Jean-Pierre Pécau (scénario)
Gabrielle Parma (dessin)

Reines de sang :

Constance d’Antioche la Princesse rebelle, tome 1

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée le 09 janvier 2019 chez Delcourt

Lorsque le cadavre sans tête de son père Bohémond II prince de Tarente et d’Antioche pénètre dans la cathédrale Saint Pierre pour y reposer, Constance n’a que 6 ans et sa mère Alix à peine 20. Mais si les larmes de Constance sont sincères, celles d’Alix sont feintes, et cette dernière fait aussitôt enfermer sa fille pour prendre la régence et ainsi avoir les mains libres de s’essayer aux arcanes du pouvoir.

La collection Les Reines de Sang s’étend avec une nouvelle série consacrée à Constance d’Antioche. On revit l’histoire des croisades par les yeux d’une femme à la fois « poulaine » c’est-à-dire occidentale née en orient et métisse puisqu’elle revendique fièrement ses héritages arméniens (ou contraire de sa mère qui plus royaliste que le roi les renie, à l’image de ces latinos qui militent pour le Parti Républicain aux États-Unis ou à l’image de ces immigrés de 2e ou 3e génération qui militent au sein du FHaine).

Descendante des Capétiens français, des Hauteville normand et des Malatyatides arméniens, Constance princesse d’Antioche se retrouve en 1130 à la fois orpheline et prisonnière : sa mère Alix de Jérusalem veut le pouvoir à tout prix, car en bonne pourriture de l’aristocratie elle considère sa propre progéniture comme un instrument de pouvoir comme un autre, et à la mort de son père Bohémond II lors d’une bataille contre l’émir Gazi Gümüchtegin elle réalise un coup d’État en enfermant sa fille pour gouverner toute seule en son nom pour une durée qu’elle organise indéterminée… Il y a donc une phase enfance très proche du conte de fées où la princesse rebelle se fait martyriser par la marâtre et ses créatures (sauf que la belle-mère est une pétasse narcissique assoiffée de pouvoir à la Cersei Lannister doublée d’une mère indigne de la pire espèce), puis une phase adolescence où la princesse rebelle est sortie de prison pour être mariée immédiatement et sans son consentement et elle échange la tyrannie de sa mère pour la dictature de son époux, Raymond de Poitiers de 25 ans son aîné… Elle ne peut pas haïr de dernier qui fait ce qu’il peut pour se montrer doux et attentionné, mais elle veut être souveraine alors qu’on la cantonne dans les rôles de d’épouse de mère (5 enfants en 5 ans !), la cour occidentale de son mari ignore sciemment ses opinions d’orientale et sa mère qui n’a pas renoncer au trône de fer multiplie les complots et les intrigues (on dirait la vendetta entre Louis XIII et Marie de Médicis). Le couple tient bon parce que malgré les cultures différentes de l’homme et de la femme, il a le même objectif : sauver la Principauté d’Antioche du marteau musulman et l’enclume byzantine, ou du marteau byzantin et de l’enclume musulmane. Le destin se joue à la Bataille d’Inab où l’ost de Raymond de Poitiers allié à l’armée des nizârites d’Ali Ibn Wafd affronte l’armada du Glaive de l’Islam Nur ad-din : c’est la victoire ou la mort !

– Eh bien il faut bien croire aux miracles !! Sinon à quoi pourrait-il servir de prier matin et soir ?

Jean-Pierre Pécau qui a été rôliste avant d’être scénariste de bande dessinée retrouve avec l’Orient des croisades médiévales un de ses sujets préférés que pourtant il n’a que trop peu exploré, et c’est même amusant de retrouve les aïeux de tous les personnages du Château des Djiins le tome 2 de la saga ésotérique L’Histoire Secrète ! Toujours bon dialoguiste je le trouve ici moins efficace dans le pur récit historique que dans les Séries B transgenres pleines d’humour et de 2e degré, mais cela reste pas mal du tout avec cette idée intéressante que les Arméniens sont liés au destin des Chrétiens et que les Kurdes sont liés au destin des Musulmans : comme le disait la fable de La Fontaine on a toujours besoin d’un plus petit que soi, et on s’aperçoit que dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui la morale est toujours d’actualités (les grandes puissances qui roulent des mécaniques sur le terrain de la réalité doivent passer par les minorités). Pour ne rien gâcher on revisite la Deuxième Croisade et la guéguerre entre Louis VII et Aliénor d’Aquitaine par leurs yeux des locaux, mais ce tome pâtit comme le reste de la série d’un côté romanesque plus ou moins stéréotypé (même si bien sûr on a choisi des personnages à fort potentiel romanesque) : on oppose de manière manichéenne Alix ambitieuse, égoïste, injuste et mauvaise mère à Constance ambitieuse, altruiste, juste et bonne mère (et puis vachement instruite, vachement cultivée, vachement douée et vachement zen la jeune fille enfermée durant toute sa jeunesse par sa pétasse narcissique de mère), et l’Arménien Thoros et le Nizârite Ali Ibn Wafd sont trop proches des héros de cape et d’épée pour ne pas être un peu artificiel malgré leur coolitude…

Sans être extraordinaires les dessins Gabrielle Parma sont agréables, sans doute car bien mis en valeurs par les couleurs chaudes de Dimitri Fogolin qui collent bien au sujet du Proche Orient des croisades médiévales…

note : 7,5/10

Alfaric

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