Moare Ohta
(scénario & dessin)
d’après Hitoshi Iwaaki

Parasite Reversi

(pour public averti)

Manga, science-fiction / horreur
Publié en VF le 05 mai 2021 chez Glénat
Publié en VO à partir de 2018 par Kodansha dans Comic DAYS (« Kiseijuu Reversi / 寄生獣リバーシ »)

Fukami est un inspecteur de police à qui on ne la fait pas. Chargé d’enquêter sur une véritable boucherie de morceaux de cadavres, il sent tout de suite que quelque chose cloche avec Tatsuki, son jeune témoin. Il est trop calme, bien trop calme. Et il a des raisons d’être calme, ce garçon, quand on connaît sa famille…

J’avais repéré le mangaka Moare Ohta dans Neo Parasite : il avait tout compris à la série d’origine, qui est pourtant un chef-d’œuvre aux multiples lectures possibles réalisé par un humaniste capable de rendre très simple les choses très compliquées (de bonnes questions, de belles réponses, et en quelques dialogues capable de réconcilier l’humanité avec elle-même). Ici il me bluffe à nouveau, avec une série dérivée qui n’est ni un remake, ni un reboot, ni un préquel, ni une séquelle

Première page deux jeunes gens se font face. Deuxième page, on voit trois adolescents découpés en morceaux éparpillés en eux. Troisième page, l’un s’en va et l’autre reste… Et l’un des deux est le lycéen Tatsuki, interrogé par la police sur le meurtre de deux camarades de classe et du grand frère de l’un d’entre eux. L’inspecteur Fukami trouve que ce dernier a plus un comportement de suspect qu’un comportement de témoin. Et en insistant il bascule de l’autre côté du miroir, peuplé de monstres anthropophages qui se sont donnés pour mission de nettoyer la planète de cette pollution qu’est l’humanité…

– Les monstres n’existent pas, en ce bas monde. Il n’y a que des coupables.

On retrouve donc tout l’univers de Parasite avec le conseiller Hirokawa (ne pas spoiler, ne pas spoiler, OMG ne pas spoiler), la scientifique Ryoko Tamiya, et son cobaye Gotou qui a une bonne tête de Frankenstein. Comme Shinichi, Tatsuki sait car il a vu. D’ailleurs il en sait bien plus que lui car il en a vu bien plus que lui. Mais le monde a changé, et si Shinichi avait Peter Parker dans le retroviseur, Tatsuki lui tient plus de Light Yagami. Sa personnalité et ses motivations sont insondables, et il faut rechercher dans les titres de chapitre des clés pour les décoder :
– le chapitre deux s’intitule « Sredni Vashtar », et il s’agit du titre de l’œuvre autobiographique de l’écrivain Saki qui décrivait un enfant en guerre contre sa propre famille qui avait élevé au rang de divinité de la vengeance le furet qu’il élevait dans son dos
– les chapitres 3, 4 et 5 font référence à la saga vidéoludique Diablo dans lequel le héros affronte des démons au risque d’en devenir à son tour…
Comment combattre sa propre famille, surtout quand on a fini par partager les mêmes valeurs qu’elle ? Tatsuki tiraillé de tous les côtés n’a que son intelligence pour exercer sa vengeance. Ça tombe bien c’est un génie, et l’inspecteur Fukami pourrait bien être l’instrument de celle-ci ! Mais Eiji Ichinose de la sécurité civile qui semble en savoir long favorisera-t-il ou empêchera-t-il leur croisade commune (oh on dirait une version japonaise de l’Agent Smith de Matrix)…

Gros potentiel pour cette série. L’univers crée par Hitoshi Iwaaki a ceci d’incroyable que faisant la part belle aux démons et aux merveilles qui sont en nous et en dehors de nous, n’importe quel auteur peut s’en emparer et faire sien pour nous emmener encore plus loin !

Il y a quelques trucs qui m’ont fait tiquer, donc je me dois de les signaler. Je sais bien qu’il faut mettre les pions sur l’échiquier mais l’apparition de plusieurs personnages est assez forcée. Le style graphique est évidemment compatible avec le style très rétro de la série d’origine, mais cela fait bizarre de voire cohabiter des visages réalistes et des visages « mangaesques » (visage plat, gros yeux, menton triangulaire et tutti quanti)…

note : 7,5/10

Alfaric

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