Régis Hautière (scénario)
Olivier Vatine (story-board et découpage)
Didier Cassegrain (dessins et couleurs)
D’après R.E. Howard

Conan le Cimmérien, tome 7 : Les Clous Rouges

Bande dessinée, fantasy
Publiée le 18 septembre 2019 chez Glénat

Conan, mercenaire louant son épée au plus offrant, débarque dans les contrées du Darfar, dont le territoire est presque entièrement recouvert par une immense forêt. Aux côtés de la farouche guerrière Valéria et après un affrontement contre un terrible dragon, le cimmérien se dirige ensuite vers une étrange cité fortifiée, apparemment déserte. Mais le duo va vite découvrir qu’une civilisation vit cachée à l’intérieure, et que la citadelle semble cacher un lourd secret…

Les Clous Rouges plus que la version 2.0 de Xuthal la crépusculaire est la 2e partie de son « Civilisation et barbarie » démarré dans Au-delà de la Rivière Noire :
– dans Au-delà de la Rivière Noire, la barbarie balayait la civilisation pour faire revenir à son état naturel une région pionnière
– dans Les Clous Rouges la barbarie a balayé la civilisation pour tomber dans la décadence la plus effroyable après avoir voulu prendre sa place dans un univers artificiel
Comme vous le voyez c’est quand même autre qu’une histoire se résumant à un mec bien musclé courant après une nana bien galbée comme j’ai pu le lire par ailleurs…

L’histoire de R.E. Howard :
Conan est fasciné par la strong independant woman Valeria de la Fraternité Rouge, et il la stalk avant de la draguer ouvertement (on sous-entend qu’il a été engagé pour la tuer, mais qu’il préférerait une récompense en nature plutôt qu’en argent). Il veut pécho mais enchaîne les râteaux, et c’est ainsi qu’ils se retrouve coincés sur une éperon rocheux assiégé par un grand carnivore du jurassique… La mise en place du récit prend la forme d’un survival qui aurait été d’un classicisme absolu si l’auteur n’avait pas contribué à forger les classiques : on a 1 point A disposant d’une sécurité relative qui ne cesse diminuer avec le temps, 1 point B qui disposerait d’une sécurité absolue, et entre les 2 un no man’s land hanté par une danger mortel…
Toujours est-il que Conan et Valeria parviennent à débarquer dans l’antique cité de Xuchotl, un gigantesque complexe urbain coupé de la terre, de l’eau et de la lumière du soleil. Et c’est une maison de fous ! Il débarque en pleine guerre entre la cruelle tribu des Xotalancas et la violente tribu des Tecuhtli qui autrefois ne formaient qu’un seul peuple et qui aujourd’hui sont prêtes à tout à au reste pour éliminer leur sœur jumelle quitte à disparaître du moment qu’elle emporte avec elle le plus possible d’adversaires (d’ailleurs l’immense peuple se réduit désormais à deux groupes de quelques dizaines d’individus. Comme dans ces bons vieux récits de châteaux hantés nous retrouvons des salles immenses, des couloirs interminables, une ambiance lourde et sombre, et une violence et une folie prêtent à se déchaîner. Conan et Valeria font pencher la balance du côté des Tecuhtli, et l’affrontement final est imminent. Chez Howard tout le monde trahit tout le monde, et le roi Olmec veut tuer Conan pour remplacer son amante Tuscela par Valeria et la princesse Tuscela veut Valeria pour remplacer son amant Olmec par Conan. Mais le brave et bavard Techotl raconte à Conan l’histoire de la cité, lui qui va être tiraillé entre sa reconnaissance envers ceux qui l’ont sauvé et ceux à qui il doit fidélité. Il était une fois le peuple Tlazitlans qui s’était révolté contre l’Empire Stygien, et mené par un Moïse bicéphale les survivants fuirent pour se retrouvent coincés sous les murailles de Xuchotl entre des magiciens et leurs démons gardiens. Ils auraient été écrasés sans l’intervention de Tolkemec le Judas local, esclave martyrisé rêvant de se venger de ses maîtres. Grâce à son aide ils conquirent la cité, avant que Xotalanc, Tecuhtli et Tolkemec ne se partage la cité partagé entre les quartiers est, ouest et sud. A cause d’une histoire de femme les deux frères se retournèrent l’un contre l’autre (remember Caïn et Abel), avant de se retourner contre Tolkemec qui divisait pour régner à l’aide de la noire magie … Après leurs morts leurs partisans continuèrent de se haïr et de s’entre-tuer, et Conan repère immédiatement la faille du récit : comment se fait-il que la princesse Tuscela qui a vécu tous ses événements paraisse plus jeune que ses sujets 2 générations plus tard ? Sinon en dehors de la vamp dépositaire du secret de l’éternelle jeunesse voire de l’immortalité, on a aussi un Abbé Faria passé du Côté Obscur et obnubilé par sa quête de vengeance, le Masque Ardent, les Flûtes de la Folie et le Sceptre de la Destruction !
L’habillage aztèque ne doit faire oublier que l’auteur n’a fait que s’inspirer des vendettas villageoises texanes, en l’occurrence celle Lincoln où dans une communauté isolée les habitants élevés dans la haine de l’autre génération après générations ont fini par s’entre-tuer… Une fois de plus, le chemin le plus court entre la barbarie et la décadence reste la civilisation, surtout quand les élites autoproclamées divisent pour régner et obligent les humbles à réaliser les caprices de divas des puissants !

– J’ai dit qu’on pouvait tuer les démons. Ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas les craindre.

Le scénario de Régis Hautière :
Il est plutôt assez fidèle, enlevant telles ou telles péripéties et/ou tels ou tels rebondissements pour tout faire tenir en 56 pages. Patrice Louinet veille évidemment au grain avec un postface efficace pour rester le plus proche possible du récit original. Mais le gros souci reste que ce dernier est d’abord et avant tout un récit d’ambiance qui prenait tout son temps pour poser ladite ambiance et développer la paranoïa constamment prête à exploser en déchaînement de violence menant au cœur de la folie. Ici le récit est plus léger avec un rythme plutôt enlevé. On ne va pas se mentir je ne suis pas sur que le scénariste ait été bien choisi au vu de sa bibliographie car la noirceur et la violence sont éloignés de ses qualités premières. Qu’il est difficile de passer après les monstres sacrés que sont Barry Windsor- Smith et John Buscema…

Les graphismes d’Olivier Vatine et Didier Cassegrain :
On va tout de suite poser cette question : pourquoi on a laissé à l’identité les scènes de violences parfois dignes des meilleurs et/ou des pires moments de la saga Hokuto no Ken alors qu’on a retouché peu ou prou les scènes de nudité ? On ne va pas perdre de temps à essayer de répondre donc je vous renvoi au film Larry Flynt de Miloš Forman sorti en 1996. Ensuite je n’ai absolument rien contre le fait de travailler collectivement, encore faut-il que l’organisation en studio soit pensée en organisée. Ici Didier Cassegrain termine le travail commencé par Olivier Vatine, et force est de constater que le story-board et le découpage d’Olivier Vatine sont plus efficaces que les dessins et les couleurs de Didier Cassegrain. Olivier Vatine sait très bien dessiner donc pourquoi ne s’est-il pas chargé de l’ensemble des graphismes ? Il était occupé à dessiné des illustrations de couvertures pour ses collègues ou à gérer la nébuleuse Comix Buro ??? Après le travail de Didier Cassegrain est loin d’être vilain, mais son style plus cartoonesque que réaliste n’était pas vraiment le plus approprié pour un récit aussi sombre et aussi violent. Qu’il est difficile de passer après les monstres sacrés que sont Barry Windsor- Smith et John Buscema…

note : 7/10 (un côté horrifique plus punchy, et on passait facilement au-dessus de 8/10)

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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