Mathieu Gabella (scénario)
Giusto Traina (historien)
Andrea Meloni (dessin)

Ils ont fait l’Histoire,

César

Bande dessinée, histoire / antiquité
Publiée le 15 novembre 2017 chez Glénat

75 avant J.-C. Âgé d’une vingtaine d’années à peine, le jeune Julius César, déjà célèbre pour ses faits d’armes, entame une carrière politique. Inspiré par la figure d’Alexandre le Grand, son objectif est simple : prendre la tête de Rome et lui offrir la grandeur qu’elle mérite. Mais la route est encore longue et César sait que le pouvoir s’obtient aussi bien entre les murs de la cité romaine qu’aux frontières de l’empire. Par ses dépenses somptuaires dans les jeux du cirque ou par ses campagnes victorieuses en Gaule, il s’attire les faveurs du peuple. C’est également par d’habiles manœuvres politiques, qu’il se trouve des alliés puissants. Ambitieux, brillant, César gravit tous les échelons jusqu’à se faire proclamer dictateur à vie sans oublier de se faire quelques ennemis.

Les ellipses sont forcément nombreuses, mais on retrouve bien le game of thones républicain où César, Crassus et Pompée se partagent / se disputent le pouvoir dans une république qui n’existe déjà plus, et où César se sert de la politique pour obtenir des victoires militaires et où il se sert de la guerre pour obtenir des victoires politiques (remember La Guerre des Gaules). Et inutile de mettre des balises spoiler pour des événements vieux 2000 ans : il va prendre le pouvoir et le garder avant les événements que l’on sait… Mais on aborde aussi la vie personnelle de César qui a choisi envers en contre tout de suivre la voie empruntée par son père, sa relation homosexuelle avec le roi Nicomède de Bithynie, la douloureuse mort de sa fille Julia mariée à son rival, et enfin la recherche d’un héritier donc d’une dynastie entre enfant naturel, enfant adultérin et petit-neveu promis à un grand avenir… Et parmi les figures qui accompagnent César dans ce récit, on met en avant le fidèle et le brave Marc-Antoine, Clodius Pulcher l’exécuteur des basses œuvres, Cicéron l’homme qui retourne sa toge plus vite que son ombre, et le méconnu Lucius Cornelius Balbus, un punique naturalisé romain qui réussit l’exploit dans cette période de troubles d’être dans les bonnes grâces de tous les camps…
Au bout du bout reste le mystère césarien : était-il un visionnaire ou un carriériste, un idéaliste ou un idéologue, un homme d’État consciencieux ou un politicien arriviste, ou juste un apprenti maître du monde qui a pris la tête d’un camp parce que la place était déjà prise dans celui d’en face (oui, je vous vois François Mitterrand et Jacques Chirac)… L’Histoire apporte des éléments de réponse puisque cet aristocrate rejoignit le parti du peuple au péril de sa vie, en faisant sienne la cause du général prolétaire Marius naguère défendue par son père et en épousant Cornelia la fille de Cornelius Cinna malgré l’hostilité plus qu’évidente du dictateur Sylla… C’est donc pour survivre qu’il vécut en cavale puis en exil avant de revenir à Rome. De son vivant comme dans son testament, il resta fidèle à la cause qu’il avait choisie de défendre et force est de constater qu’Octave hérita de sa gloire source de légitimité et de charisme, mais qu’Auguste n’hérita nullement de ses idées et de ses visions : si le dictateur œuvra pour une révolution romaine, l’empereur œuvra lui à une restauration romaine qui retarda le destin universel de la ville éternelle d’un ou deux siècles… Monde De Merde !!!

– Arioviste propose un accord de paix et de non-ingérence. Ils procèdent à leurs conquêtes, nous faisons les nôtres… « Leurs » conquêtes ? Qu’est-ce qu’il croyait ? On ne partage pas le monde avec Rome. Car le monde est romain.

Les auteurs vont au bout de leurs idées en commençant par l’épisode des pirates qui montre tout l’orgueil et toute la détermination qui ont fait de Jules César un personnage d’exception. Il a certes une haute opinion de lui-même et affirme clairement que la fin justifie les moyens, mais son intelligence, son abnégation, ses actes de manipulations et ses actes de clémence qui ont causé sa perte sont au service d’une vision : de ses débuts à sa triste fin, cet homme multilingue et multiculturel a œuvré au monde meilleur dont il ne verra jamais l’avènement… Les dessins d’Andrea Meloni assisté par toute une équipe de coloriste sont agréables mais inégaux : j’ai beaucoup aimé le charadesign, mais les arrières plan manquent de détails donc de vista (ah ça, on n’est pas chez Enrico Marini, Philippe Delaby, Gilles Chaillet ou Jacques Martin !)
J’ai été très très déçu par les appendices jusque là l’un des gros points forts de la série, l’historien Giusto Traina se contentant d’une simple énumération des faits faisant carrément doublon avec la bande dessinée proprement dite… C’est l’un des travaux les moins intéressants de la série, pour ne pas dire le moins intéressant de la série ! (sans parler de la bibliographie qui même succincte se permet le luxe de passer sous silence le travail de Robert Étienne)

note : 7/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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