Thierry Smolderen (scénario)
Enrico Marini (dessin)

Gipsy, tome 6 :

Le Rire Aztèque

Bande dessinée, science-fiction / anticipation
Publiée en mai 2002 chez Dargaud

Le routier Gipsy participe à une opération humanitaire en Amérique Centrale. A la frontière de son pays de destination, il est arrêté par des infirmières des services de santé de l’armée. Celles-ci ont pour mission de préserver les arrivants d’une épidémie qui ravage la région.

Ce tome 6 intitulé Le Rire Aztèque et sorti en 2002 est quasiment un nouveau départ ! Au-delà d’un réjouissant n’importe-quoi, c’est de la Série B très rythmée qui va à 100 km/h ! C’est même trop rythmé avec quelques rebondissements de remplissages un peu bidons quand même (et comme les personnages reconnaissent eux-mêmes qu’ils sont bidons, comme la très WTF parodie de sacrifice humain, je demande quel auteur se moque des idées de l’autre ?)…

Tout commence et tout repose sur une pandémie à la George Romero : le Rire Aztèque venu de la république bananière du Parador transforme ses victimes en fous vivants à la force décuplée sans peur et sans douleur (ça ou en berserkers victimes du Joker). Elles sont frappés de crises sanguinaires le visage déformés par un rictus diabolique, mais si la maladie est fatale mortelle pour les hommes avec un taux de mortalité de 100% elle est bénigne pour les femmes avec un taux de rémission de 100% : après un tome très macho et un tome gentiment macho, voici un tome anti-macho ? (avec Marlène la nièce de Big Ben, Estrella le femme fatale, et la Camarde de Veracal qui guident notre antihéros prolo sur la voie de la révolution mondiale)

Nous sommes une fois de plus dans la dystopie de la ploutocratie mondialisée reagano-thathéro-macronienne, et les dealers de virus trouvent que la part du gâteau n’est pas assez élevée par rapport à celles des ministres de la santé dealers de vaccins. Donc on crée artificiellement des foyers d’épidémies, comme celui de San Francisco dans la séquence pré-générique, pour obliger la communauté internationale à envoyer des cargaison de vaccins au Parador dont le dénommé Crux veut s’emparer pour gagner le jackpot. Le degré de pourriture des prétendus êtres humains qui se réclament de l’hypercapitalisme et de l’ultralibéralisme ne cessera jamais de m’étonner et de me dégoûter.

– Bah, c’est surtout le meilleur, sur la C3C !… Un jour, il m’a dit un truc profond sur la vie… Tu chies assez longtemps dans les fourrés, t’apprends à te torcher, même avec les chardons…

Que vient faire le Gipsy dans le panier de crabe que constitue le Parador où c’est tous les jours la Fête des Morts ? Il s’est réconcilié avec sa sœur Oblivia et l’un et l’autre travaillent maintenant dans l’humanitaire, du coup le Gipsy crapahute avec l’Étoile du Gitan sur les routes montagneuses du pays tixi. Ses vieux amis de la Selmer le prennent pour un complice de la mafia, et les mafieux le prennent pour un complice de ses vieux amis de la Selmer. Lui et la population locale amérindienne se retrouvent ainsi coincés entre l’enclume de la criminalité d’en bas et le marteau de la criminalité d’en haut. Aucun cliché sur l’Amérique Centrale n’échappe au détournement, et je me bien marré avec Estrella et la bande à Copifax qui n’arrêtent pas de bassiner le Gipsy avec les aventures feuilletonnesques de Sabo l’antihéros prolo qui défend la veuve et l’orphelin à coups de poings. Tsagoï finit fatalement par comprendre la vérité, et tout change : Sabo devient réalité alors que le Gispsy devient légende !

Pour devenir quelqu’un de plus grand et de plus noble chaque avatar du Héros aux mille et un visages doit passer une ordalie, et ici c’est à bord d’une caisse à savon que le Gipsy donne l’assaut du labo des marchands de morts et des rentiers du néant armé seulement d’un gros flingue et d’une bonne paire de couilles. Mais finalement contaminé par le Rire Aztèque, il voyage au cœur de la folie en voyant défiler tout sa vie passée et les 48 heures qui lui reste à exister. Et le miracle survient : il est le Nouvel Espoir des peuples du monde entier, et il a un Destin à endosser ! Cerise sur le gâteau, avec le secret tixi il parvient joliment à plumer la ploutocratie mondialisée : la révolution mondiale a commencé et le guerre est déclarée. D’un côté les gouvernements, les entreprises et les médias du monde entier, d’un autre côté le Gipsy : face à lui ils n’ont strictement aucune chance, donc ils commencent tous à se chier dessus… Sauf que depuis 2002 tous les lecteurs de la saga attendent toujours de nouvelles aventures de l’antihéros prolo aux faux airs de John Rambo. Enrico Marini a déclaré a de multiples reprises qu’il ne lâchait pas l’affaire, mais apparemment c’est compliqué comme on dit…

 

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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