Kaiu Shirai (scénario)
Posuka Demizu (dessin)

The Promised Neverland, tome 18

Manga, SFFF / thriller
Publié en VF le 10 février 2021 chez Kazé
Publié en VO entre août 2016 et juin 2020 par la Shūeisha dans le Weekly Shōnen Jump (« 約束のネバーランド / Yakusoku no Nebārando »)

Malgré leurs efforts, Emma et Ray arrivent trop tard. Norman a mené son plan à bien : les démons de la cour et ceux du clan Geelan se sont entretués. Au milieu du charnier, Emma pousse un ultime cri du coeur pour tenter de convaincre Norman de renoncer à son projet de guerre d’extermination. Parviendra-t-elle à faire vaciller celui qui est désormais le « boss » d’une troupe de radicaux ?

J’avais annoncé il y a un paquet de tomes déjà que les fanboys et les fangirls ne supportant pas qu’on les sorte de leur cocooning allait passer de l’amour à la haine pour brûler ce qu’il avait adorés. Pas la peine de donner de noms, il suffit de voir les brûlots 100% mauvaise fois postés sur la toile par untel ou unetelle. Pour ma part j’avoue que les changements apportées m’ont un peu déstabilisé, voire un peu fait peur par moment (comme ici le le boss de fin régénérant à l’infini), mais du début à la fin les auteurs ont su garder une grosse intensité en retombant sur leurs pieds. Et contrairement à d’autres, ils tiennent leurs promesses : 20 tomes, et pas un de plus ! (coucou Hajime Isayama, qui est loin d’être le pire en matière de « rallongis »)

Ce tome 18 commencent par deux chapitre 100% psychologie (donc ceux qui parlent de manga bourrin pour les bourrins mentent éhontément). Les Trois Mousquetaires se retrouvent enfin, mais Athos déclare qu’il est trop tard : trop tard pour sauver le monde, et trop tard pour le sauver lui !

Mais Porthos et Aramis n’en démordent pas : il n’est jamais trop tard pour bien faire, et ils veulent le délivrer de son fardeau, quitte à se sacrifier avec lui car on il faut agir ensemble ou mourir tous comme idiots… On avait eu droit à l’histoire Clan Ratri qui a trahi par égoïsme, et à l’histoire du Clan Geelan qui été trahi pour son altruisme, nous rejouant de chaque côté du choc de civilisation entre humains et démons, donc entre le soi et l’autre, les guerres civiles romaines entre partisans des élites et partisans du peuple… Donc plus que jamais on cherche c’est fameuse troisième transformée en TINA par la ploutocratie mondialisée !

L’important est de ne pas attiser les flammes de la haine.

On nous refait le coup du boss à évolution, qui se vautre avec délectation dans un insupportable suprématisme. Et on nous refait le coup du boss de fin qui régénère à l’infini, et on nous refait le coup de la mémoire génétique qui permet au boss de fin de puiser dans les souvenirs et les compétence de tous ceux qui a dévorés. Ledit boss de fin se prend ainsi pour un dieu, du coup c’est la meilleure dénonciation des méfaits de la consommation de cocaïne par homines crevarices que j’ai jamais vue… Alors oui il y a un petit effet deus ex machina…

ATTENTIONS SPOILERS Adam qui apporte la solution aux enfants perdus du monde de nulle part, la résurrection et la transfiguration du boss de fin qui fait pschitt, les beaux discours de la Greta Grunberg locale qui balayent d’un seul coup plusieurs siècles d’oppression et de violences, Sonju qui comme par hasard révèle qu’il est un membre de la famille royale quand on en recherche un (et qui renonce bien facilement aux traditions pour lesquelles il s’est si longtemps battu), ou le fait que personne ne meurt, y compris la population démoniaque empoisonnée par les putschistes humains… FIN SPOILERS

Mais comment ne pas voir dans une dénonciation aussi radicale de l’œuvre d’Adam Smith la remise en cause sans haine ni violence ni mépris ni indifférence de pensée unique capitalistes ?
– les défenseurs reagano-thathéro-macroniste de la ploutocratie mondialisée nous disent que l’avidité sans limite est le seul et unique moteur d’un bonheur infini
– Kaiu Shirai et Posuka Demizu nous montrent que l’avidité sans limite est le moteur d’un malheur infini, car en voulant plus, encore plus, et toujours plus on ne fait que détruire et se détruire…

Gagner la révolution c’est bien, faire perdurer ce qui a été gagné c’est mieux… Il faut toujours empêcher la société démoniaque de s’effondrer pour éviter un guerre totale longue et sale, et il faut toujours empêcher les collabos de réaliser et remporter une contre-révolution. C’est ainsi que les Trois Mousquetaires doivent rejoindre Grace Field House pour affronter un sociopathe traître à son peuple et à tous les peuples qui se prend pour le nouveau Jupiter. Car à la tête de la moitié des troupes royales, il retient en otage tous leurs amis… To Be Continued, Oh Yeah !

En fil directeur dans ce tome comme dans les précédents il y a toujours cette magnifique réflexion antispéciste, dont la qualité oblige davantage à se remettre en question que tous les blablas prétendument écologistes. Il n’y a pas de vie sans la mort, et pas de mort sans la vie, donc il faut accepter l’un comme l’autre au lieu de béatifier et l’un et diaboliser l’autre. Du coup méfiez-vous de la Team Gates / Bezos / Zuckerberg / Musk en quête d’immortalité numérique pour une minorité d’élite, et de servitude digitale pour tous les autres…

 

note : 8,5/10

Alfaric

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