Vincent Brugeas (scénario)
Ronan Toulhoat (dessin)

Ira Dei, tome 2 : La Part du Diable

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée le 05 octobre 2018 chez Dargaud

Plusieurs mois se sont écoulés depuis la prise glorieuse de la ville de Taormine. Maniakès a donné l’ordre aux troupes d’Harald d’attendre son armée à Catane. Mais l’inaction rend les soldats nerveux et la confiance qu’ils avaient placée en Tancrède s’effrite doucement. À présent, ce n’est plus un homme rusé et belliqueux qu’ils ont en face d’eux mais un homme mélancolique et docile qui s’en tient aux ordres. Pourtant, Maniakès voit en lui un adversaire de taille et compte donc bien se jouer de lui pour récupérer son or. Et pour cela, tous les moyens sont bons car, après tout, les alliés d’aujourd’hui sont les ennemis de demain… À nouveau, la colère jaillira !

Automne 1040, Bataille de Troina : les pions sont en place et la partie peut s’engager entre le Strategos Maniakes et l’Émir de Syracuse !
Les auteurs nous livrent la guerre en noir et sang, avec un chouette détournement du légendaire Deathdealer de Frank Frazetta, mais dans une structure en analepse qui l’entrecoupe très largement avec des passages consacrés aux préparatifs de la bataille faisant la part belle à un relationship drama assez pour ne pas dire très compliqué. L’idée, dans la lignée de R.E. Howard puis de G.R.R. Martin, c’est que tout le monde complote et intrigue contre tout le monde et que tout le monde trahit tout le monde dans le but d’établir sa dominance donc sa domination… Nous sommes dans le monde tout pourri des games of thrones à la con, mais les auteurs montrent au lieu d’expliquer en suivant la règle d’or « show, don’t tell » sauf qu’en multipliant les non-dits il finit par manquer un truc pour comprendre le pourquoi du comment ! Alors on a Tancrède alias Robert qui a capturé le diacre Étienne et qui ne sait pas s’il doit s’en servir comme défouloir, comme réponses à ses questions ou comme exutoire à sa soif de vengeance envers le légat Eloi.

Ne regarde pas vers le passé quand l’avenir te tend les bras !

Ce tome 2 est plus ou moins centré sur Etienne qui en est peu ou prou le narrateur, et qui de sa cage agit en trickster en susurrant tous les mensonges et toutes les vérités du monde pour en sortir : les raisons pour lesquelles Guillaume de Hauteville s’éloigne de Tancrède / Robert m’ont paru tout aussi légères que les raisons pour lesquelles Harald l’Impitoyable se rapproche de Tancrède / Robert (tout en lui faisant des cachotteries dans don dos). La vamp Eudoxie travaille-t-elle pour son frère ou pour son amant ? Marie est-elle le pion d’Étienne ou le pion d’Eudoxie ? Otli, Bjnak et Ashkan gravitent autour de Tancrède / Robert, s’en rapprochant ou s’en éloignant tout en gardant tous leurs mystères. Quant au Strategos Maniakes, ce n’est qu’un putain de pervers narcissique cruel et violent et maniaque du contrôle persuadé que le monde lui appartient que tout le monde doit lui obéir… Ils sont tous au sommet mais sont tous prêts à tout et au reste pour gravir un échelon de plus et toiser de haut qui sont restés à l’échelon du dessous !
On retrouve bien les auteurs du Roy des Ribauds, et encore une fois je vais regretter les faiblesses du charadesign pour souligner que le découpage possède un véritable souffle ! Donc j’ai donc hâte de lire la suite la série avec Tancrède / Robert et Harald l’Impitoyable unis à la vie à la mort contre un Maniakes horrifié par la révolte de ses pions, et le diacre Etienne emporté malgré lui en Italie par Guillaume de Hauteville dans une chasse au trésor qui non seulement n’existe pas mais qu’en plus il a lui même initiée…

PS: présenter le dramatis personae sous forme de vitrail médiéval c’était génial

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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