ressusciter… Histoire après histoire il reconstruit le pays mais si la vie se nourrit d’imagination, l’imagination se nourrit de vie et épuisé il demande de regagner le monde réel car l’un ne va pas sans l’autre… Et c’est ainsi que la boucle est bouclée quand rattrapée par le temps qui passe il délivre sa dernière histoire avant que la belle sorcière de Tir na Nog ne rapporte sa dépouille vers le pays de merveilles qu’il a reconstruit de A à Z… Belle histoire, mais le dessin est épais, l’encrage gras, la colorisation terne. Ça manque cruellement de détails, de précisions, de couleurs, bref de « sens of wonder », et ce n’était pas loin d’être moche alors que cela aurait pu être bien !

Vasillissa la Belle est clairement le récit le plus abouti. D’abord parce qu’il s’agit d’un épisode non produit de la série TV d’origine, ensuite parce qu’on s’attaque à un classique du folklore slave, enfin parce que nous sommes dans un ou plusieurs contes-types car on reconnaît les motifs de Cendrillon, des Douze Mois ou d’Hansel et Gretel (c’est à peine si à peine si les Ténèbres, Aurore et Lumière du Jour et les énigmes viennent apporter une touche d’exotisme au récit). Pour ne rien gâcher les dessins de Jeff Stokely coloriés par John Raunch sont assez agréables !
Dans un lieu oubli de Dieu entouré par un forêt sombre sans limite, la petite Vasilissa qui n’est que joie et bonne humeur est la seule lumière pour des habitants qui trime tous les jours cernés par les créatures de nuit. Quand la mère de Vasillisa meurt avant l’heure, elle lui remet une poupée censée l’aider dans les moments de grands peines. Et elle doit se farcir Marlène Schiappa, euh pardon une marâtre et deux belles-sœurs plus proches des vampires que des êtres humains : envoyant son père trimer par monts et par vaux, elles exploitent sans vergogne la Princesse Sarah slave au point de lui voler la lumière qui lui permet de travailler la nuit… A elle de s’en fournir auprès de la terrible Baba Yaga, et c’est ainsi qu’elle tombe de Charybde en Scylla en passant d’un esclavage à un esclavage plus terrible encore : si elle n’accomplit pas les tâches édictées par Muriel Penicaud, euh pardon la méchante sorcière, c’est Vasilissa qui lui servira de repas… Mais au fond de la Boîte de Pandore il reste l’Espoir, et la poupée enchantée léguée par sa mère lui permet de triompher de toutes les épreuves. Nicole Belloubet, euh pardon la méchante sorcière ne désarme pas et soumet la pure Vassilissa à toutes les tentations : la peur, la terreur, le désespoir, la curiosité, l’avidité… Mais rien n’y fait, et elle se résigne à offrir à la jeune fille le crâne de lumière qui le pouvoir de discerner les cœurs les plus sombres et de le réduisent en cendres : Marlène Schiappa, Muriel Penicaud et Nicole Belloubet n’ont qu’à bien se tenir ou doivent périr…

 

Dans la cadre de la littérature jeunesse difficile de faire mieux tellement les intentions sont bonnes (et les réalisations aussi parfois), mais il y a quand même un truc qui fâche… Nous somme en présence d’un semi-format yankee vendu au prix d’un grand format franco-belge. A l’heure où les éditeurs se battent à qui aura les meilleurs gains marginaux au détriment de l’ensemble de leurs lecteurs et de leurs lectrices, quel est l’intérêt de mettre 20 pages de bonus dont 15 se résume à un cases en noir et blanc et un commentaire de quelques lignes. Et je commence à me demander à quoi servent toutes ces couvertures alternatives à part faire du remplissages…

note : 6/10

Alfaric

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