Simon Scarrow

Les Aigles de l’empire, tome 2 :

La Conquête de l’Aigle

Roman, histoire / antiquité 
Publié en VF le 14 août 2019 chez Bragelonne 
Publié en VO le 02 août 2001 (« The Eagle’s Conquest »)

43 après Jésus-Christ. Lorsque le centurion Macro et son jeune optio Cato débarquent sur les côtes de Bretagne pour prendre part à l’invasion de l’empereur Claude, Macro sait que les Romains largement surpassés en nombre auront à livrer l’une de leurs campagnes les plus difficiles. D’autant qu’une sinistre organisation trahit en secret les légionnaires…  Quand des rumeurs d’assassinat coïncident avec l’annonce de la venue de l’empereur, les soldats comprennent qu’ils doivent affronter une force bien plus impitoyable que les Bretons. Il ne leur reste plus beaucoup de temps s’ils tiennent à éviter que la glorieuse victoire de Claude ne tourne au désastre…

Autant j’avais dévoré le tome 1 dévoré en moins d’une journée, autant j’ai eu du mal à rentrer dans ce tome 2 des aventures de Cato et Macro intitulé La Conquête de l’Aigle. Alors certes la surprise donc le plaisir de la découverte ne joue plus, donc mes attentes sont d’autant plus relevées, mais surtout ce n’est plus le même équilibre entre vie militaire, espionnage et course et trésor qui offrait moult suspens…

Cela commence par la campagne de Bretagne (qui ressemble peu ou prou au Débarquement en Normandie), et c’est du sang, des larmes et de la merde pour toute la chaîne hiérarchique du chef d’État major au troufion de base. D’un côté on a un haute commandement qui dicte ses ordres au mépris et au déni de la réalité du terrain, et un Etat-major qui entre enclume et marteau est obligé de composer avec, autrement dit est obligé d’envoyer les troupes au casse pipe pour récupérer le coup (au mépris du bon sens et de la vie humaine, mais ça les crevards en ont rien à foutre). D’un autre côté entre batailles, escarmouches et embuscades, Caratacos le Vercingétorix breton, donc le leader indigène luttant pour la liberté de son pays et la sauvegarde de sa civilisation, mène la vie dure à l’envahisseur romain pour l’empêcher de parvenir à la capitale de Camulodunum (Camelot ?). Sauf que j’ai immédiatement identifié un certain cahier des charges hollywoodien idéologiquement douteux. Pour ceux qui ne le sauraient encore, Hollywood a accès gratuitement à toutes les ressources documentaires et humaines de l’armée américaine à condition de respecter trois règles d’or :
1) quel que soit le récit, l’armée américaine doit toujours appartenir au camp des gentils
2) quelles que soient les conditions, l’armée américaine doit toujours remporter la victoire
3) la supériorité technologique donc civilisationnelle de l’armée américaine ne doit jamais être remise en cause

Et bien ici on remplace les Américains par les Romains et c’est exactement cela : on passe sous silence toutes les exactions des soudards romains sexistes, racistes et suprématistes qui ne pensent qu’à tuer, violer et piller, mais on s’attarde à chaque fois que possible sur la barbarie des adversaires barbares. Cato qui a étudié pense que cela est le prix à payer pour amener la paix et la civilisation à la Bretagne, et Macro qui est un gros bourrin et chauvin lui ne se pose même pas de question (il faut dire que bonhomme à l’alcool mauvais, et que dans ce tome il boit beaucoup). J’ai tendance à penser que l’auteur Simon Scarrow n’est absolument pas dupe de cela, mais qu’il ménage la susceptibilité du lectorat anglo-saxon habitué à deux siècles de romans historiques peu ou prou nationalistes. A mi-roman il y a cette magnifique conversation entre Cato, Macro, et Nisus le médecin punique descendant d’Hannibal Barca : l’intégration à l’empire se fait dans le sang, la romanisation se fait dans l’exploitation, et quoi qu’ils fassent pour prouver leur bonne foi les nouveaux citoyens seront toujours méprisés par les Romains se disant « de souche »… On est tous le civilisé de quelqu’un d’autre et on est tous le barbare de quelqu’un d’autre, donc tous les peuples auraient gagné à apprendre à vivre ensemble comme des frères plutôt que de s’entre-tuer comme des idiots. L’humanité aurait-elle connu une moins grande destinée si on avait construit une confédération plutôt qu’un empire ? D’autant plus que toute cette misère humaine ne profite qu’à une ultra minorité ultra privilégiée qui conchie son propre peuple qu’elle nourrit de pains, de jeux et préjugés pour pouvoir effectuer bien tranquillement ses petits games of thrones de mes couilles si prisés de certains CSP+ / ++ / +++ que tous leurs collègues vouent aux gémonies. Le pompon revient au légat Vespasien qui fustige l’empereur Claude d’être un rentier qui profite juste d’être bien né : euh Vespasien, aurais-tu pu mener une carrière politique si tu n’étais pas né riche, ton père aurait-pu mener une carrière militaire s’il n’était pas né riche, et ton grand-père aurait-pu intégrer les classes aisées s’il n’avait pas par chance décroché le jackpot… On est à la limite de l’hôpital qui se moque de la charité, mais comme chacun le sait le pouvoir et la richesse rendent fous ceux qui en bénéficient !

– Ils savent que le peuple ne fera pas de vagues tant qu ils le distrairont de la triste réalité de ses conditions de vie. Pourquoi est que Rome multiplie les jours fériés et les spectacles, d après toi ? Du pain, des jeux et des préjugés: les trois pieds qui soutiennent l’Empire.

Dans la deuxième partie, intrigues et complots refont leur apparition : les Libérateurs agissent contre l’empereur pour rétablir dans toute leur pureté les valeurs républicaines quittent à trahir la nation romaine en pactisant avec l’ennemi. Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier aluminium : les aristocrates déclament leurs grands discours moralisateurs, mais au final chacun d’eux ne rêve que d’être empereur à la place d’empereur pour faire chier dans leurs toges tous les rivaux qu’ils ont rencontré au cours de leurs games of thrones à la con… Toujours est-il que Vespasien trouille que son épouse Flavie ait de nouveau fait une connerie, tandis que l’agent triple Vitellius continue à défendre becs et ongles la seule cause qui lui tienne à cœur : la sienne ! Alors cette deuxième partie est pas mal du tout, mais est tirée par le bas par quelques trucs personnels et/ou universels, et je vous laisse juges de tout cela en argumentant :

– dans un roman historique c’est de bonne guerre de moderniser les modes de penser, d’être et de faire des différentes protagonistes, encore faut-il éviter les anachronismes flagrants qui piquent les yeux : argh les galériens esclaves qui n’existent que dans l’imaginaire hollywoodien, WTF les distributions de maïs à Rome à une époque où le maïs n’existe qu’en Amérique, WTF l’empereur Claude qui met des morceaux de sucre dans son thé à une époque où le 1er n’existe qu’en Inde et le 2e n’existe qu’en Chine (il n’existe aucun responsable éditorial pour lui conseiller d’écrire à la place « met du miel dans sa tisane » ?), et qu’est-ce que c’est que cette « Gazette de Rome » existant 1500 ans avant le développement de l’imprimerie en Europe grâce à Johannes Gutenberg ???

– l’Empereur Claude est systématiquement dépeint comme bègue et boiteux, mais surtout comme une fin de race handicapée physiquement et psychologiquement à la merci du premier courtisan venu. Comment dire : plus caricatural tu meurs… Nous sommes en plein milieu de la propagande des milieux aristocratiques (vous savez ceux qui prétendent défendent le bien commun, mais qui ne pensent qu’à devenir empereur à la place de l’empereur), dont Suétone et Tacite sont les purs produits : mettre en avant la bassesse des empereurs Julio-claudiens, Auguste excepté, pour mieux mettre en valeur la grandeur des empereurs suivants qui les ont payés pour écrire cela ; un peu comme on mettait en avant la bassesse des dirigeants communistes précédents, Lénine excepté, pour mieux mettre en avant la grandeur des dirigeants suivants… Pour ceux qui ne savent rien de l’Histoire, sachez que Caligula destiné à de grandes choses a été frappé de folie suite à une fièvre morbide, que Claude a défendu le droit des opprimés à ne plus être opprimés ce qui a déclenché la colère de l’autoproclamée haute et bonne société, et que Néron honni par les chrétiens et les aristocrates a été béni, suivi, et adoré par le peuple bien longtemps après sa mort !

Simon Scarrow se dédouane en écrivant que faute de source sur la campagne de Bretagne menée par l’Empereur Claude, il s’est rabattu sur l’auteur Dion Cassius. Comment dire ? Entre Fox News et Closer, Dion Cassius est l’incarnation même de ce qu’on appelle les tabloïds dans la culture anglo-saxonne, autrement dit une source officielle d’infox, pour ne pas dire de ragots de caniveaux  !!!

 

Ici et maintenant j’ai envie de croire en un auteur dépassé par le succès de son 1er opus qui ne sait pas trop comment aborder son 2e opus… J’ai connaissance en VO de la suite de cette très longue série toujours en cours, donc j’ai envie fortement envie de parier sur une erreur de parcours !

note : 6,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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