Gilles Chaillet
(scénario & dessin)

Vasco, tome 1 :

L’Or et le Fer

 

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée en juin 1983 chez Le Lombard

Dans une Italie ravagée par la peste noire, et mise en coupe sombre par une noblesse peu scrupuleuse, surgit un bien étrange personnage. Il prétend se nommer Rienzio, possède l’appui du pape et promet d’abattre la dictature des nobles pour peu qu’on l’aide financièrement. Est-ce un illuminé ? Un escroc ? La banquier Tomoléi possède l’intuition des gens qui font l’Histoire. Il fait confiance à Rienzo et lui assigne ses neveux Vasco et Lorenzo pour l’aider à transporter, jusqu’à Rome, l’or de la révolte. Tous ces projets ont été manigancés dans le plus grand secret ; pourtant un maître a alerté les autorités… et le doute s’installe dans l’esprit des protagonistes. Vasco flaire un piège… Le périple à travers l’Italie va s’avérer périlleux, peuplé d’êtres fantasmagoriques, mais surtout la méfiance va diviser les trois voyageurs…

« J’ai trois amours… Vasco est né de trois passions conjuguées : la bande dessinée, l’Histoire, Rome et plus largement l’Italie. »

Gilles Chaillet est un auteur de l’École de Bruxelles, appelée aussi École Hergé ou « ligne claire ». C’est un disciple de Jacques Martin qui lui a transmis le goût de l’Histoire et de la précision dans la reconstitution historique. Mais plus encore que son mentor, Gilles Chaillet a une passion pour la ville de Rome et a d’abord travaillé sur un projet de légionnaire romain entre Corto Maltese, Thorgal et XIII. Il a aussi un tropisme vers le genre fantastique, mais j’ai reparlerai une autre fois. Et je n’ai pas une culture BD suffisante pour repérer tous les visages de ses collègues de travail qu’il a réutilisé pour composer ses personnages même si au fil du temps j’ai fini par en débusquer quelques uns…

Mais en plein cœur des années fric du reagano-thatchérisme (aujourd’hui devenu le reagano-thatchéro-macronisme), plutôt qu’un « Alix bis » il s’est rabattu sur un « Largo Winch médiéval » qui paraît d’abord de 1980 à 1992 dans Le Journal de Tintin. Bon sang ne saurait mentir, et il pioche dans cette magnifique saga que sont Les Rois Maudits de Maurice Druon (d’ailleurs un certain GRR Martin a fait de même). Vasco est donc un agent spécial de la Banque Tolomeï de Sienne, et nous ne saurons jamais s’il est ou n’est pas un descendant de la Dynastie des Capétiens (les vrais savent), et l’auteur construit un serial alternant diptyques et récits indépendants dans lequel son héros qui bien souvent suit les pas de Marco Polo (l’auteur est un grand voyageur, donc on ne se refait pas) croise régulièrement son Comte de Rochefort et sa Milady de Winter…

Malheureusement malgré le travail acharné de l’auteur toujours assisté aux couleurs par Chantal Defachelle, qui deviendra sa compagne puis son épouse, rarement la série saura faire fructifier ses efforts ! Bien trop souvent, il y a toujours un truc qui ne va pas : le format, le rythme, la scénarisation, la narration, la mise en place, le développement, le dénouement, et une fois Gilles Chaillet parti les graphismes aussi (dédicace spéciale aux dézingueurs du dimanche qui ont vilipendé son travail alors qu’il luttait pour faire vivre sa passion malgré une « terrible maladie » : je ne citerais pas leurs noms non par charité mais ne pas leur faire de publicité, mais on les connaît que trop bien les donneurs de leçons incapables de faire preuve de la moindre preuve de compassion)…

– Avez-vous remarqué combien les gens détestent ceux dont ils ont si souvent besoin…

Gilles Chaillet a toujours déclaré qu’il avait conçu l’histoire de Cola di Rienzo comme un récit en 4 tomes pour un hommes ayant vécu deux fois le même vie. Pour démarrer sa série à lui, son choix s’est porté sur un idéaliste amoureux de de la Rome Antique soutenu par un idéaliste amoureux de la Rome Antique. Dans cette configuration Vasco Baglioni est peu ou prou le Gary Stu de l’auteur, mais peu importe tellement sont belles les valeurs qu’ils veulent défendre : celles de la Renaissance et celles du Risorgimento, loin de la querelle entre le trône impérial et de l’autel papal, loin des des games of thrones des principautés italiennes qui finalement n’ont jamais rien été d’autres que petits intérêts privés bassement calculés…

Cola di Rienzo est un révolutionnaire, ce que les aristocrates appellent agitateurs ou émeutiers, ce que les bourgeois appelleront ensuite anarchistes et terroristes, et ce que le Nouveau Monde appellent aujourd’hui populistes… Plus les choses changent et plus elles sont les mêmes : il souhaite gouverner par le peuple pour le peuple, mais il n’est qu’un pion dans la lutte entre la papauté et les grandes familles romaines. Car si la papauté s’est délocalisée à Avignon, l’Évêché de Rome reste le plus riche de la chrétienté donc il or de question que l’aristocratie romaine le mettent en coupe réglée sans verser leur obole au Vicaire du Christ !

 

Le tome 1 intitulé L’Or et le Fer et paru en 1983 est vraiment dans la veine de sa série Alix. Nous sommes en avril 1347 et Cola di Rienzo est missionné par le pape Clément VI pour rétablir son autorité sur la Ville Éternelle, et Vasco et Lorenzo les frères Baglioni doivent le faire venir à Sienne d’abord, à Rome ensuite… Car la Banque Tolomeï doivent choisir entre soutenir ses vieux client du Clan Colonna et financer un coup d’État à Rome. Alea Jacta Est, et le Clan Baglioni franchit le Rubicond !
C’est très pulpien car nous somme au tout début de la Grande Peste et chaque ville se met en quarantaine : à chaque étape de leur odyssée il faut réussir à rentrer et à sortir malgré le confinement, mais aussi à échapper aux agents du Clan Colonna et à démasquer le traître qui est parmi eux !
ATTENTION SPOILERS Dans un règlement de compte entre une horde de lépreux et la soldatesque des Colonna, les frères Baglioni sauver une demoiselle en détresse de son bûcher improviser : il s’agit de Francesca Colonna dont la générosité va leur ouvrir bien des portes. Dieu est farceur, Dieu est cruel, et c’est pour cela que je suis bien content d’être athée… Ensuite Cola di Rienzo s’attaque frontalement au tyran, en simulant sa mort avec l’aide d’un complice pour démasquer le traître et lui échapper. Arrivée à Rome, l’argent ouvre toute les porte et le peuple porte au pouvoir un idéaliste : Sic Semper Tyrannis ? Du bonheur au malheur, de l’utopie à la dystopie la frontière est parfois mince : va-t-on passer de La Tiare d’Oribal à La Tour de Babel ??? FIN SPOILERS

Sur le forme c’est « la ligne claire » : les personnages sont détaillés, les décors ont riches, mais le découpage est très classique et on a encore ces phylactères sur fond jaune qui ne font que décrire ce qui est dessiné… Non seulement ils ne servent à rien mais en plus ils alourdissent inutilement la narration du récit. Il aura fallu 50 ans pour s’en débarrasser car les éditeurs ne savaient pas faire la différence de média entre les romans et les bandes dessinées !

 

PS : A l’image de Yoko Tsuno chez Dupuis il vaut mieux lire Vasco chez Le Lombard en intégrales plutôt qu’en albums tellement leurs appendices sont intéressants et riches d’enseignements…

note : 7,5/10

Alfaric

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