Yukinobu Hoshino
(scénario & dessin)

Blue Hole, partie 1

Manga, science-fiction / voyage dans le temps 
Publié en VF le 09 juin 2021 chez Pika Graphic
Publié en VO en 1991 par Kodandsha dans Mister Magazine (« ブルーホール »)

Au large des Comores, le spécimen d’un poisson disparu depuis 65 millions d’années est capturé. Une expédition scientifique se monte alors et part étudier le phénomène à l’origine de son apparition : un étrange trou bleu dont parlent les autochtones. Tout juste trouvée, cette faille dans l’océan aspire les chercheurs et les entraîne en pleine ère du Crétacé, lorsque la Terre regorgeait de reptiles terrestres et marins. Face aux dinosaures les plus hostiles, la survie devient la priorité, mais les objectifs de certains vont attirer le danger sur le groupe et l’écosystème de ce monde encore pur.

Il était une fois un enfant fasciné comme tant d’autres par les dinosaures. Cet enfant est devenu un mangaka de talent, et il décida de rendre hommage à la nouvelle du romancier Shin’icih Hoshi intitulée Les Dinosaures de l’après-midi (dont on peut retrouver étrangement le concept dans le film Final Fantasy : Les Créatures de l’Esprit de Hironobu Sakaguchi et Motonori Sakakibara, ou le roman Le Concile de Fer de China Miéville).
C’est ainsi que l’humanité a hérité du Blue Hole de Yukinobu Hoshino (par ailleurs un des tous premiers mangas édités en France). mais d’abord et surtout le chaînon manquant entre Le Monde Perdu d’Arthur Conan Doyle et le Jurassic Park de Steven Spielberg ! (sans oublier cet autre chaînon qu’est le Cycle de Caspak d’Edgar Rice Burroughs)

Gaïa Nagiri est une comorienne braconneuse de cœlacanthes, qui a perdu son père et son grand-père emportés par des créatures maritimes inconnues. Son cas attire l’attention, et elle se retrouve à servir de guide pour une expédition maritime de la Navy financée par un golden boy de l’autoproclamée haute et bonne société. C’est ainsi qu’en remontant la piste des cœlacanthes, l’expédition découvre au large de Madagascar un « trou bleu », une fracture spatio-temporelle. Et le passage les avalent, pour les recracher près du Triangle des Bermudes au Mésozoïque !

Pour les naufragés du Kronos le danger est partout : sur mer, sur terre, et dans les airs. Et dans leur lutte pour la survie le mangaka se fait une joie d’enchaîner les péripéties pulpiennes pour nous montrer au pas de course toute la flore et toute la faune de l’époque (à un rythme trop rapide par ailleurs, cela nuit un peu au propos). Alors rien que dans la première partie on a un Mosasaure, un troupeau de Maiasaura, une attaque de Sténonychosaurus, Puis on enchaîne une charge de tricératops, le gros Tyrannosaure, l’encore plus gros Kronosaure (allez hop, baston de kaijûs), l’assaut d’un Orthocère à la 20000 lieues sous les mers, puis un Dinichthys et un Mixopterus, des mille-pattes et des crocodiles géants, et des hardes de Lambéisaures et de Alamosaurus…

– Un trou bleu menant au Crétacé, 65 millions d’années avant l’ère moderne ! Qui goberait une histoire pareille ?!

Le relationship drama est intéressant :
– on a les écologistes avec Gaïa Nagiri super-woman qui semble communiquer avec la nature (ou qui entend des voix), et Alf enseignant universitaire en émerveillement devant le Crétacé (avant d’entendre les cris et les pleurs)
– on a les capitalistes avec la journaliste Julie Carlyle prête à tout et au reste pour le scoop de sa vie, et le Docteur Charles Hawk qui a un grand projet pour définitivement laisser son nom dans l’histoire du business
Le Capitain Voss qui a bourlingué un peu partout dans le monde joue le rôle de mentor voire carrément de grand sage. Et il a fort à faire pour la survie du groupe entre le militaire Hood qui veut tout contrôler selon le principe de la loi du plus fort, et l’altruiste scientifique Wizard qui veut sauver tout le monde selon le principe du bon samaritain. Et les choses se compliquent quand en se réfugiant sur un émule maritime d’Yggdrasil, il découvre un nouveau trou bleu, qui cette fois-ci relie le Mésozoïque et le Paléozoïque !

Spécialiste du gekida, Yukinobu Hoshino nous offre une grosse Série B qui incarne parfaitement les blockbusters hollywoodien des années 1980/1990. Son charadesingn réaliste plus occidental qu’oriental est séduisant, mais ce n’est rien par rapport aux heures et heures de travail qu’il a dû passer pour reconstituer tous les détails des biotopes du passé. Casterman ayant une fois de plus laissé pourrir un chef-d’œuvre, c’est Pika qui le réédite luxueusement en 2 volumes dans sa collection « Pika Graphic ». Mais je vais quand même râler sur la racoleuse illustration de couverture du tome 1. Cela serait un bonne idée de la part de Pika de faire de même avec Blue City et Blue Word. De manière générale, l’auteur peu édité en France mérite largement qu’on se penche sur sa bibliographie. Mais j’ai cru comprendre qu’a ce niveau-là on serait pas à l’abri de bonne surprise…

note : 8/10

Alfaric

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