Mathieu Mariolle  (scénario)
Federico Ferniani, Mikaël Bourgouin et Yann Tisseron (dessin)
d’après Thomas Day

La Voie du Sabre, tome 1 :

Les Cendres de l’enfance

Bande dessinée, uchronie / fantasy
Publiée le 06 mars 2013 chez Glénat

La vie du jeune Mikédi, fils du chef de guerre Nakamura, est bouleversée lorsque débarque dans la forteresse où il vit un samouraï de légende, Miyamoto Musashi. Cet homme, puissant et repoussant à bien des égards, est pourtant le plus grand maître de sabre qu’ait connu l’Empire. Nakamura souhaite en faire son premier samouraï, mais Musashi préfère reprendre la route en prenant Mikédi comme élève. La Voie du Sabre ne s’offre néanmoins pas au premier venu, et auprès de Musashi l’apprentissage de Mikédi aura souvent un goût amer…

Avant de démarrer quelques mots sur Thomas Day alias Gilles Dumay. Il fait partie de la Nouvelle Vague des auteurs SFFF Français qui ont émergé avec l’an 2000. Il ne sait jamais reposé sur ses lauriers en explorant avec talent tous les genres et tous les thèmes, malgré un trope évident et dérangeant pour un thanato-érotisme récurrent. Mais c’est aussi l’éditeur qui a supprimé la populaire et vénérable collection Présence du Futur prétendument non rentable pour créer l’élitiste collection Lunes d’Encre qui n’a jamais été rentable en vendant dix fois moins de livres. C’est aussi le prescripteur d’opinion qui n’a pas arrêté de râler, pour rester poli, sur la SF populaire la Fantasy populaire en militant par exemple pour la suppression des « rayons des archères elfes à grosse poitrine ». C’est aussi le caïd de cour de récré qui sous de multiples pseudos a pendant des années dézingué tout ce qui bougeait dans Bifrost et ailleurs. Pour ne rien gâcher il y a aussi largement a dire sur l’éditeur Gilles Dumay qui demande à Thomas Day d’être directeur d’anthologie ou qui demande à Thomas Day d’effectuer des révisions de traduction superfétatoires alors qu’il avait largement à faire sur d’autres titres (genre Fondation d’Isaac Asimov, ou Les Princes d’Ambre de Roger Zelzany) Toujours est-il que depuis quelques années il semble s’éclater avec les bandes dessinées et c’est ce dont on va parler ici.

Dans La Voie du Sabre, nous sommes dans un Japon féodal fantasmé qui prend la forme d’une uchronie fantasy. Des monstres marins sillonnent les océans, et les coquillages parasites qui se développent sur leur peau fournit l’encre de Shô qui s’avère être à la fois un poison et un élixir d’immortalité. C’est à la fois la laque toxique humide et inoffensif sèche, mais aussi le cinabre / mercure censé apporter longévité voire vie éternelle si consommé dans les bonnes proportions (et après on s’étonne de la folie de plusieurs souverains d’extrême-orient). N’empêche que la lente métamorphose en monstre immortel c’est quasiment emprunté à la saga Dune de Frank Herbert. Au final des milliers et des milliers de pêcheurs risquent tous les jours leurs vies en prenant la mer pour aller se frotter aux léviathans et ramener sa dose au shogun, qui est devenu mikado à la place du mikado, au plutôt empereur-dragon à la place de l’empereur humain, et que comme il n’a engendré qu’une fille-dragon c’est la compétition entre tous les seigneurs du pays pour devenir son gendre !

Nous suivons dans cet univers le parcours initiatique Mikédi, fils de Nakamura Ito, un seigneur de guerre sans foi ni loi (déshonneur) qui n’a pas hésité à acheté des canons à des gaijins (déshonneur encore) et à monter ses propres atelier d’arquebuses (déshonneur toujours) pour devenir « primus inter pares ». Il est le narrateur du récit, car son son père veut épouser la fille-dragonne et être le premier sur l’escalier du pouvoir après l’empereur-dragon, et en croisant le rônin Miyamoto Musashi, ses tatouages vivants, sa pouvoir de figer le temps et sa capacité à sculpter le sang il pense pouvoir acquérir ce qu’il lui manque pour devenir le gendre de l’empereur-dragon. Par défi, le rônin accepte mais comme il est trop vieux pour apprendre et c’est tout naturellement qu’il lui abandonne Mikédi dans l’espoir d’accomplir ses ambitions à travers lui ! Et ses premiers enseignements l’amènent chez les premiers de corvées, dans un village de pêcheurs où Mikédi sympathise avec la tisserande Akiko dont son maître veut venger les outrages qu’elle a subis. Et le responsable n’est autre que Kaitsu, général de Nakamura Ito qui a tout appris à Mikédi avant qu’il ne rencontre Musashi…

– Confie-moi ton fils, il est vierge de toute mauvaise influence, son esprit est souple comme une herbe… Quinze années, vingt années, il me faudra bien cela pour vider sa tête complètement et lui enseigner la Voie du Sabre qui met dieux et femmes à genoux.

Miyamoto Musashi de son vrai nom Shinmen Bennosuke c’est un personnage historique qui a défrayé les chroniques au début du XVIIe siècle, en bien comme en mal, et au premier XXe siècle la figure populaire est devenu un héros littéraire puis un modèle national pour le Japon impérial. Thomas Day en a fait un guerrier-philosophe défenseur de la veuve et de l’orphelin, qui aime les femmes et qui est aimé par elles (à la fois macho et féministe, autoritaire et anarchiste : tout un programme), mais surtout un être fatigué de la vie qui cherche celui qui sera capable de le vaincre donc de le tuer quitte à le former lui-même… Je m’attendais à un récit d’action et d’aventure katana & sorcery, mais j’ai découvert un road movie existentialiste. Thomas Day qui adore le grimdark réalise une version grimdark du Candide de Voltaire, donc on retrouve le message que Michael Moorcock a fait passer dans tous les livres au deuxième XXe siècle : nous recherchons ailleurs ce que nous avons déjà en nous…

Thomas Day a confié son œuvre au bon scénariste français Mathieu Mariolle qui a toujours adoré la culture asiatique, et à l’excellent dessinateur italien Federico Ferniani qui niveau sexe et violence n’a jamais été en reste. En guest-stars Mikaël Bourgouin se charge de « La Légende du Daïsho Papillon », et Yann Tisseron se charge de « La Légende de l’encre de Shô ». La colorisation de Jean-Paul Fernandez est excellente dans les couleurs chaudes comme dans les couleurs froides, d’autant plus qu’il travaille sur trois styles différents. Et pourtant, j’ai jeté un coup d’œil sur la version en noir & blanc et je me demande si elle n’est pas encore meilleure… Dans tous les cas ces artistes ont réalisé une adaptation qui respecte l’œuvre originelle tout en lui offrant un souffle épique et tragique qu’elle n’avait pas forcément de prime abord ! Du beau boulot à tous les niveaux, chaque planche est un régal pour les yeux et ce n’est pas tous les jours qu’on voit des bandes dessinées de cette qualité !!!

note : 9/10

Alfaric

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