Bokutengo
Ishida Atsuko
Tokimaru Yoshihisa
Buredo
Mathieu Bablet
Luis Nct
Valérie Mangin & Brice Cossu
Kenny Ruiz
MIG
d’après Osamu Tezuka

Tezucomi, n°2

Manga, SFFF
Publié en VF le 02 juin 2021 chez Delcourt / Tonkam
Publié en VO en 2018 par Micro Magazine (« テヅコミ »)

Retrouvez les personnages les plus emblématiques du père du manga moderne au travers à travers la plume d’auteurs contemporains dans un magazine célébrant les 90 ans de la naissance d’Osamu Tezuka.

Autant le premier numéro m’avait enchanté, autant ce deuxième numéro a été pour moi plus mitigé. Je crois bien aussi que les responsables éditoriaux n’ont pas été inspirés de mettre au départ des récits plutôt moyen avant d’enchaîner avec des récits plutôt bien voire très bien.

 

Bokutengou reprend Vampires :
On a deux chapitres de shonen fantastique plus classique tu meurs. Franchement j’ai l’impression d’avoir lu ça un million de fois, sans parler de l’impression de revoir Tokyo Ghoul qui était déjà un remake mal fichu de Kiseiju / Parasite. Et c’est con d’autant manquer d’originalité sur le fond, car sur la forme c’est plutôt sympa !
Bon on a une apprentie mangaka qui découvre une masquerade de mutants métamorphes, en s’interposant entre une tête brûlée avec des super-pouvoirs et une organisation secrète qui veut récupérer lesdits super-pouvoirs. Ah ça, on sent bien le cahier des charges du genre :
– une minorité différente oppressée donc cachée
– ladite minorité est organisée et divisée en clans pour avoir un univers forcé
– ladite minorité cachée est mélangée à la société pour avoir des relations forcées avec les « normaux » (ce qui met le suspension d’incrédulité à rude épreuve car on voit mal des enfants et des adolescents dotés de super-pouvoirs faire preuve de discrétion et de self-control)
– ladite minorité est fliquée par une police spéciale, composée par d’anciens criminels lobotomisés et insensibilisés à la peur et à la douleur… Le suspens est insoutenable pour savoir qui sont les vrais méchants (et puis bonjour la discrétion avec les opérations commandos en plein jour et en pleine foule, sans parler des gens « protecteurs » qui ne sont que des « agresseurs »)
– pour ne rien gâcher le chef de la police spécial est un apprenti maître du monde qui veut s’octroyer les super-pouvoirs des mutants métamorphes !

 

Ishida Atsuko reprend Nanraio inko :
Ishida Atsuko qui avait déjà repris Barbara dans le tome précédent utilise ici son style shojo pour mettre en scène avec un jeu de mise en abyme assez sympathique deux aventures du cambrioleur masqué qui se prétend d’interpréter au pied levé tous les rôles du monde,
* Dans un 1er épisode, il doit jouer dans une adaptation de Black Jack. Sagiri Maruyama L’actrice incarnant Pinoko lui demande de prendre la place de l’acteur principal Ren Kuroi qui incarne Black Jack le soir de la première. C’est pour forcer l’un et l’autre à avouer leurs sentiments. Car comme dans Barbara, le mangaka met pas mal d’ambiguïté sexuelle. La mère de Sagiri drague ouvertement l’acteur Ryôma, et l’acteur Ren Kuroi comme l’actrice Ai Miyasako sont visiblement très mal à l’aise de la situation car ils ont des sentiments pour lui. Mais Ren est aussi le Pygmalion de Sagiri, comme Black Jack est le Pygmalion de Pinoko. C’est bien fait, mais au Japon plus qu’ailleurs les romances enfants / adultes c’est malsain pour ne pas dire glauque !
* Dans un 2e épisode, il doit se préparer à jouer dans une adaptation de Phénix, l’oiseau de feu. L’acteur Zen’ichiro Sakanishi incarne le Phénix qui immortel qui traverse toutes les époques, mais il est mourant et il veut un remplaçant au cas où. Là aussi c’est bien fait, mais je suis hermétique au délire de l’acteur qui veut mourir sur scène pour devenir éternel : c’est trop de narcissisme pour moi (d’autant plus que le mangaka est toujours dans l’ambiguïté sexuelle avec des acteurs masculins spécialisés dans les rôles féminins)…

 

Tokimaru Yoshihisa reprend Black Jack :
Black Jack en mode isekai (version Alice au Pays des Merveilles) : je ne dis pas bravo à l’originalité en se vautrant allègrement dans la hype du moment…
* Dans un 1er épisode Black Jack débarque dans le lointain passé du Japon pour accoucher une pêche géanet récupérée par un couple de paysan. On parodie évidemment la naissance du héros Momotaro.
* Dans un 2e épisode Black Jack débarque de nouveau dans le lointain passé du Japon. En suivant un vieux pingre voulant absolument récupérer un onigiri immangeable, ils découvrent un vaisseau alien qui s’est crashé sur terre. Tandis que Black Jack opère à la chaîne les aliens le vieux pingre devient d’un coup super généreux et va chercher de quoi faire redécoller leur soucoupe volante.
C’est bien dessiné, mais je ne les avaient pas encore fini que j’avais déjà envie de les oublier !

Quand on a la chance d’être un pionnier dans un art, on ne s’interdit rien. Car les « règles » à la con qu’on s’imagine juste parce les précurseurs ont fait si ou ça n’existent pas encore.

Buredo reprend Princesse Saphir :
Avec avec un style simple mais agréable que Buredo nous livre un cape et d’épée joliment naïf. On reprend le roi mourant, le prince travesti / la princesse travestie, et l’ignoble premier ministre qui veut le / la démasquer pour prendre sa place. On dirait une pièce de théâtre d’Ancien Régime, si oublie le foreshadowing plein de prophéties et le fanservice plein de boobs… Comme dans le tome 1, le récit s’arrête n’a pas de fin et appelle une suite donc que c’est frustrant !

 

Mathieu Bablet reprend Metropolis :
On se situe après la fin du récit d’Osamu Tezuka. Et l’Inspecteur Moustache reprend du service pour stopper un kidnappeur d’enfants. On est évidement dans un remake de M le Maudit de Fritz Lang, d’autant plus quand l’enquêteur fait équipe avec le Duc Rouge ancien prince de la pègre !
Mathieu Bablet aurait pu se vautrer allègrement dans la mode du grimdark, mais il est bien trop artiste et bien trop grand humaniste pour cela ! La conclusion nous livre une formidable réflexion sur la vie, la mort, le deuil et les moyens d’y faire face. Car la vie c’est la succession des générations et tout ce qui se transmet d’une génération à l’autre. Et pas les délires mortifères des élites autoproclamées du richistan qui veulent à tout prix une immortalité numérique à la tête d’un troupeau transhumaniste (Bill Gate, Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et tutti quanti) !
Les décors d’une grande finesse sont très beaux (Mathieu Bablet ferait un carton dans le monde de l’animation ou celui du jeu vidéo), mais une fois de plus je n’adhère pas du tout au charadesign de l’auteur qui me fait parfois sortir de l’histoire et c’est bien dommage…

 

Luis Nct reprend Le Chant d’Apollon :
Avec un style hybride assez intéressant l’auteur espagnol s’éloigne du récit d’origine pour mieux le retrouver. Car en se concentrant sur l’arc de la Reine Sygma, on n’est plus que jamais dans le déchaînement des passions humaines !
Les élites autoproclamées du richistan continuent d’inonder la planète de i-machin qui ne servent à rien, sauf qu’avec les avancées biotechnologiques les i-machins qui ne servent à rien sont des clones, des mutants, des robots et des androïdes. Les êtres artificiels sont désormais plus nombreux que les êtres naturels, et les humains manifestent pour qu’on ne pas être marginalisés.
On suit en parallèle les mères de Yashiro et Mina qui discute du passé et de l’avenir de l’humanité, et des enfants Yashiro, Mina et Takato qui choisissent des voix différentes (se rapprocher des « artificiels » ou rompre avec les « artificiels »). En vérité je vous le dis, tout cela va mal finir en fiction comme IRL !
La khmer verte qui veut génocider l’humanité au prétexte que les êtres androïdes seraient des êtres de raison contrairement aux être humains qui seraient des êtres de passion est détestable au possible. Ah ça, on sent très très bien la bourgeoise qui cache son suprématisme dégueulasse derrière une misanthropie sélective car calculée en fonction de sa place en haut de l’échelle sociale. Et bien sûr cette connasse préfère la fin du monde à la fin de ses préjugés. Car dans la scène introductive on nous montrent bien ses créations censément être parfaites bolosser, harceler et tabasser des jeunes humains juste parce qu’ils les jugent inférieurs à eux… J’ai tout une liste de grands donneurs de leçons qui ne sont que des têtes à claques, mais à qui l’establishment et intelligentsia lèchent le cul à volonté toute la journée histoire de recevoir des miettes de la tables des maîtres !
Les informations sensibles ne sortent jamais dans les médias. En interview Luis Nct montre bien que les mécontentements et les manifestations de multiplient dans le monde entier, parce qu’on a les moyens humains, financiers et technologiques de résoudre tous les problèmes mais que ceux qui sont aux manettes en ont rien à secouer (pire ils sont terrifiés à l’idée de perdre tel ou tel privilège). La seule réponse des élites autoproclamées du richistan c’est la répression, entre deux distributions de pains et de jeux. Genre la macronie qui établit le crime de lèse-macronie avec comparution immédiate, prison ferme et mandat de dépôt alors que des dealers, des voleurs et des violeurs semblent être au-dessus des lois… Oui tout cela va mal finir !

 

Valérie Mangin et Brice Cossu reprennent La Vie de Bouddha :
Dans un futur indéterminé nous découvrons une communauté lunaire en plein carnaval. Visiblement la Terre n’est plus, et une jeune fille le regrette amèrement. Le jeune fille s’isole dans la poussière lunaire pour songer au passé, et ses parents inquiets partent à sa recherche quand ils reçoivent un signale de détresse. C’est ainsi qu’ils viennent en aide à un naufragé de l’espace, mais ils sont quatre et pour se mettre à l’abri ils n’ont de l’air que pour trois personnes… Si tu ne pleurs pas à la fin, tu n’est pas humain ! (donc veuillez contacter rapidement un centre de reconditionnement des réplicants)
Valérie Mangin reprend sans aucun phylactères la fable du sage et du lapin, qu’en France tous les amis de la Planète Manga connaissent car contée par le Vieux Maître des Cinq Pic dans sa saga Saint Seiya… Les dessins magnifiques et plein d’émotion de Brice Cossu sont parfaits : ah, je la sens bien d’adaptation de Goldorak prévue à l’automne 2021 !

 

Kenny Ruiz reprend La Légende de Songoku :
Songoku le singe veut devenir humain, voir plus qu’humain. C’est ainsi qu’il se rend sur le Mont Retaisan pour apprendre auprès du saint ermite le secret des métamorphoses. Et un an et demi plus tard, il participe à la course en montagne du Reitasan où se mesurent les disciples les plus talentueux des plus grands sages d’Orient.
Songoku est ainsi en concurrence avec Kun et Fuyi-In pour traverser le sentier de la forêt de feuillus, le labyrinthe minéral, le lac infini et la tempête éternelle. Le seul espoir des trois adolescents est de collaborer activement, mais leur ego est trop grand par rapport à leurs capacités de discernement. Mais Songoku abandonnent ses ambitions au tout dernier moment : il perd la compétition, mais gagne la pôle position dans la course à l’illumination…
Kenny Ruiz nous montre que l’Espagne est peut-être bien l’autre pays européen du manga. Ici c’est 100% shonen nekketsu, et c’est tellement bien fait sur le fond comme sur la forme que je veux une série complète et l’adaptation animée qui va avec !!!

 

MIG reprend Unico :
Unico enfant licorne apporte le bonheur à tous ceux qu’elle rencontre. Cela rend jalouse la déesse Vénus qui le bannit du jardin du printemps après avoir effacé sa mémoire. Mais à travers l’espace et le temps Unico continue d’apporter le bonheur au grand dam des puissants…
Et c’est ainsi qu’elle arrive sur Terre pour faire la rencontre de Zoé, une enfant atteinte d’une maladie incurable qui attend avec impatience la suite des aventures de Catalante de l’auteur Victor Lewis. Mais Victor Lewis n’écrit plus, car son fils Hugo est mort d’une maladie incurable lui aussi, et sa fille Cordélia qui ne lui pardonne pas est en guerre ouverte contre lui. Unico fait tout pour que Zoé entre en contact avec Victor Lewis, et Cordélia fait tout pour qu’ils échouent. Mais plus ils insistent et plus Victor et Cordélia communiquent et se rapprochent jusqu’à crever l’abcès du deuil et de la douleur.
Une histoire simple mais belle, pour petits et grands de 7 à 77 ans ! Ça donne envie de revoir l’auteur français MIG quelque part ailleurs dans l’espace et le temps…

note : 7/10

Alfaric

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