Bernard Cornwell

Les Chroniques saxonnes, tome 04 : Le Chant de l’épée

Roman, histoire / moyen-âge
Publié en VF le 15 janvier 2020 chez Bragelonne
Publié en VO en septembre 2007 chez HarperCollins (« Sword Song »)

​Servir ou régner ? Alors que la bataille pour l’Angleterre fait rage, Uhtred, guerrier, païen et ennemi juré des Vikings, se trouve à la croisée des chemins. Même si on lui a offert une couronne, il reste un homme de parole. Une parole qu’il a donnée au roi Alfred le Grand, qui rêve d’une Angleterre délivrée du joug des Vikings. Alors quand son souverain lui ordonne de reprendre Londres à l’ennemi et de l’offrir à son beau-fils Æthelred, un homme faible qui n’a rien d’un guerrier, Uhtred obéit… à regret. Car l’épouse d’Æthelred n’est autre que la fougueuse fille du roi, et son destin est intimement lié à celui d’Uhtred… qui devra choisir entre la voie du devoir et celle du cœur.

Ce tome 4 intitulé Le Chant de l’épée est-il un tome pour rien ? Je suis bien incapable de choisir entre le « oui, mais non » et le « non, mais oui ». Dans les deux cas les scènes d’action sont moins réussies que dans les tomes précédents, comme si l’inusable Bernard Cornwell avait eu un coup de mou…

Dans un première partie en forme de faux -départ, Uthred est contacté par le Danois Haesten, ancien homme-lige l’ayant autrefois abandonné, et les frères Norses Sigefrid et Erik Thurgilson, pour trahir Alfred souverain de Wessex, foutre le dawa en Bretagne et devenir rois de leurs propres mains. Dans une deuxième partie Uthred n’a pas apprécié qu’on le prenne pour un gros teubé superstitieux, et il revient à Alfred de Wessex pour mener la guerre à l’embouchure de la Temse et foutre la pâtée à Haesten et aux frères Thurgilson à Londinium / Lundene / Londres. Dans un troisième temps on temporise dans la guerre autour de la Tamise à cause d’une délicate affaire de prise d’otage et de rançon, et Uthred débarque comme un chien dans un jeu de quille dans le camp ennemi où tout le monde a trahi tout le monde et se fout joyeusement sur la gueule !

Malgré toutes mes réserves c’est efficace donc je recommande à tous les amateurs de romans historiques Bernard Cornwell (et il faut absolument que le lise sur une autre série car j’aime bien son style tantôt sérieux tantôt décontracté) : cela se lit facilement, cela se lit rapidement, et il est aussi à l’aise dans les romans courts que dans les romans fleuves contrairement à d’autres qui se savent s’exprimer qu’au travers de gros pavés (suivez mon regard)…
Parce qu’ici on finit par repérer les grosses ficelles hollywoodiennes. On a un héros n’ayant peur de rien et multipliant les punchlines, qui agit en dépit du bon sens mais qui s’en sort toujours grâce à son incroyable chance, des buddies et des bullies en veux-tu en voilà pour nourrir les nécessaires intrigues secondaires, et des méchants très très méchants ainsi que des demoiselles très très en détresse pour nourrir les péripéties pulpiennes. Par contre tyrannie de la mode grimdark oblige, on aurait pu se passer de la princesse de 13 ans qui passe d’un mari jaloux et violent à la menace d’un viol exécuté publiquement et collectivement (vivement qu’elle passe cette putain de mode qui semble émoustiller les fantasmes déviants des bobos hipsters)… On pousse même le vice à mettre en scène une romance à l’eau de rose old school au milieu de tout cela…

On ne doit jamais confier à autrui ses crimes, sauf s’ils sont trop grands pour être dissimulés – et dans ce cas, on les qualifie de politiques ou de mesures d’État.

J’ai passé un bon moment certes, mais j’aurais pu et j’aurais pu me pendre au jeu pour m’enflammer. Malheureusement tout est toujours raconté du point de vue d’Uthred qui ne pense qu’à la baston, aux armes pour se bastonner, et à l’argent qui permet d’obtenir les armes et les hommes pour se bastonner… Il assume totalement le fait d’être un gros bourrin illettré et décérébré, mais bizarrement son Quotient Intellectuel se met à augmenter quand il s’agit de critiquer et de bolosser la religion chrétienne avec des trésors de rhétorique, de sophistique et de casuistique… Ce n’est plus de l’humour mais de l’acharnement, et cela en devient totalement navrant même dans l’optique d’un anti-papisme primaire si cher aux protestants (ça revient toutes les deux pages, et ça bouffe un nombre incroyable de pages donc c’est juste soûlant). Question vision de la femme, dès la page 1 on écrit qu’à 30 ans elles sont toutes trop vielles pour servir à autre chose que de catins bonnes à rien et qu’il faut mieux privilégier les jeunes génisses à labourer et à engrosser de 12/13 ans. Au sein des romans historiques les Anglo-Saxons semblent toujours avoir des fantasmes déviants qui ne collent guère à la réalité historique (quand Charles VI âgé de 17 ans épouse Isabeau de Bavière âgée de moins de 15 ans tout le monde avait trouvé cela borderline, mais dans les romans historiques anglo-saxons on fait bien pire et personne ne trouver à redire). C’est tellement gros que je me demande si l’auteur ne le fait pas exprès pour provoquer les féminos, tout en se moquant de son héros macho qui érotomane impénitent tombe régulièrement en pâmoison…

Enfin on nous parle d’une périodes les plus fascinantes de l’Histoire, mais concrètement ce n’est que des roitelets et des seigneurs de guerre qui se foutent sur la gueule dans le trou du cul de l’Europe de l’époque. Après si tu crois à la Destinée Manifeste des Anglo-saxons destinées à unifier l’Angleterre puis la terre entière, peut-être que c’est emballant, mais je ne suis pas de ceux-là… Le Moyen-Âge a été traversé par la rivalité entre « corpus arthurien » et le « corpus carolingien », mais alors que la premier été épuisé jusqu’à la corde le deuxième est resté inexploité ou presque. Après son roman sur les Mérovingiens, j’attends avec hâte le roman de Patrick McSpare sur les Carolingiens (parce qu’à ma connaissance le seul qui se soit emparer du sujet est le plus anglais tu meurs David Gemmell)…

 

PS: Cela fait plusieurs années qu’il y a une grosse hype Vikings qui semble ne cesser d’enfler… Grosso modo on a des suprématistes qui ne jurent que par la loi du plus fort qui tuent et torturent, volent et violent, exploitent et asservissent les autres sans regret ni remords sous prétexte qu’ils ne sont pas assez forts pour se protéger eux-mêmes. Cela ressemble beaucoup trop à l’idéologie de cette saloperie de ploutocratie mondialisée pour que ladite ressemblance soit fortuite et non sciemment organisée et télécommandée par « la main invisible du marché »…

note : 6/10

Alfaric

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