Makoto Fukami d’après l’oeuvre de Kentaro Miura

Berserk :
Le Chevalier du dragon des flammes

Roman, fantasy / dark fantasy
Publié en VF le 17 avril 2019 chez Glénat
Publié en VO le 23 juin 2017 chez Young Animal Comics

Avec la sortie du 40e volume de Berserk, voici enfin la première novelisation officielle ! Elle dévoile une partie inédite de l’univers du manga. Makoto Fukami raconte avec passion la vie de Grunbeld, membre de la Nouvelle Troupe du Faucon, qui a pendant dix ans résisté à l’invasion de l’empire Tudor ! Ne manquez pas d’approfondir votre exploration du monde de Berserk, grâce notamment aux nombreuses illustrations de Kentaro Miura !

Les Japonais sont autant sinon plus que les Américains les rois des produits dérivés. Pourtant la légendaire franchise Berserk n’a jamais abusé voire usé des forces obscures du marketing : des figurines, quelques jeux vidéos, 1 ou 2 artbooks et les inévitables animes / films dont je me ferais une joie de vous parler en temps utile… Pour la première fois on assiste à une novélisation de la saga, avec un roman écrit par Makoto Fukami, consacré à l’Apôtre Grunbeld, intitulé Le Chevalier du dragon des flammes, et accompagné d’une dizaine d’illustrations inédites de Kentaro Miura. Ce n’est pas le choix que j’aurais fait car les autres lieutenants du messie des ténèbres sont plus ambigus et plus mystérieux que Grunbeld qui est grosso modo Guts tel qu’il serait devenu si ce dernier était passé du Côté Obscur de la Force au lieu de partir en croisade contre ce dernier…

Entre le feu et la glace, le grand-duché de Grant partagé entre indigènes vikings et païens et nouveaux arrivants continentaux et chrétiens n’est pas sans rappeler l’Islande IRL, et ses ports libérés de la banquise grâce au volcanisme actif de l’île ont toujours attiré les convoitises de l’Empire Tudor (salauds d’Anglo-saxons impérialistes, on vous a tout de suite reconnu !). Tout commence avec le Général Kirsten enquêtant sur un serial killer qui aime torturer, mutiler et tuer les femmes pour satisfaire ses plus bas instincts. On aurait pu avoir la version médiévale-fantastique du film La Nuit des généraux : oui mais non, mais de toutes les façons on sait par avance que le monstre à visage humain est un énième membre de l’élite autoproclamée persuadé d’appartenir à la ploutocratie mondialisée (donc le seul suspens est de savoir son rang dans la hiérarchie des homines crevarices). S’il appartient à l’élite, Grunbeld Arqvist reste un indigène à la haute taille et aux cheveux roux qui serait resté solitaire s’il n’avait sympathisé avec la prêtresse aveugle Bénédicte et son loup blanc Ludovic. Tout bascule le jour où le chaos et la désolation s’abat sur sa communauté : les forces Tudor tuent les hommes, violent les femmes et envoient les mineurs dans des camps de rééducation pour servir de chair à canon (toute critique à charge des pratiques dégueulasses du Japon Impérial totalitariste et suprématiste ne sont absolument pas fortuites du tout). Désormais chaque instant de sa vie est dédié à la survie, et si Grunbeld persiste et signe là où tant d’autres meurent c’est qu’il peut compter sur le soutien de Sigur Johannsen la belle aux cheveux d’argent et d’Edvard Halvorsen le bâtard du roi… Pour s’amuser on les confronte à une bête étrange venue de l’Empire Kushan, un tigre mangeur d’hommes : les 3 adolescents font front commun, et si Edvard perd son visage Grunbeld gagne lui un « béhérit »… Le destin de chacun est d’ors et déjà tracé et scellé !

C’était ça perdre la guerre. Hommes tués, femmes violées. Enfants enlevés ou massacrés. Les plus forts avaient droit de vie ou de mort sur les autres.

Après une sacrée ellipse (et non une éclipse impie), nous retrouvons le trio à la tête de la résistance à l’Empire Tudor : Grunbeld est devenu un géant (qui ne tremble que devant la faible et fragile Bénédicte, petite-fille du Général Kirsten), Sigur est devenue sa garde du corps experte en espionnage, Edvard est devenu son stratège expert en ravitaillement, et les 3000 hommes du fort surnommé l’Antre du Dragon les suivent aveuglément pour mener la vie dure aux soldats de l’Empire Tudor ! Mais nous sommes dans la guerre d’usure : si les forces de l’Empire Tudor ne sont pas assez fortes pour envahir le pays, les forces du Grand-Duché de Grant ne sont pas assez nombreuses pour bouter les forces d’invasion hors de chez eux…

Dans ces cas là vous savez comment cela se passe, n’est-ce pas ? La puissance la plus riche fait un gros chèque aux élites autoproclamées du pays le plus faible qui sont ravies de l’encaisser pour intéger la ploutocratie mondialisée du moment que leurs privilèges soient confirmés voire augmentés : Vendre leur pays ? Ils en ont rien à faire ! Trahir leur peuple ? Ils en ont rien à faire ? Ce ne sont pas pas des êtres humains, ce sont des insectes se faisant passer pour des mammifères…

La phase complot et intrigue est donc assez rapide, dans laquelle on explore au pas de course tous les bons et tous les mauvais côtés de l’humanité, et cerné de tous les côtés notre antihéros n’a d’autre choix que de passer un pacte faustien avec les membres de la God Hand pour avoir une chance d’exercer sa vengeance : tout est mal qui finit mal (mais ça, on le savait déjà) ! Pleurs…

La franchise Berserk n’est pas galvaudée et la mention « pour public averti » n’est pas falsifiée : c’est de la Dark Fantasy pure et dure, non parce qu’on suit la mode grimdark de GRR Martin mais parce qu’on ne sait que trop bien que toutes les horreurs qu’on nous balance à la figure se sont déjà déroulées et se déroulent encore quelque part dans le monde actuellement… Mais cela reste un light-novel donc il y a un problème de ton et/ou de format (contrairement aux bobos-hipsters vophiles habituels, qui ici langues orientales obligent ne doivent pas être trop nombreux, je suis trop respectueux du travail effectué pour accuser de quoi que se soit la traductrice Anne-Sophie Thévenon) : l’ensemble fait 165 pages plutôt aérées et tout va trop vite alors qu’on aurait pu se poser pour tout développer ce qui aurait pu donner un roman déchirant.

Les light novels sont des romans de gare conçus pour se lire dans l’aller et le retour des transports quotidiens, mais j’ai déjà lu des light novels plus aboutis que celui-ci. Je pousse la comparaison avec les pulps conçus sur le même modèle pour le même public : plusieurs auteurs de pulps ont été nobélisés alors que de la même manière plusieurs auteurs de light novels ont été primés…

note : 6/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

Pin It on Pinterest

Share This