Vincent Brugeas (scénario)
Ronan Toulhoat (dessin)

Conan le Cimmérien, tome 2 : Le Colosse noir

Bande dessinée, fantasy
Publiée le 02 mai 2018 chez Glénat

Un soldat meurt au combat. Un barbare vit pour la guerre. Établi dans la cité de Khoraja, Conan tente sa chance au service des mercenaires d’Amalric. Dans l’attente du combat, il mène une vie d’homme de troupe ordinaire, buvant et batifolant dans les tavernes. Le destin le rattrape un soir alors qu’il rencontre par hasard Yesmala, princesse et régente du royaume en personne. Elle aurait vu Conan en rêve : les dieux l’ont désigné comme le général qui doit mener ses armées contre les hordes démoniaques du sorcier Natohk. De simple soldat, Conan le barbare devient le seul espoir de tout un royaume.

Ce tome 2 est une adaptation de la nouvelle intitulée Le Colosse noir réalisée par les compères Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat (à qui on doit déjà le très beau Le Roy des Ribauds et le plus récent Ira Dei)…
La princesse Yasmela régente du Royaume Khoraja est aux abois : son frère le roi croupit dans les geôles d’Ophir, le prophète voilé Natohk rassemble des rebelles shemites et stygiens pour marcher sur la capitale, le Roi de Koth attend qu’il affaiblisse suffisamment son voisin pour l’annexer, et à l’intérieur même du palais on intrigue pour prendre le trône ou l’offrir à tel ou tel pays ennemi… Elle n’a plus le choix et s’en remet au Dieu Mitra qui vers un dénommé Conan conduit ses pas !
Le mercenaire barbare qui avec ses amis trompait son ennui en alcools forts et en filles faciles est catapulté général en chef de l’armée khojarane et ses supérieurs deviennent ses subordonné : il se prend au jeu du pouvoir, mais face à l’hostilité du Chancelier Taurus, du Comte Thespides, et des capitaines mercenaires Almaric et Agha Shupras, il comprend rapidement sous la menace d’une épée de damoclès qu’à grands pouvoirs correspondent de grandes responsabilités… Il n’est plus temps de tergiverser et on est obligé de marcher vers l’ennemi avant que celui n’accumulent suffisamment de troupes pour faire le siège de la capitale ! Le choc des titans aura lieu à la Passe de Shamla, et Conan a le plus grand mal à concilier les partisans de l’attaque et les partisans de la défense (remember la Bataille de Hattin IRL)… Le roi-sorcier issu d’un sombre passé et le général Kutamun prince renégat en exil pensent qu’avec la force et la magie la partie est gagnée d’avance, mais en face d’eux il y a Conan qui n’a peur ni de la mort ni des dieux !

– Lanciers de Khoraja !! Aujourd’hui vous devenez chevaliers ! En selle et suivez-moi en enfer !

Le schéma est classique mais efficace avec un anti-héros coincé entre les comploteurs aristos et le mago psycho (ce n’est pas la première que cela lui arrive, ni la dernière par ailleurs !), toutefois mais le récit ne se contente pas de reprise d’un épisode de la saga de Fu Manchu de Sax Rohmer…
L’introduction est puissante : Shevatas à la recherche du trésor perdu de Kuthcehmes est un émule de Conan qui n’aura pas eu sa chance (splendide mise en scène mêlant ici intimement et magnifiquement couleurs du présent et noir et blanc du passé : j’étais scotché !). Car au final qui le véritable boss de fin ? Shevatas transfiguré, le sorcier Thugra Khotan ressuscité du passé et qui semble l’avoir possédé / vampirisé / remplacé (rayez les mentions inutiles), ou le sombre démon qui semble le/les contrôler ? (du coup derrière Conan et Natohk, pourrait-on deviner l’affrontement entre Mitra et Set, entre le Bien et le Mal ?) Outre le traditionnel game of thrones ici restreint car trop succinct, qui permet à Conan de goûter à l’ivresse du pouvoir et de constater qu’il s’agit d’un redoutable poison, on s’attarde sur un étrange triangle amoureux : entre le roi-sorcier qui convoite la princesse attiré par sa volupté qu’il veut dominer, et le guerrier barbare qui l’admire attiré par sa personnalité douce mais pas faible, la Belle choisit celui qui veut proposer et pas celui qui veut disposer… D’ailleurs l’anti-héros n’a pas son mot à dire quand la princesse entend profiter de la récompense qui lui est due ! (L’auteur a joué avec la censure : à notre époque hypersexualisé plus grand-chose ne choque, mais il fallait une sacrée paire de couilles pour aller dans cette direction dans l’entre-deux-guerres où aux États-Unis comme ailleurs le puritanisme pouvait encore avoir force de loi) Quant à la grande bataille, c’est champagne niveau epicness to the max : du bruit et de la fureur en veux-tu en voilà, avec du sang et des larmes !!!
Les auteurs n’ont pas encore atteint le stade du nec plus ultra car je n’ai pas adhéré à tous les choix du charadesign, et tous les arrières-plans ne sont pas aussi détaillés qu’ils auraient pu l’être. Mais l’adaptation est très fidèle à la version d’origine (Patrice Louinet veille au grain), et avec l’expressivité, la fluidité et le dynamisme qui se dégage de chaque planche pour pas dire chaque case le passage de la nouvelle à la BD est très réussi. Mieux encore ils ont tout compris en magnifiant l’essentiel, le souffle de l’aventure cédant sa place juste au moment ou il faut au souffle épique ! Par Crom, je me suis régalé…

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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