Serge Le Tendre (scénario)
Pasquale Frisenda (dessin)
d’après Laurent Genefort

Peaux Épaisses (BD)

Bande dessinée, science-fiction / new space opera 
Publiée le 12 mai 2021 chez Les Humanoïdes Associés

Les Peaux-Epaisses sont des humains génétiquement modifiés pour travailler dans l’espace sans scaphandre. Lark est un ancien peau-épaisse, devenu mercenaire après s’être fait retirer sa peau aux propriétés exceptionnelles. Lorsqu’il reçoit un message codé de son ancien clan, il n’hésite pas une seconde et se lance à leur recherche, aidé de Windy, une étudiante en anthropologie. Il comprend qu’ils ne sont pas les seuls sur les traces du clan : un groupe de mercenaires les piste également. Débute alors une traque haletante qui sera l’occasion pour Lark de renouer avec son passé

Il y a quelques éditeurs qui se rappellent que la SF française est un beau réservoir de bonnes histoires, et Les Humanoïdes Associés en ont toujours fait partie. Et pour ne rien gâcher les éditions Critic sont entrées dans la danse en participant à l’adaptation de leurs propres romans… Cette BD intitulée Peaux-épaisses adapte le roman de Laurent Genefort du même nom avec un joli récit de 100 pages. N’ayant pas lu le roman d’origine, je peux difficilement me prêter au jeu de la comparaison, mais je connais suffisamment bien l’auteur et j’ai suffisamment de scouts pour me livrer à l’exercice de style…

Lark est un mercenaire de l’espace contacté par les mutants du Clan Nomaral pour le protéger. Roko est un autre mercenaire de l’espace qui contactée par la firme multimondiale Colexo pour exterminer tous les mutants dudit Clan Nomaral. Cela tombe bien car il a un compte à régler avec les derniers Peaux Épaisses génétiquement modifié pour affronter le vide spatial sans scaphandre. Et il ne connaît que trop bien Lark qui est celui qui lui a tout appris…

Nous sommes toujours dans l’univers de la Panstructure dans lequel se déroule les récits de Laurent Genefort. Nous assistons à une course poursuite avant une grosse baston dans une station spatiale supposée inhabitée. Sur la forme c’est très Hard Boiled avec un gros dur, une demoiselle où traîtresse ou en détresse, un méchant bien méchant et un MacGuffin qui sert de fil conducteur (sans parler d’une ambiance sombre et violente qui n’est pas sans rappeler le Sin City de Frank Miller, mais peut-être est-ce dû aux choix graphiques du dessinateur. Sur le fond c’est très cyberpunk avec firmes que le capitalisme a conduit au totalitarisme, des shadowrunners, des i-machin et des post-humains…

L’univers nous prend beaucoup et nous offre peu.

Du coup on pourrait penser qu’on lorgne du côté de Blade Runner, mais Laurent Genefort est un trop fin connaisseur de la Science-Fiction pour se limiter à cela…
Déjà il sait marier à merveilles la SF la plus vintage et les tendances transhumanistes les plus modernes. Donc il nous livre à comme son habitude un chouette New Space Opera qui dans son worldbuiling n’a pas grand-chose à envier aux Cantos d’Hypérion de Dan Simmons.
Ensuite pour moi impossible avec les Peaux Épaisses de pas beaucoup penser aux Quadis d’Opération Cay (Lois McMaster Bujold, les vrais savent). Dans les deux cas on retrouve des premiers de corvées mutants traqués par ceux qui les ont crées, et qui doivent partir d’une terre promise pour échapper aux forces obscures du Grand Capital.
Enfin pour moi impossible avec Lark de ne pas un peu penser au Edmund Gundersen des Profondeurs de la terre (Robert Silverberg, les vrais savent). Les deux personnages sont très différents, mais Lark comme Edmund ont des comptes à régler avec leur passé, et ils sont en quête d’identité donc finalement de retour aux sources…

 

Et niveau adaptation ?

Le récit par 8 pages de présentation du héros et 8 pages de présentation du vilain (en sachant que leurs motivations et leurs relations sont expliquées plus tard dans le récit) : cela fait quand même déjà beaucoup, et je me demande s’il n’y aurait pas eu moyen d’être plus efficace à ce niveau-là.

On remplace par Anson l’anthropologue par Windy l’ethnologue, une punkette woke tatouée et percée. Je ne vois pas ce que cela amène à part coller aux tendances du moment, et elle est beaucoup moins utile à l’intrigue que son modèle d’origine y compris dans les messages que l’on veut faire passer. Pire le twist final détruit tout ce qu’on a fait avec elle, donc elle n’aura servi à rien…

Et le récit est super rapide malgré ses 100 pages. C’est comme s’il manquait des passages, ce serait que pour bien faire sentir le temps s’écouler. Or on perd quand même des phylactères à semer des fausses pistes sur l’identité de Lark auxquelles je n’ai pas cru une seule seconde, alors que les explications finales sur le pourquoi du comment arrivent presque comme un cheveux sur la soupe !
ATTENTION SPOILERS Lark nous explique tout à la fin que la Colexa a assassiné 25 millions d’employés parce que des ubermanagers n’avaient pas apprécié qu’ils refusent de se faire exploiter comme tous « ceux qui ne sont rien » (macron copyright), et qu’elle aurait pu faire passer leur pour les dommages collatéraux d’un accident cosmique s’il n’y avait pas eu des témoins. Et ces témoins ce sont les Peaux Épaisses du Clan Nomaral, premier de corvées cosmiques habituellement ignorés par les premiers de cordées sataniques. Et par ses origines, Lark est également sur la liste noire des créateurs de malheurs qui se prétendent les garants de la prospérité galactique… FIN SPOILERS
Malgré son impressionnante bibliographie Serge Le Tendre n’est peut-être plus celui qu’il a été…

Côté graphismes je sais bien qu’un artiste évolue avec le temps, mais j’ai eu du mal à reconnaître Pasquale Frisenda qui m’avait épaté par la finesse et la précision de son trait dans les premiers tomes du western fantastique Esprit du Vent. Si je compare avec ses travaux les plus récents, la différence est moins criante, mais avec la colorisation de Stefani Rennee on a une simplification graphique qui rapproche l’artiste italien de notre Moebius national époque Incal. Et cela finalement bien à l’ensemble, même si on peut se demander si un album en noir et blanc n’aurait pas été bien plus beau… Dans tous les cas, ça m’a donné envie d’explorer encore davantage l’imaginaire de Laurent Genefort !

note : 7+/10

Alfaric

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