Vincent Brugeas (scénario)
Ronan Toulhoat (dessin)

Ira Dei, tome 4 :

Mon Nom et Tancrède

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée le 12 février 2021 chez Dargaud

Pour Tancrède, c’est l’heure de tous les dangers. Capturé par Hugues, le voilà entre les mains de Guillaume de Hauteville, le chef des troupes normandes. Celui-ci voit en lui un redoutable soldat dont il aimerait se faire un allié. Afin d’inciter Tancrède à réveiller son âme guerrière, depuis longtemps en sommeil, Guillaume l’oppose en combat singulier à plusieurs prisonniers, auxquels il promet la liberté en cas de victoire.« Tu t’apprêtes à faire sortir le diable », lui glisse Étienne, le représentant du pape. Aucun homme ne saura vaincre Tancrède. Même Hugues périra au fil de son épée… Vivant, Tancrède reste une menace pour l’Église. Pourtant, Étienne décide de lui offrir sa liberté : seul Tancrède est en mesure de l’aider à retrouver sa sœur.​

​Décidément cette série porte le western médiéval à un incroyable niveau… Ce tome 4 intitulé Mon Nom est Tancrède est d’une grande voire d’une rare densité psychologique, et pas sûr que des Sergio Leone, Sollima ou Corbucci auraient fait mieux au meilleur de forme dans les années 1970 !

Robert / Tancrède est poursuivi dans les campagnes du Sud de l’Italie par Hughes qui veut sa peau, mais Bohémond lui rappelle que s’il veut conserver sa propre peau il doit le ramener vivant à Guillaume de Hauteville. Robert / Tancrède peut s’en sortir, mais pas la patricienne grecque Eudoxie et la plébéienne normande Marie qui l’accompagnent. Robert les auraient bien abandonnées à leur horrible sort sans sourciller, mais Tancrède choisit de se sacrifier pour elles. L’antihéros était à la fois héritier du souverain déchu Elric de Melniboné de Michael Moorcock et de l’aventurier sans dieu ni maître Conan le Cimmérien de R.E. Howard, mais ici il marche dans les pas du Corwin d’Ambre de Roger Zelazny (Vincent Brugeas, tu es trop fort !)… Car Corwin obsédé par son passé sacrifiait tout à sa vengeance, avant de se rendre compte qu’il avait trop changé pour lui sacrifier aussi son avenir et celui des autres (à fortiori celui de ceux et celles qui croyaient en lui)…

Guillaume de Hauteville veut retrouver Robert de Normandie pour passer de mauvais suzerain à excellent vassal, mais pour Robert / Tancrède cela serait revenir à un passé auquel il a déjà sacrifié tous ses compagnons pour obtenir un avenir où il devrait affronter son propre fils marionnette de la papauté… Et c’est durant son duel à mort avec Hughes prêt à tout et au reste pour le massacrer sans pitié, que Maniakès et Harald donnent l’assaut de la forteresse des Normands. C’est ainsi que tous les personnages doivent faire leurs choix au cœur de la folie, y compris le diacre Étienne quasi narrateur du récit qui doit indiquer à Main-Gauche l’assassin quelle est sa cible entre Robert / Tancrède, Guillaume de Hauteville et Maniakès !!!

Dieu a beaucoup d’humour.

Artha, Kama, Dharma : Ambition, Désir, Devoir ! Tous les personnages sont passés au crible de cette grille de lecture issue de la philosophie hindouiste (donc de la culture indo-européenne), et je vous laisse la découverte de cette formidable comédie humaine qui n’a rien à envier aux chefs-d’œuvre de la littérature blanche (qui se veut systématiquement haute et grande, mais franchement il y a vraiment de quoi redire tellement il y a de la médiocrité aussi)…
Le « Cycle Italien » se clôt avec des retrouvailles finales où une femme se réjouit et où un homme s’étonne : il est encore loin le chemin pour le fondateur du Royaume de Sicile qui va jouer les troubles fêtes en Mer Méditerranée, jusqu’à mettre à la tête du Saint Empire Romain Germanique Frédéric II la stupeur du monde, héritier d’Alexandre le Grand avec 1000 de retard ou 1000 ans d’avance !!!

Comme les vrais savent les graphismes de Ronan Toulhoat ont les qualités de leurs défauts et les défauts de leurs qualités. En bref on aime ou on n’aime pas. Mais force est de constater qu’il y a un paquet de cases voire de planches qui pètent un classe de ouf et qui ne dépareilleraient pas dans le plus épique des récits d’heroic-fantasy (Oh la dernière case de la page 15, Waouh les pages 16 et 17, OMG les pages 37 à 42). J’ai cru comprendre qu’il travaillerait sur un gros projet d’où la mise en pause de la série Ira Dei : si c’est le Hawkmoon piloté par Glénat, vues les illustrations déjà consacrées par le dessinateur à la série post-apocalyptique de Michael Moorcock cela pourrait bien être une grosse tuerie… Mais qui vivra verra, surtout en ces temps incertains de covidisme…

note : 8,5/10

Alfaric

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