Jim Butcher

Codex Aléra, tome 2

La Furie de l’Academ

Roman, fantasy / high fantasy
Publié en VF le 16 juillet 2010 chez Bragelonne
Publié en VO le 05 octobre 2004 chez Ace (« Book One Of The Codex Alera : Furies of Calderon »)

Depuis mille ans, les habitants d’Aléra repoussent les peuplades sanguinaires qui rançonnent le monde en usant de leur relation particulière avec les furies – les forces élémentaires de la terre, de l’air, du feu, de l’eau, du bois et du métal. Mais dans la lointaine vallée de Calderon, Tavi ne maîtrise encore aucun élément, à son grand désespoir. À quinze ans, il n’a toujours pas de furie du vent pour l’aider à voler, ou de furie du feu pour allumer ses lampes. Pourtant, lorsque les féroces Marats font leur retour dans la vallée, le courage et l’ingéniosité de Tavi vont se révéler une force bien plus cruciale que n’importe quelle furie. Une force qui pourrait lui permettre d’altérer le cours de la guerre…

Une fois n’est pas coutume, j’ai l’impression d’avoir lu un autre livre que celui chroniqué par certains fantaisix.
La comparaison avec David Eddings ? Oui mais non : l’auteur apporte sa touche perso à l’héritage eddingsien et cette sensation s’estompe assez rapidement dans ce 2e tome. C’est dommage qu’on ne la fasse pas pour Brandon Sanderson qui pioche beaucoup plus chez l’auteur que Jim Butcher et pas qu’un peu !
La comparaison avec J.K. Rowlings et Trudi Cavanan ? Non, non et non ! L’Academ ressemble 10 fois plus au manoir de Charles Xavier qu’au Château de Poudlard ! Là aussi c’est dommage qu’on ne la fasse pas pour Patrick Rothfuss qui pioche beaucoup plus chez les auteures que Jim Butcher et pas qu’un peu.
Quand aux comparaisons avec le Cycle de Xanth de Piers Anthony, WTF !? Non, non et non ! Jim Butcher puise son inspiration dans l’univers des comics comme David Farland, Brandon Sanderson, Brent Weeks et co… Il faut être aveugle pour ne pas le voir. A partir d’autant de méprise, c’est toute la critique de elbakin.net / ten.nikable qui se révèle totalement à côté de la plaque !

Après une mise en place moyenne mais assez courte, la structure en POVs est optimisée au maximum : c’est très rempli et très rythmé ! On ne s’ennuie pas une seconde et les pages défilent très vite. Nous sommes en face d’un page-turner avec beaucoup d’action, un peu d’humour, un peu de romance, des tragédies… Bref de l’animation et du souffle !

D’un côté Bernard, Amara, Doroga (sans oublier ce valeureux Marcheur) et leurs compagnons combattent les Arachnides de Robert Heinlein. D’un autre côté Tavi, Maximus, le Chat Noir et leurs compagnons combattent les marionnettes humaines de Robert Heinlein. Isana et Seraï sont censées faire le lien entre ces 2 arcs narratifs en voyageant de Calderon à la capitale Aléra. C’est presque une reprise du duo good girl (Isana) / bad girl (Odiana) du tome 1 que j’avais trouvé très faux. Mais on si concentre beaucoup sur elles au début, elles sont laissés de côté par la suite (et pour cause car spoilers, mais aussi pour ménager plus de tension et de suspens dans la dernière ligne droite).

 

– Je déteste ce que vous représentez.
– C’est-à-dire ?
– Le pouvoir sans conviction. L’ambition sans conscience. Des gens honnêtes souffrent aux mains de vos semblables.

De grosses ficelles quand même certes : fusils de Tchekov, twists, whodunits… Quelques répétitions aussi parfois. On sent quand même l’influence des ateliers d’écriture américains. Mais comme Jim Butcher se montre très généreux avec ses lecteurs, cela passe plutôt bien. Worldbuilding et magicbuilding ont été conçus pour appliquer la théorie du vachement bien théorisé par Steven Brust (les personnages doit faire évoluer l’univers et vice-versa), et les personnages inspirés des héros DC / Marvel Comics sont tous plus cools les uns que les autres.

Ainsi l’ombre de David Farland, qui a renouvelé le courant fantasy néoclassique en 1998 avec Le Seigneur des runes, plane sur tout le cycle (d’ailleurs ce dernier donnait des cours d’écriture SFFF avec un certain Brandon Sanderson comme assistant, mais ceci est une autre histoire). Ainsi les éléments qui font pièces rapportés, incohérents voire WTF dans un tome trouve naturellement toute leur place dans les romans suivants, preuve que tout est savamment construit et pas improvisé au fur et à mesure (pour être charitable, je ne citerai pas de nom). Ainsi j’ai grave surkiffé l’intervention, même traitée partiellement hors-champ, de Dame Aquitaine : une super-héroïne, une vraie, qui a elle seule représente toutes les influences comics ultracools du cycle. Mais est-elle plus Mystique ou plus Malicia / Rogue ? L’avenir nous le dira !

Et puis ce roman n’est pas qu’un simple actionner fantasy :
– on sent poindre les conflits de loyauté et les dilemmes moraux qui font avec
– Doroga et Varg l’ambassadeur canim montrent qu’on va plus loin que les clichés du bon sauvage et du barbare sanguinaire
– de la même manière on peut s’interroger sur la menace Vorde (Borg ?) qui fait preuve d’une redoutable intelligence
– on sent que la civilisation d’Aléra bâtie sur la magie et l’esclavage, arque boutée sur ses castes aristocratiques héréditaires et à l’ascenseur social plus qu’en panne développe un subtext social corrosif !
– de la même manière avec le débat travail collectif / magie individuelle on sent non seulement que Jim Butcher a potassé son sujet mais aussi qu’il a presque envie de remettre en cause « le mode de vie non négociable des Américains » (George Walker Bush copyright)… Tavi explique qu’avec de la solidarité on peut tout réaliser, et son professeur lui rétorque que cela ne sert à rien puisque qu’avec la magie on peut tout faire tout seul et sans effort : vous n’avez plus qu’à remplacer magie par pognon et tout devient clair donc alarmant en face au reagano-thathéro-macronisme triomphant !
– et ne parlons pas de l’opposition entre la Ligue Dianique et le consortium esclavagiste au sujet de la condition féminine…

 

Conçu par un populares pour les populares, le public populaire devrait se montrer très satisfait quant à ce cycle. J’envie tous ceux qui vont démarrer leur parcours Fantasy avec ce cycle tellement plaisant.

PS : Quel naze ce Duc de Riva ! Par 2 fois il a été incapable de lever le petit doigt contre l’invasion de ses terres…

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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