Akiko Higashimura
(scénario & dessin)

Le Tigre des neiges, tome 6

Manga, histoire / XVIème siècle
Publié en VF le 03 septembre 2020 chez Le Lézard Noir
Publié en VO à partir de 2015 chez Shogakukan (« Yukibana no Tora »)

An 21 de l’Ère Tenmon (1552). Kagetora et ses camarades fêtent tranquillement la nouvelle année. Alors que les guerres ne cessent de faire rage. Ils pensent pouvoir profiter d’un peu de répit. Mais Yamamoto Kansuke, le stratège de Takeda Harunobu, a envoyé à Echigo un espion dont la surveillance va s’étendre jusque dans la demeure de Harukage, le frère de Tora. Celui-ci, de constitution fragile et abhorrant la guerre, est un homme doux et bienveillant envers les siens qui aurait dû naître à une autre époque et pour un autre destin… En plus d’avoir hissé Kagetora à la tête du château et de l’avoir soutenue dans l’ombre, Harukage a mené un combat que taisent les livres d’Histoire…

Avec humour et autodérision, Akiko Higashimura figure bien connue du shojo continue son récit sengoku en faisant de Uesugi Kenshin une Lady Oscar japonaise. Et ce récit est toujours bien traité, bien documenté, avec un style graphique particulier qui pourrait bien faire évoluer le genre et les genres…

Nous sommes dans un tome de transition, et pour bien le représenter si le temps s’écoule on a toujours l’impression d’être en hiver entre deux saisons… La réputation de Tora ne cesse de grandir, et de plus en plus de seigneurs s’adressent à lui pour leur venir en aide. Et c’est ainsi qu’un provincial « du Nord » se rapproche des games of thrones « du centre » quand des gens bien plus haut que lui dans la hiérarchie deviennent ses obligés. Et c’est aussi ainsi qu’en agissant en dehors de sa province il se heurte aux ambitions de Takeda Shingen : Kawanajima is coming ! *

Les remèdes efficaces sont toujours amers !!

Il y a un côté tragique avec Harukage qui a toujours soutenu sa jeune et turbulente sœur, et qui malgré sa santé fragile est prêt à se battre avec plus fort que lui pour continuer de la protéger. Il a été élevé pour être un soldat et faire la guerre parce qu’il était un homme et un fils de seigneur, mais lui a toujours voulu faire de la musique, écrire des poèmes et cultiver des fleurs. C’est le temps des adieux, et l’auteur réalise cela avec tant de tact et de pudeur que c’est beau à en pleurer… (Quelque part Lady Oscar perd son André)

Il y a un côté humoristique avec le traitement du sexisme. Car nous sommes à une époque où les classes dirigeantes sont tellement machistes et bellicistes qu’elles considèrent que les relations avec le sexe opposé sont impure et qu’il faut absolument les éviter avant tout affrontement guerrier. Mais comme les hommes sont hommes impossible de retenir sa bistouquette, donc c’est tout naturellement que nos pères la pudeur se soulagent avec de jeunes pages. On a ainsi plein de dialogues croustillants où le général Murakami Yoshikiyo ne sait plus à quel saint se vouer avec Tora qui est à la fois homme et femme !

 

* On a un aparté avec Takeda Shingen qui est un crevard et qui donc pense comme un crevard. Pour lui, la politique désintéressée de Tora qui agit envers autrui sans rien demander en contrepartie est de la fumisterie. Pour c’est lui, c’est juste un plan com financé par les revenus du port d’Echigo…
Oui mais non ? On a bien l’exemple du pays le plus riche du monde qui refuse de payer le moindre dollar pour les œuvres humanitaires mais qui dépense un pognon de dingue pour balancer des mines et des bombes un peu partout dans le monde, sans parler des coups d’État en faveur du Grand Capital qui vont dérouler le tapis rouge à la Bête Immonde… La culture de la connerie dans ce pays est de plus en plus édifiante !

note : 7/10

Alfaric

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