Mike Baron (scénario)
Mike Mignola (dessin)
d’après Michael Moorcock

Les Chroniques de Corum, tome 1 : Le Chevalier des épées

Comic, fantasy
Publié en VF le 23 janvier 2019 chez Delcourt
Publié en VO en 1987 chez First Comics (« The Chronicles of Corum #1–4 »)

Le Prince Corum Jhaelen Irsei, surnommé le Prince à la robe écarlate, nous entraîne dans un voyage épique et fantastique à travers les quinze plans d’existence de la Terre, au coeur même du temps. Héros malgré lui, il est l’une des nombreuses incarnations du « Champion Éternel » et doit affronter les terribles Dieux du Chaos afin de sauver le monde, mais aussi la femme qu’il aime.

Coincé entre la dark fantasy baroque d’Elric de Melniboné et le post-apocalyptique décadent d’Hawkmoon, le prince Corum Jhaelen Irsei n’est pas la création la plus populaire de Michael Moorcock le Prométhée des genres de l’imaginaire, mais elle n’en reste pas moins très intéressante. Dans l’univers de Corum, les Vadghaghs et les Nhadraghs disposent d’une longévité qui fait la jalousie des humains nommés Mabdens, et il se sont fait la guerre guerre pendant des siècles sinon des millénaires avant de conclure à la la stérilité de leur affrontement, de faire la paix et de vaquer chacun de leur côté à leur occupation collectives ou personnelles au point de ne plus savoir faire la guerre et laissant à leur sort les Mabdens à la vie brève et au taux de reproduction élevé plus proche de la barbarie que la civilisation…

Il est étonnant que Michael Moorcock qui a toujours revendiqué sa tolkienophobie parte d’un Silmarillion transposé en Science-Fantasy…

Les Vadghaghs sont un peuple qui utilise la force de l’esprit comme technologie et non comme magie pour entre autres choses les transports et les communications, et quand au Castel Erorn la famille de Khlonskey ne parvient plus à joindre les autres, le roi demande au prince de voir pas lui-même de quoi il en retourne. Chevalier errant, il découvre un monde en ruine aux les barbares humains ont remplacés Vadghaghs et Nhadraghs, dans lequel Gladnyth A-Krae conquérant raciste et génocidaire est parti en croisade contre les races anciennes et qui n’hésite pas à s’en prendre aux siens quand il ne partage pas ses projets (toutes allusions aux néo-nazis anglo-saxons des années 1970 ne sont pas fortuites du tout). Le havre de paix de Casgel Erorn redécouvre la guerre et la violence, et le Prince Corum arrive trop tard pour partager son sort. Sa Némésis lui prend un œil et une main, mais il apprend la haine !
Le destin en veut pourtant autrement puisque que Corum Jhaelen Irsei échappe à ses tourments (deus ex machina du simiesque serviteur de l’ombre d’un dieu), et se retrouve aux bons soins de la Margravine Rhalina dirigeante d’un mélange entre la cité d’Ys et du Mont Saint Michel qui lui prouve que les humains ne sont pas tous des barbares sanguinaires, et après avoir appris la haine et l’envie de tuer c’est l’amour et l’envie de protéger qu’il apprend (la belle veuve est douce mais pas faible, d’ailleurs c’est elle qui met le héros dans sa couche et non l’inverse !). A une époque où les unions mixtes sont encore aux yeux de ces saloperies d’élites autoproclamées un crime contre les bonnes mœurs, l’auteur fait preuve d’un iconoclasme complètement assumé. En son temps cela a beaucoup choqué, mais je ne vais pas verser une larme sur les états d’âmes de l’autoproclamée « bonne société »… Toujours est-il que Corum retrouve sa Némésis et que pour lui sauver la vie Rhalina fait appelle à la plus noire des sorcellerie !

– Je ne sais pas comment on fait pour tuer.
– Alors il va te falloir apprendre !

Si la 1ère partie du récit mélangeait Le Morte d’Arthur et La Planète des singes, dans la 2e partie l’auteur renoue avec ses premières amours à savoir les pulps à la John Carter (comme le prouve le jardin carnivore qui était dans une des plus pulpienne nouvelle de R.E Howard). Corum apprend de la bouche du sorcier Shool que Gladnyth A-Krae et les Mabdens ne sont que les pions d’Arioch, le Chevalier des Épées dieu du chaos. Il lui promet la vengeance en échange de ses services, et c’est ainsi que Corum se retrouve avec l’œil d’un dieu mort qui lui permet de voir les enfers et la main d’un autre dieu mort qui lui permet de commander aux derniers arrivés de ses habitants, avant de partir dans une odyssée pour parvenir au Palais d’Arioch… La suite du récit est donc très pulpienne mais associées aux souvenirs des aventures de Jason et d’Ulysse (mais ces récits n’étaient-ils pas des pulps antiques ?), Corum rencontrant divers serviteurs du dieu dont ils sont les victimes : Corum veut les épargner, mais est obliger de les tuer pour pouvoir avancer (la main du dieu mort étant à peine moins traîtresse qu’une certaine épée noire buveuse d’âme qui ne faut pas nommer, car la nommer c’est l’appeler et hâter le fin de son monde). C’est ainsi qu’il fait la rencontre d’Hanafax, soldat, prêtre et explorateur, mais aussi Dédale, Da Vinci et Magellan qui va l’accompagner un temps. A la Porte du Lion, l’auteur renoue avec ses autres premières amours à savoir les tragédies shakespeariennes, puisque pour avancer il est obligé de tuer un ami et le peuple qu’il pensait avoir perdu et qu’il espérait avoir retrouve »… La fin du récit est quasiment psychédélique avec le Palais d’Arioch et le Duc Arioch lui-même qui peuvent changer d’apparence à volonté. Nous sommes au royaumes des chimères, et Corum doit voir à travers les illusions et les mensonges : il rejoint les autres champions envoyés pour voler le cœur du dieu du chaos, et ils font cause commune pour faire triompher la justice. Nous sommes dans les codes des contes de fées, mais comme tous les héros moorcockiens Corum doit agir en « problem solver » pour qu’elle triomphe : va-t-il opter pour la haine ou pour l’amour ?

Coincé entre le texte de Michael Moorcock et les dessins d’un Mike Mignola en début de carrière mais déjà très mature et qui a tout compris en mélangeant science et magie, le scénariste Mike Baron livre une adaptation très fidèle mais très efficace. Évidemment j’attends la suite avec impatience (chat ailé, guerriers zombifiés, elfes avec rayons lasers et vaisseaux spatiaux : que du bonheur !). Et évidemment je ne résiste pas à la tentation d’écrire que Gillossen d’Elbakin.net raconte une fois de plus des bullshits en comparant tout cela au blockbuster de Glénat : tu ne peux pas comparer frontalement un comic des années 1980 et une BD des années 2010, un artiste en début de carrière et des artistes au sommet de leur art… C’est encore une fois du grand n’importe quoi !

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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