Steve Moore (scénario)
Chris Bolson, Manuel Silva & Leonardo Silva(dessin)

Hercule : Les Dagues de Koush

Comic, fantasy / mythologie
Publié en VF le 18 février 2011 chez Milady Graphics
Publié en VO en 2010 chez Radical Comics (« Hercules: The Knives of Kush »)

Hercule et ses compagnons d’infortune poursuivent leurs aventures teintées de sang dans la mystérieuse Égypte pharaonique, plongée en pleine guerre civile. Au service du pharaon, ils devront démasquer les traîtres qui se cachent au coeur du palais, et mener des batailles plus sauvages que jamais.

Au niveau scénario, Steve Moore reprend le travail de Jim Steranko pour Radical Comics et nous explique sa démarche en préface et en postface : je dois dire que j’adhère plutôt au projet ! Nous retrouvons donc un Hercule désabusé et plus ou moins bisexuel qui traîne son équipe de grognards dans l’âge du bronze finissant, pour échapper aux cruels jeux des dieux tout en gagnant leur vie comme mercenaires en Thrace (puis en Égypte).

Parmi ses compagnons d’arme, appelons :
– Ialos est un aurige ami de longue date
– Autolycos est un voleur lâche et rusé
– Atalante est une chasseresse d’exception, lesbienne maniaco-dépressive
– Méléagre est un chasseur non moins émérite, admirateur d’Atalante et qui essaie de la protéger d’elle-même
– Amphiaraos est un archer devin aux crises d’épilepsie extralucides
– Tydée est un tueur psychopathe aux tendances anthropophages
Dans le ton et dans l’ambiance, on n’est pas si loin du David Gemmell du Lion de Macédoine et de Troie, car ambiguïté sur l’existence du surnaturel est maintenue aussi longtemps que faire se peut, mais ici tout est passé à la moulinette grimdark ! (on se refait pas : Steve Moore est un ancien des comics punks 2000 A.D.)

Ce monde n’est qu’histoires modelées selon les lubies de dieux. Les dieux doivent aimer la tragédie. Ou ne pas nous aimer, nous. Ou bien les deux. Bien sûr, ce n’est peut-être qu’une triste farce jouée aux mortels par les dieux et les Moires. Nés de chaos, voués à Hadès, nous arpentons un temps la scène. Puis le destin nous piétine. Une farce donc, qui se termine toujours en désastre sanglant.

Dans la mini-série comics Les Dagues de Koush, après avoir laissé derrière eux morts ou vivants 3 des leurs la Team Hercule débarque en Egypte en pleine guerre civile entre le roi Sêti qui tient de moins en moins la Basse Égypte et son demi-frère l’usurpateur Amemnesse qui tient de mieux en mieux la Haute Égypte Ils s’interposent entre un convoi et une attaque terroriste : l’officier Khonès veux les récompenser, le chancelier Bei veut les exécuté, mais c’est finalement la reine Taourset qui décide de leur sort en les introduisant auprès de Pharaon. Et ils arrivent à point nommé pour résoudre les problèmes de ce denier en les engageant comme garde du corps de sa favorite Tiaa, en sachant que leur rôle en tant qu’étrangers est de démasquer les espions qui renseigne sa Némésis secondé dans sa folie des grandeurs par le mystérieux mago-psycho dénomé Khadis qui contrôle le foudre… Enquête et interrogatoire, infiltration et espionnages, escarmouche et bataille… Un tome bien rempli qui m’a rappelé à relecture Le Colosse noir de R.E. Howard, puisque les rebelles marchent sur la capitale et que le héros doit aider le souverain a sauvé sa tête à défaut de son royaume. Effectivement l’aspect fantasy pour ne pas dire Sword & Sorcery est nettement plus présent dans cette 2e mini série ! (et mention spéciale aux pirates punks qui remplace l’un des running gag astérixien les plus connus et les plus appréciés) La cour du pharaon est un un panier de crabes où tout le monde est prêt à trahir tout le monde : Sêti autant héros que salaud, ses 3 épouses Taousert, Takhat, Tiaa et leurs secrets, le chancelier Bei qui se retrouve emmerdé qu’on est trahi avant lui, le général xénophobe Horhotep ou Nakhtkéru le nécromant nécrophile. Le relationship de nos héros n’est pas n’est pas mal non plus avec l’opposition entre Hercule l’idéaliste et Autolycos le pragmatique. Et quand Autolycos le bon vivant sans foi ni loi (et homosexuel) fait équivoque avec Iolas plus sobre et plus moral (et hétérosexuel) ça marche bien aussi ! Atalante toujours piégée dans ses idées noires trouve un joli petit lot de consolation au plus désespoir de Méléagre plus amoureux transi que jamais. Après moult complots et combats, Finalement le choc des titants tient ses promesses : face à un adversaire doté de pouvoirs divins, Hercule est obligé de révéler sa nature divine… Mais il n’éprouve aucune haine pour son adversaire qui déjoue tous les stéréotypes du genre ! (le mago psycho est une femme et pas un homme, elle donne et ne prend pas, elle croit en son dieu et non en son ego, elle a des ambitions pour tout le monde et non pour elle seule, et elle doute d’elle-même autant qu’Hercule a douté de lui-même : s’ils avaient été alliés et non ennemis, quels exploits ils auraient pu accomplir ensemble !)

Steve Moore retrouve avec Cris Bolson un vieux compère des univers punks 2000 A.D., et si son trait est moins précis et mois détaille que celui que ceux d’Admira Wijaya malgré les couleurs chaudes de Doug Sirois qui renforce le petit côté « Mad Max » de l’ensemble… Non le problème de la valse des auteurs et on se retrouve avec 3 dessinateurs différents et 3 coloriste différents pour 5 épisodes ! Malgré un travail homogénéisation difficile de produit un résultat suffisamment abouti. J’aurais bien aimé que l’aventure continue, mais après la mort de son frère handicapé Steve Moore s’est retiré du monde des comics avant de s’éteindre à son tour quelques années plus tard à l’âge de 64 ans… C’est triste…

Au final j’ai passé un bon moment, mais si on est assez au-dessus des comics mainstream avec ses cahiers des charges castrateurs, mais c’est un ton en dessous des cadors de la bande dessinée européenne. Néanmoins Steve Moore a été aussi loin que lui permettait la censure du Comics Authority Code, et rien que ça cette mini série comics méritent les éloges. L’adaptation réalisée par les éditions Milady Graphics est plutôt réussie : Je ne sais pas à quel point on a adapté la version d’origine mais entre l’objet en lui-même, les couvertures, la traduction, l’impression, la préface et l’interview de l’auteur, 2 ou 3 bonus dont les couvertures alternatives réalisés par d’autres artistes (bravo à J. P. Targete et à Jean-Sébastien Rossbach !), il n’y a rien à redire ! J’aurais bien aimé qu’ils aillent plus loin en nous offrant la VF de Caliber (la version western des Chevaliers de la Table Ronde) et Aladdin (les Mille et Une Nuits version grimdark) des mêmes éditeurs… (Sinon, je commence à m’apercevoir que ¾ des comics américaines qui me plaisent sont les oeuvre d’auteurs anglais !)

note : 6,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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