David Weber

Le Dieu de la Guerre, tome 1a :

Le Serment de l’épée

Roman, fantasy / heroic fantasy
Publié en VF 02 juin 2011 chez L’Atalante
Publié en VO en février 1995
(« War God I, Oath of Swords »)

Bahzell Bahnakson est un hradani, race maudite depuis les guerres des Sorciers qui ont dévasté le monde. Les hradanis souffrent de la Rage, qui décuple leurs forces quand elle s’empare d’eux et leur vaut la crainte et le mépris de tous. Otage chez l’ennemi juré de son père, Bahzell se voit contraint de prendre la fuite, pourchassé par la vengeance d’un prince qui conspire avec les forces du mal. Assassins et démons le guettent. Son seul recours serait-il Tomafiak, le dieu de la Guerre, qui entend faire de lui son champion ? Car l’affrontement des dieux n’a pas vraiment cessé depuis la chute de Kontovar un millénaire plus tôt…

Après lecture d’une assez mauvaise critique presse des blasés d’en face, je ne m’attendais pas à une lecture aussi sympa !
Le cycle a débuté en 1995 et en lorgnant sur la fantasy d’antan, cela a le goût de la fantasy d’antan : certains vont détester, et c’est tant pis pour eux, d’autres vont bien aimer, et c’est tant mieux pour eux. Pour ma part, avec ce qu’on pourrait juger de « bon Feist » j’ai presque redécouvert le plaisir de mes débuts en fantasy.

Dans un univers d’heroic fantasy pur jus, le frère caché de Gandalf à la tête d’un Conseil Blanc embauche Conan et Tristelune pour combattre les sbires de noires divinités. On mélange agréablement Howard, Tolkien, Leiber et Moorcock (mais encore faut-il avoir des atomes crochus avec ces maîtres incontestés et incontestable du genre, ce qui n’est absolument pas le cas de prétendus amateurs de fantasy) avec un worldbuilding qu’on pourrait juger classique mais qui a le bon goût d’éviter les tolkieneries, les conaneries et les donjoneries & dragoneries qui en découlent. Depuis la guerre des Sorciers qui a conduit à la chute de Kontovar, la magie est proscrite quand elle n’a pas disparu. Les survivants de ces jours sombres ont reconstruit la civilisation en Norfressa, mais la guerre éternelle entre les dieux blancs et les dieux noirs ne s’est jamais véritablement achevée…

Alors oui, on retrouve des elfes, des nains et des semi-hommes, mais l’histoire se concentre sur les heurs et les malheurs de deux Hradanis (des « hommes-renards » berserkers). Nous suivons donc les aventures d’un prince Voleur de Chevaux qui a bien du mal à respecter son rang et son statut et un apprenti barde Épée Sanglante qui ne ménage pas ses efforts pour se distinguer de ses congénères brutasses. C’est presque dommage que les aspects géopolitiques et les intrigues des débuts soient vite oubliés… Gageons qu’ils feront leur retour dans Champions de Tomanak et Les Cavaliers du vent !

Et il y a un petit côté western qui se transforme en grand côté road movie avec nos compères qui après leur cavale escortent un maître caravanier nain puis une mystérieuse gente dame de l’Empire de la Lance. Les scènes de combat sont courtes, âpres et violentes : elles apportent un véritable plus à l’ensemble.

 

La prose est simple et aisée donc facile d’accès : on retrouve le plaisir de la ligne droite où une péripétie et sa résolution nous emmènent vers une nouvelle péripétie (« insupportable pauvreté stylistique et scénaristique » tant décriée par les prescripteurs d’opinion : qu’ils aillent rager dans leur coin au sein de leur petit cercle intello prout prout), et force est de constater que Frank Reichert est bien à l’aise dans cet exercice de style. Oh oui, c’est très appréciable de voir l’histoire débuter à la page 1, ce qui permet de zapper la traditionnelle mise en place qui chez certains peut faire mille pages. Et pour ne rien gâcher, David Weber en vieux routard de la SF aborde le genre Fantasy avec humilité et modestie puisque que toutes ses inspirations sont assumées par des clins d’œil savoureux pour les hardcore readers. Ainsi impossible de manquer le colosse barbare sauveur de la veuve et de l’orphelin qui hait les sorciers !

Le style est léger, les personnages sont amenés de manière un peu forcée, il y a pas mal de naïveté et on doit se coltiner quelques passages explicatifs assez lourds (genre les discours d’Obi Wan Kenobi sur le côté obscur de la force)… mais tout cela est désamorcé par une bonne dose d’humour ! (encore faut-il ne pas être aveugle et de mauvaise foi comme ladite critique presse)
– le héros qui n’arrête pas de maudire sa tête trop petite et son cœur trop grand…
– le héros qui balance à la flotte le mentor magicien qui lui parle de prophétie, de quête et d’élu…
– le héros qui n’arrête de fustiger le TOC qui l’oblige à secourir les faibles martyrisés par les forts…
– ou les demi-elfes nobles d’esprit et de cœur chez Tolkien, ici dépeints comme des connards carriéristes TPLG !,
Le 2e degré amené par l’auteur m’a bien plu, mais cette dimension est toujours subjective (mais bon on a encore des prescripteurs d’opinion incapables de comprendre l’humour s’il n’y a pas de rire enregistrés derrière : qu’ils aillent rager dans leur coin au sein de leur petit cercle intello prout prout).

Oui cela ne révolutionne pas le genre, oui pas le roman de l’année plein d’originalité : au final rien d’extraordinaire donc, mais pourquoi rechercher l’exceptionnel là où l’agréable suffit très largement ! Qui pourrait être véritablement intéressé par de tels romans ? Peut-être les nostalgiques, les easy readers, les lecteurs à la recherche d’un cycle agréable pas prise de tête… Bref la très grande majorité du lectorat fantasy, qu’on se le dise ! (Y compris moi qui lira la suite avec plaisir, mais je ne ferai pas de critiques séparées pour les tomes VO arbitrairement charcuté en VF juste pour doubler le prix du même livre d’un auteur devenu bankable)

PS : chouettes illustrations de couverture VF de la part de Miguel Coimbra

note : 6,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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