Jean-Pierre Pécau (scénario)
Lajos Farkas (dessin)

White Sand, tome 1

Bande dessinée, fantastique / uchronie 
Publiée le 09 septembre 2020 chez Delcourt

L’ordre des Dragons a désormais la certitude que les armées du calife disposent d’un ou de plusieurs dragons. Fort heureusement, Umas la dragonnière, en compagnie de Draga la sorcière, parviennent à retrouver la trace du dernier œuf. Tout va dorénavant être une question de temps, vont-elles pouvoir rapporter l’œuf à Jérusalem ? Les armées du calife vont-elles lancer leur offensive avant que l’Ordre puisse élever de nouveaux dragons ? Draga la sorcière va-t-elle se résoudre à passer une alliance avec l’Ordre détesté ? Le sort de l’Occident est entre les mains des deux héroïnes…

Ce tome 3 assez mal intitulé La Compagnie Blanche va me permettre de comparer les carrières respectives de Jean-Pierre Pécau et Christophe Arleston. Les deux scénaristes sont de bons artisans de Série B, misant davantage sur la quantité que sur la qualité. Bon connaisseurs des œuvres populaires et des genres de l’imaginaire, ils ont mélangé avec bonheur action et humour. Mais leurs séries ont toujours mieux débuté qu’elle n’ont fini (quand elles ont fini), car aussi bon dialoguistes soient-ils les rebondissement à répétition n’aboutissent nulle part, car à celui qui ne sait où aller nul vent ne saurait être favorable et le moindre grain de sable peut ainsi vite grimper la routine auteuriale…

Alors on nous a vendu un course au trésor, le trésor étant un œuf de dragon, et les chasseurs de trésor étant les grandes puissances voulant gagner la course aux armements draconiques… Alors les agents des uns et des autres sont en mission secrète, mais la découverte d’un œuf de dragon au Levant est un secret de polichinelle dont tout le monde semble au courant. Et ça amène des interrogations en rafale :
– les moniales combattantes veulent absolument mettre la main dessus mais n’envoient qu’Umas
– les sorcières guerrières veulent absolument mettre la main dessus mais n’envoient que Draga
– Rome veut absolument mettre la main dessus mais envoie en catimini une troupe de mercenaires
– Damas veut absolument mettre la main dessus mais envoie en catimini une troupe de mamelouks

On nous vend un Occident menacé par la Grande Alliance entre Le Caire et Damas, mais le background est tellement pas exploité qu’on ne comprend pas que Le Caire ne soit pas capable de partager ses découvertes avec Damas alors qu’il sont alliés voir sujets, et que Damas soit obligé d’agir en secret pour obtenir eux aussi de nouveaux dragons… Là aussi on nous vend aussi l’alliance impie de la chaste moniale et de la luxurieuse sorcière qui doit sauver ledit Occident : ça amène un chouette buddy movie au féminin, l’auteur ayant du savoir faire pour réaliser des duos badass, mais au final on reste dans un satané de tome de transition ! (sans parler de cette saleté de dragonite qui fait carrément le café quelle que soit la situation rencontrée)

– Avec la Compagnie, donc, on piquera au triple galop vers le Nord-Ouest.
– Pourquoi par là ?
– C’est la frontière de Principauté d’Antioche, c’est la plus proche de Damas. Vous, pendant ce temps, vous volerez plein ouest. On se divise, vous comprenez ?
– Et on se retrouve où ?
– A Tyr.
– Pourquoi là ?
– C’est un port neutre, pas de maison de l’Ordre, pas Drac. On avisera à ce moment-là.
– Il veut dire ceux qui seront encore vivants, peut-être personne.
– Ça semble être un bon plan.
– Pour un suicide collectif, oui.

Comme dans le tome 2, malgré 56 pages la gestion des personnages n’est pas très bonne pour rester poli :
– Stali devient une pièce rapportée qui apparaît juste au début et juste à la fin de l’album
– la pièce rapportée Karadjan joue le rôle jadis dévolu à Duncan, et force est de constater que tout ce qu’il fait est forcé y compris dans la catégorie comic relief arménien qu’avait déjà mise à contribution l’auteur dans une autre série
– Duncan a disparu du récit dans le tome 1 pour réapparaître à la sauvette complètement fou dans le tome 2… c’est donc tout naturellement qu’on le fait crever comme une merde pour s’en débarrasser définitivement alors qu’on aurait pu avoir un chouette quatuor Umas / Draga / Duncan / Karadjan
– le fameuse Compagnie Blanche revient dans le série pour se faire massacrer, et on en retrouve les survivants à a fin asservi puis libéré en monde Dirty Dozen… ce n’est donc que du teasing pour les tomes suivants !
– tout est donc centré sur le duo Umas / Draga mais comme les tenants et aboutissants deviennent de moins en moins clairs ça ne marche pas aussi bien que cela aurait pu être…

Graphiquement le hongrois Lajos Farkas qui était déjà venu en renfort sur le tome 2 remplace ici le serbe Leo Pilipovic. Il semble plein de bonne volonté et tout n’est pas à jeter : il y a un effort sur les décors, mais on voit bien que le désert est bien utile pour ne pas avoir à détailler plusieurs arrières-plans, il y a des scènes avec un certain souffle, mais c’est pénible de voir Draga grimacer en permanence et Karadjan traîner sa tête d’ahuri de planche en planche… Avec l’aide de Thorn aux couleurs il essaye de coller aux graphismes de son prédécesseur, mais on ne va pas se mentir non seulement c’est différent mais en plus c’est moins bon (voire on peine à reconnaître certains personnages des tomes précédents)… J’avais espoir qu’avec cette série Jean-Pierre Pécau fasse enfin preuve d’un peu plus d’ambition, mais là je ne suis pas loin d’avoir le seum…

note : 5/10

Alfaric

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