Marie & Thierry Gloris (scénario)
Joël Mouclier (dessin)

Reines de sang : Cléopâtre la Femme Fatale, tome 4

(pour public averti)

Bande dessinée, histoire / antiquité
Publiée le 02 juin 2021 chez Delcourt

Le torchon brûle entre Marc Antoine et Cléopâtre mais ils ont besoin l’un de l’autre dans leur folle ascension vers la gloire. Le consul aux idées de grandeur va offrir à la reine de l’éternelle Egypte un cadeau qu’elle ne peut refuser et ainsi sceller leur union et précipiter leur avenir.

Le pouvoir est ainsi : il est maudit, et maudits sont ceux qui le recherchent ! Le pouvoir ne supporte pas la concurrence, donc au bout de compétition pour s’en emparer il ne peut en rester qu’un… Après la monde des césaricides, un triumvir se met en place :
– Octave est à Rome pour rétablir ce qu’il reste de la République (il faut démobiliser les soldats employés par toutes les faction des guerres civiles, mais les élites autoproclamées préfèrent crever que de payer un denier)
– Marc-Antoine est en Orient pour en finir avec les césaricides en fuite, et remettre au pas tous les vassaux récalcitrants dont la loyauté a flanché auparavant, d’autant plus que les Parthes se font de plus en plus menaçant
– Lépide est en Afrique et il ne sert qu’à éviter une bipolarisation du pouvoir qui comme l’a prouvé l’histoire romaine à plusieurs reprises dégénère fatalement en nouvelles guerres civiles

L’Histoire a retenu que Cléopâtre a vampé Marc-Antoine, mais c’est tellement plus subtile que cela. La reine comme le triumvir sont des animaux politiques, ambitieux et visionnaires : Cléopâtre sait qu’elle a besoin du meneur d’homme romain pour assurer la prospérité de son pays, et Marc-Antoine sait qu’il a besoin des ressources de la courtisane gréco-égyptienne pour assurer sa position. Leur dépendance mutuelle devient complicité, et et c’est là que cela devient passionnant car la reine veut transformer en roi le dernier des républicains !

Ces animaux politiques naviguent entre le mesquin et le divin, car leurs rêves et leurs ambitions contiennent autant de démons que de merveilles. Ils ont bien sûr leur part d’ombre, Marc-Antoine pouvant être d’une brutalité effrayante et Cléopâtre d’un cruauté effroyable. Mais ce sont d’abord et avant tout un homme et un femme comme les autres qui veulent avoir un partenaire, un couple et une famille…

L’amour est-il plus fort que la politique ?

On suit les heurs et malheurs de Marc-Antoine, de Cléopâtre, et du couple formé par les deux amants, entrecoupés de planches faisant office de chroniques pour nous raconter et nous expliquer la succession des événements. Je croyais bien connaître cette période, mais force est de reconnaître que j’ai appris beaucoup de choses. D’un côté Octave essaye de se débarrasser de Sextus Pompée qui retranché en Sicile lui pourrit la vie, avec un Lépide en embuscade pour encore plus lui pourrir la vie. D’un autre côté Marc-Antoine doit lutter contre les Parthes qui déferlent sur l’Orient romain avec l’aide des derniers césaricides. Et force est de constater qu’Octave ne ménage pas ses efforts pour savonner la planche de son collègue, ou à défaut de voler la gloire de chacun de ses succès. Ce cancrelat n’hésite pas un instant à commettre des crimes de haute de trahison envers son pays pour s’en débarrer sans se salir les mains : putain, on dirait une saloperie de macroniste !

Après avoir réchappé de justesse au piège arménien tendu par Octave, Marc-Antoine s’apprête à prendre sa revanche quand le cancrelat proche du pouvoir casse sa tirelire pour se lancer dans ne vaste opération de propagande pour discréditer le divin couple qu’il forme avec Cléopâtre. Ça va saigner : To Be Continued, Oh Yeah !!!

Bon scénario, bons dialogues, bons dessins : c’est l’une des meilleurs œuvres sur le sujet, tous médias confondus… Mais j’entends encore les commissaires littéraires râler contre l’insupportable modernité des paroles des différents acteurs et actrices du drame : j’attends avec impatience qu’ils amènent des documents historiques pour qu’on puisse faire la comparaison (sans parler du fait qu’on en a un peu rien à foutre du réalisme langagier dans une BD)…

note : 8,5/10

Alfaric

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