Jean d’Aillon

Guilhem d’Ussel, chevalier troubadour tome 01 :

Marseille, 1198

Roman, histoire / moyen-âge 
Publié le 15 mai 2010 chez J’Ai Lu

1198. Enlevé par des inconnus, Roncelin, vicomte de Marseille, a disparu. Sept compagnons partent à sa recherche. Parmi eux, Hugues de Fer, ancien croisé, le médecin Averroès, un frère et une soeur saltimbanques romains, et le meilleur archer d’Angleterre, Robert de Locksley. A leur tête, Guilhem d’Ussel, joueur de vielle et fine lame. Mais, dans cette équipée, certains semblent être animés de tout autres desseins. Quelles sont les véritables raisons de leur venue à Marseille ? Quel est le rôle des consuls de la ville ? Pourquoi ces écorcheurs qui rôdent dans les campagnes ? La riche ville phocéenne attire bien des convoitises, à commencer par celle du pape Innocent III.

Les intentions sont sans doute sympathiques à défaut d’être bonnes, mais cela pèche grandement dans l’exécution.

Après un crime horrible, un représentant de l’ordre, un célébrissime médecin arabe, un célébrissime archer anglais, un ancien mercenaire, un alchimiste perse et deux saltimbanques italiens font cause commune pour libérer le vicomte de Marseille des griffes d’un seigneur félon.
On suit le cahier des charges du film médiéval hollywoodien avec le concours d’arc, le duel judiciaire, les demoiselles traîtresses ou en détresse, les intrigues nobiliaires, les complots cléricaux, et les scènes d’action remplies d’exploz !
Bref, c’est clairement plus cool et plus rythmé que les gros pavés habituels du genre, mais j’ai l’impression que le style, l’intrigue et les personnages auraient pu être interchangeables avec des dizaines d’autres tant est forte l’ impression d’avoir déjà tout vu cela ailleurs : on n’arrive pas à la cheville d’un Ellis Peters ou d’un Van Gulik qui pourtant ne sont plus de première jeunesse… Quelque part peu importe mais comme on a le cul entre le récit d’action et d’aventure et le récit d’intrigue et d’enquêtes, le capital sympathie s’en trouve diminué.

Aux niveaux caractérisation et psychologie c’est quand même assez léger… Tous les personnages sont unidimensionnels (certains étant réduits à 1 trait physique ou 1 trait psychologique) :
– les gentils sont très gentils et déclament leurs déductions dès qu’ils en ont l’occasion
– les méchants sont très méchants et déclament leurs machinations dès qu’ils en ont l’occasion
– les comploteurs sont très fourbes et le long dénouement explicatif est truffé de leurs confessions
Les personnages deviennent les meilleurs potes du monde après une seule conversation, et se mettant à raconter toute leur vie voire tous les tenants et les aboutissants du vaste monde au premier venu qui leur prête une oreille attentive. Quant aux sentiments, on s’aime et on se hait au premier regard ou à la première conservation. Au mieux cela sonne faux, au pire c’est artificiel pour ne pas dire assez balourd à ce niveau là. On essaye d’approfondir un peu avec les états d’âme du héros éponyme, mais c’est aussitôt amené aussitôt oublié, pire cela ne fonctionne que très moyennement tant le personnage censément être principal fait office de cinquième du carrosse en se greffant de manière artificielle au scooby gang médiéval qui se constitue sous la plume de l’auteur. J’ai failli commencer à y croire avec le décalque de l’ordalie de d’Ivanhoé de Walter, mais non en fait.

– A quoi peut croire un homme qui a été dans la horde de Mercadier ?
– Pas à Dieu, gente dame, si vous voulez le savoir. Au diable, peut-être, à l’amitié, à l’amour et à la fidélité, certainement.
– A l’amour ? fit-elle, surprise.
– Tout le monde croit à l’amour, ou fait semblant d’y croire.

L’intrigue est faussement complexe. L’infiltration très courte offre du suspens, mais l’exfiltration très longue beaucoup moins. Car tout est amené rapidement, et tout est résolu rapidement. Le bon côté c’est qu’on retrouve le plaisir de ligne droite !
Il y a clairement un côté télévisuel à tout cela, mais j’ai eu l’impression d’un téléfilm français lambda avec ses lacunes habituelles. Le whodunit du coupable ne marche pas car les fausses pistes ne servent à rien du tout et celui des traîtres ne marche pas non plus car on fait des révélations sur des persos qu’on n’a pas / peu vus auparavant. Car comme dans un copshow mainstream ces aspects là font long feu : on sait que le coupable est forcément le seul personnage qui nous a été présenté auparavant (et on fait fort avec un coupable incarné par un personnage dont on apprend l’existence en même temps qu’il est démasqué)…

On sent que l’auteur c’est documenté pour planter le cadre de son histoire. Quelques belles descriptions de Marseille certes, mais les cinquante premières pages sont truffées de dialogues qui se forcent à présenter de manière peu naturelle tout le who’s who de la Provence médiévale et des acteurs politiques majeurs du XIIe siècle. OMG j’ai trouvé indigeste toutes ces longues tirades sur les généalogies des uns et des autres (dont on ne parlera plus par la suite) et des conflits féodaux des uns et des autres (dont on ne parlera presque plus par la suite)…

Je déteste cette expression, mais ici on a sans doute affaire à sympathique roman de plage car il se lit à 100 pages à l’heure tellement c’est rythmé, simple et facile d’accès. Je l’ai lu sans déplaisir mais sans plaisir non plus. Peut-être suis-je un peu sévère envers cette série résolument (very) easy readers, mais dans le même créneau j’ai lu tellement mieux et tellement plus intéressant !

note : 4/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

Pin It on Pinterest

Share This