Atsushi Kaneko
Kubu Kurin
Souichiro
Ishida Atsuko
Mauricio de Sousa
Jean-David Morvan et ScieTronc
Elsa Brants et Bertrand Gatignol
Victor Santos
Reno Lemaire
Juan Diaz Canales
Florence Torta et Philippe Cardona
d’après Osamu Tezuka

Tezucomi, n°1

Manga, SFFF
Publié en VF le 06 Janvier 2021 chez Delcourt/Tonkam
Publié en VO en 2018 par Micro Magazine (« テヅコミ »)

Retrouvez les personnages les plus emblématiques du père du manga moderne au travers à travers la plume d’auteurs contemporains dans un magazine célébrant les 90 ans de la naissance d’Osamu Tezuka.

Elsa Brants disait le plus grand bien de la revue Tezucomi dans son « autobiographie » intitulée Par le pouvoir des dessins animés, donc dès que c’est sorti en France je me suis jeté dessus et je ne l’ai pas regretté ! Le principe de cette revue c’est de donner carte blanche aux artistes du monde entier pour rendre hommage à Osamu Tezuka, l’homme qui a quasiment inventé le manga à lui tout seul. L’homme avait exploré avec humanité tous les genres et tous les styles, des plus simples aux plus compliqués, des plus modestes aux plus ambitieux, donc il y a largement de quoi faire… La grande force de ce recueil est de faire découvrir beaucoup d’œuvres et beaucoup d’auteurs avec un maximum d’efficacité car chaque récit est un concentré de la série qu’il reprend. Après je me demande de quelle manière on est passé de 18 numéros en VO à 3 numéros en VF…

 

Atsushi Kaneko reprend Dororo :
On nous offre deux chapitres de la nouvelle série du mangaka Atsushi Kaneko qui réalise une version cyberpunk du chanbara fantastique d’Ozamu Tezuka. J’ai déjà dit tout le bien que j’en pensait dans la chronique dédiée :
https://www.portesdumultivers.fr/search-and-destroy-tome-1-atsushi-kaneko/

 

Kurin Kubu reprend Ayako :
On nous offre deux chapitres de la nouvelle série du mangaka Kurin Kubu qui réalise une modernisation du drame social d’Ozamu Tezuka. On reprend la configuration d’origine, avec un narrateur qui revient au pays pour découvrir que le patriarche de sa famille est un gros queutard en plus d’être un pervers narcissique, et que ce dernier n’hésite pas à se servir se sa propre famille pour assouvir ses bas instincts de prédateur sexuel…
La mise en parallèle du Japon de l’après-guerre et du Japon contemporain en crise depuis 30 ans est assez édifiante. Et elle est d’autant plus édifiante avec tous ces loups déguisés en hommes prêts à dévorer leurs prochains pour 30 deniers d’argent (et en plus ils donnent comme les reagano-thatchéro-macronistes des leçons de morale, alors qu’ils sont les premiers responsables de la situation)… C’est assez bien fait, mais au final je n’ai accroché plus que cela à cause des grosses poitrines et des petites culottes…

 

Souichiro reprend Prime Rose :
Toujours en avance sur son temps, Osamu Tezuka racontait dans Prime Rose les difficiles relations entre oppresseurs et oppressés avec une héroïne en bikini armure faisant office de médiatrices entre deux peuples dans un univers à la fois post-apo et science-fantasy. Tous ces ingrédients vont faire les beaux jours de la Planète Manga à la fin des années 1980 et au débuts des années 1990. Avec un travail informatique tout en niveaux de gris, les graphismes de Souichiro sont plutôt soignés. Mais le personnage de Piral passe du masculin au féminin, et à part faire du « yuri » ça n’amène pas grand-chose à l’œuvre originale. Pour ne rien gâcher l’héroïne devient manchote donc handicapée, et à part faire du tragique éco+ là aussi ça n’amène pas grand-chose à l’œuvre originale…

 

Ishida Atsuko reprend Barbara :
Kazumi Azuma est une journaliste toujours à la recherche d’une belle histoire à raconter dans le domaine les sports qu’elle supervise. Elle découvre ainsi qu’une mystérieuse clocharde est toujours présente lors des retournements de situation, et c’est ainsi qu’elle invite chez elle Barbara, 50% ange, 50% démon, 100% déesse de la chance. Cette dernière finit par la « connecter » avec le « talent », et le succès vient immédiatement. Mais le conte de fée cesse immédiatement quand Barbara se rend compte que sa nouvelle protégée a fait du talent qu’elle lui a donné un plan de carrière bien rôdé…
On reprend tous les codes du shojo avec un style particulier mais agréable pour mettre en scène un récit à chute aux allures de conte de fées moderne (avec la part de noirceur qu’ils contenaient tous avant que les commissaires littéraires ne considèrent que la culture populaire ne devait pas dépasser le stade de la littérature jeunesse). On joue à fond sur l’androgynie de Barbara qui amène un part de mystère, mais on est très explicite sur le fait que « la connexion avec le talent » est un acte éminemment sexuel…

 

Mauricio de Sousa reprend Princesse Saphir :
Dans son pays Mauricio de Sousa est surnommé le Walt Disney brésilien, mais il aurait peut-être été plus juste de le surnommer l’Osamu Tezuka brésilien ! Pour rendre hommage à celui qu’il considérait comme un modèle et un ami, il passe à la moulinette Vacances romaines, le film de William Wyler, avec Audrey Hepburn, Gregory Peck et Eddie Albert.
La Princesse Ann est en représentation à Rome, et la lourdeur du protocole l’étouffe. La sorcière Hécate reconnaît immédiatement en elle la réincarnation de Saphir, et prévient rapidement sa mère Mme Hell. Et c’est sous la forme d’un chaton qu’Hécate incite Ann à faire le mur pour passer du bon temps.
Le style est 100% cartoonesque, ce qui d’habitude me laisse plutôt indifférent. Mais ici j’ai trouvé cela assez mignon et j’aurai bien aimé lire la suite de l’histoire…

Quand on a la chance d’être un pionnier dans un art, on ne s’interdit rien. Car les « règles » à la con qu’on s’imagine juste parce les précurseurs ont fait si ou ça n’existent pas encore.

Jean-David Morvan et ScieTronc reprennent Midnight :
Jean-David Morvan n’a jamais caché qu’il était un amoureux de la Planète Manga. Ici il propulse son protégé ScieTronc sur le devant de la scène avec un récit d’un grand classicisme mais surtout d’un grand humaniste. Midnight est un chauffeur de taxi et une jolie client provoque un instant d’inattention avant d’entraîner un accident. Un nouvel accident, car sa fiancée est dans le coma depuis.
Midnight veut rentrer chez lui, mais les fantômes du passé, du présent et de l’avenir viennent lui exister que si son esprit est dans les limbes, son corps lui est toujours pris au piège d’un véhicule en flammes et qu’il doit faire le choix entre la vie et la mort. Il doit donc passer par toutes les étapes du deuil en quelques secondes, et s’il veut vivre il doit se pardonner…
ScieTronc est un véritable magicien capable d’assimiler, reproduire et faire sien tous les styles BD, comics et manga existants avec un facilité déconcertante. Un grand artiste naît sous mes yeux et c’est merveilleux ! Ne manquez pas Le Moine mort, sa première bande dessinée !!!
https://www.portesdumultivers.fr/moine-mort-le-tome-1-le-manuscrit-condamne-jean-david-morvan-et-scietronc/

 

Elsa Brants et Bertrand Gatignol reprend Black Jack :
C’est un récit type de la série originelle. Black Jack fait la rencontre d’une pianiste de génie qui avec l’usage de ses main a perdu son talent, son métier, son mari, ses amis, tous ses biens et le goût de la vie… Sous l’instance de son side-kick Pinoko, Black Jack accepter de l’opérer. Mais ce que l’âme a perdu elle ne peut le retrouver, et le premier acte de la pianiste de génie est de se venger de celui qui a sauvé la vie celui qui lui a pris la sienne !
On reconnaît l’énergie et la concision d’Elsa Brants au scénario, mais plus encore la fluidité des chouettes graphismes de Bertrand Gatignol, l’auteur de la série intitulée les Ogres-Dieux.

 

Victor Santos reprend MW :
C’est un récit type de la série originelle. Yûki est de nouveau dans un délire de violence vengeresse, et de manière sadique il monte une fille aveugle qu’il a mise dans son lit contre son propre père concepteur d’engins de morts qu’il veut châtier. Garai veut l’empêcher de commettre l’irréparable, mais en étant témoin pour ne pas dire complice de ses crimes, il se persuade que sa place est déjà réservée en enfer avant de nettoyer les traces de ses crimes… (et l’androgynie assumée de Yûki renforce plus que jamais l’aura sulfureuse de la série originelle Man / Woman, avec un couple plus ambigu tu meurs)
Victor Santos adore le genre policier, dans le style noir c’est noir il n’y a plus d’espoir. La réalisation est excellente en plus d’être fluide et dynamique dans le découpage. J’ai clairement reconnu les vibes du Sin City de Frank Miller, mais aussi celui d’un artiste de chez Marvel qui m’avait ravi dans ses partis pris vintage largement inspiré du style de Jack Kirby…

 

Reno Lemaire reprend Le Roi Léo :
Hiro Umaso 18 ans, est le rejeton mal aimé d’un milliardaire japonais adapte du darwinisme social. Pour exister il veut réaliser un exploit, et c’est ainsi qu’il participe à une expédition pour explorer le mystérieux Mont Moon… Mais arrivé à la Big Crevasse, il découvre la frontière entre deux mondes, et au-delà les enjeux d’un monde perdu dont personne ne souçponnait l’existence.
Reno Lemaire pionnier du manga en France maîtrise à la perfection tous les codes du shonen, et c’est avec un joli message humaniste et animaliste qu’il les met en application dans un détournement du Monde Perdu, de King Kong et de Jurassic Park. Il est trop fort Reno Lemaire !

 

Juan Diaz Canales reprend L’Histoire des 3 Adolf :
L’Histoire des 3 Adolf est un récit magistral vilipendé par quelques dézingueurs du dimanche sans aucun sens moral (qui expliquent comme tous les suprématistes que le talent est supérieur à la morale, sans savoir ce que sont l’un et l’autre). Ici Adolf Kamil, Adolf Kaufman et Adolf Hitler sont remplacés par un Richard Herzog, Richard Schwartz et Richard Wagner. Mais au bout du bout, on est dans un préquel du chef d’œuvre d’Osamu Tezuka donc Juan Diaz Canales le scénariste de la série Blacksad tout compris à la vie !
Richard Schwartz a été blessé et mutilé pendant la WWI, et il fonde de grands espoirs dans le patriotisme militant d’Adolf Hitler jusqu’au jour où il rencontre celui-ci. Ils partagent un passé commun (Adof Hitler a passé plusieurs mois à l’hôpital après avoir été gazé sur le front occidental), mais aussi une passion commune en la musique de Richard Wagner. Richard Schwarz décide alors de se reconvertir dans la fabrication de bustes, pour Wagner, pour Hitler et pour l’Allemagne.
La route de Richard Schwarz finit par croiser la route de résistants de la Rose Blanche, et il pense réaliser son devoir en les combattant et les dénonçant. C’est alors qu’il se fait doubler par sa vieille connaissance Gérard qui lui apprend que son ascendance juive le condamne à être un sous-citoyen envoyé en camp de concentration. Qui est le pire entre l’artisan « premier de tranchée » Richard qui devient nazi par désespoir, et le rentier « premier de cordée » Gérard qui devient nazi uniquement par espoir de vampiriser ses prochains comme tout bon capitaliste libéral qui se respecte ? Faites vos jeux, rien ne va plus !!!

 

Florence Torta et Philippe Cardona reprennent aussi Dororo :
Ces deux vétérans du Club Dorothée on été des pionniers du manga en France avec leur série humour et hommage intitulée Sentaï School. Après des dessins légers mais un propos grave voire sombre, ils réalisent un préquel à consacré au démon qui va passé un pacte avec le père de Hyakkimaru, qui ici opprime et tyrannise une petite communauté villageoise avant de tomber de un prêtre exorciste dans la plus grande tradition du chanbara fantastique.. Beaucoup de références dans le charadesign mais aussi dans le découpage : nous avons bien affaire à deux passionnés de la Planète Manga !

note : 7,5/10

Alfaric

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