Hirohiko Araki
(scénario & dessin)

JoJo’s Bizarre Adventure, Arc 1 :

Phantom Blood, tome 1

Manga, fantastique / horreur
Publié en VF le 02 juillet 2014 chez Delcourt/Tonkam
Publié en VO du 10 août 1987 au 10 août 1988 dans le Weekly Shōnen Jump (« JoJo no kimyō na bōken : Fantomu Buraddo »)

A la fin du XIXe siècle, en Angleterre, lord Joestar voit arriver dans sa maison le jeune Dio Brando, le fils d’un homme qui lui a sauvé la vie. Reconnaissant, il décide de l’adopter mais le jeune homme s’avère particulièrement ambitieux et prêt à tout pour s’emparer de la fortune familiale. Dio semble même prêt à prendre la place du fils de lord Joestar…

JoJo’s Bizarre Adventure, c’est le manga fleuve qui a changé à jamais le visage du shonen :
– les concepts de l’Onde et des stands qui puisent sans doute dans les mythologies antiques
– les légendaires jojo poses, aujourd’hui l’objet de concours lors des rassemblements de cosplayers
– les nouveaux usages des onomatopées utilisées comme éléments de mise en scène voire de narration
– les clins d’œil permanents aux grands classiques de la littérature horrifique et/ou du cinéma horrifique
– l’immersion de tous les instants dans la popculture mondiale qui transpire dans l’intégralité du naming
– l’application des techniques des photographes de mode au charadesing, au cadrage et à la mise en scène
– les cliffhangers de ouf suivi du légendaire « To be continued » (à ma connaisse c’est le seul mangaka qui fasse ça)
– les supe-rvilains mémorables tous plus psychopathe les uns que les autres (le mangaka a lu des biographies de serial killers jusqu’à la nausée pour travailler la caractérisation de ses méchants)
– la révolution copernicienne des combats car ce n’est plus le plus fort, le plus rapide ou le plus courageux/déterminé qui gagne, mais les plus intelligents et les plus malins… ainsi les affrontements ne sont plus seulement des épreuves de force, physique ou morale, mais aussi des énigmes à résoudre (le mangaka est fan de Sherlock Holmes et de Columbo, et parfois ça se sent bien )

Son influence sur l’actuelle génération de mangaka est immense : CLAMP (X), Watsuki Nobuhiro (Kenshin le vagabond), Yoshihiro Togashi (Yuyu Hakusho, Hunter X Hunter), Hiroyuki Takei (Shaman King), Kazuki Takahashi (Yu-Gi-Oh !), Eiichirô Oda (One Piece), Masashi Kishimoto (Naruto), Taito Kubo (Bleach), Hiro Mashima (Fairy Tail)… lui ont emprunté peu ou prou, et parfois presque tout ! ^^ lui ont emprunté peu ou prou, et parfois presque tout ! Et son l’influence s’est également largement répandu dans les univers vidéoludiques, puisque moult personnages des premiers jeux de bastons (Street Fighter, King of Fighter, Fighting Vipers…) son calqués sur ses créations, tombant parfois dans le plagiat, et tout au long de ses nombreux épisodes la saga Castlevania n’a cessé de lui rendre hommage…

Mais avant d’en arriver là, tout commence avec le premier arc de la saga intitulé Phantom Blood ! A la fin du XIXe siècle, dans l’Angleterre victorienne, nous suivons la rivalité et l’affrontement entre deux individus que tout oppose :
– l’altruiste Jonathan Joestar, dit JoJo, élevé par un père aimant, qui voit le bien en chacun et qui ne pense qu’aux autres, quitte à se sacrifier
– l’égocentrique Dio Brando, élevé par un père haineux, qui voit le mal en chacun et ne pense qu’à lui-même, quitte à sacrifier les autres
Tous deux vont jouer le nouvel acte d’un affrontement éternel : celui entre les guerriers de l’Onde qui offrent aux autres et le peuple vampire qui prend aux autres… c’est donc moins celui du Bien contre le Mal que celui non moins primordial de l’humanité contre la crevardise !!! Mais on assiste presque à une relecture manga du Dracula de Bram Stoker, mais le Prince des Carpates est remplacé par un cockney londonien, et la figure gothique et romantique par un psychopathe parricide qui veut devenir maître du monde !

Deux hommes regardent au travers des mêmes barreaux ; l’un voit de la boue, et l’autre voit les étoiles.

Persuadé que Dario Brando lui a autrefois sauvé la vie, Lord Joestar décide d’adopter son fils Dio à la mort de celui-ci. Ce dernier a un plan de carrière très bien établi qui consiste à jouer le rôle du fils modèle et à faire passer JoJo pour un fils indigne. C’est donc tout naturellement qu’il lui pourrait la vie par devant et par derrière, comme les sociopathes savent si bien le faire IRL. Mais JoJo illustre parfaitement la maxime d’Abraham Lincoln : tomber 7 fois, se relever 8 ! Plus on lui cause des misères, plus cela le renforce dans ses convictions morales… Dio est donc obligé de passer au plan B : feindre l’amitié en attendant sa majorité et se débarrasser du père et du fils en même temps.
Nous retrouvons donc 7 ans plus tard Dio en brillant avocat et JoJo en archéologue prometteur. La santé de Lord Joeystar se dégrade, et le fils aimant soupçonne Dio de ne pas être étranger à la chose… Ne trouvant personne pour analyser la substance utilisée par Dio, il part enquêter à Ogre Street, le quartier le plus mal famé de la ville, au plus grand bonheur de Dio qui espère qu’il y laissera la peau. Mais s’il en revient vivant, Dio utilisera le masque aztèque sur lequel JoJo travail pour faire passer sa mort pour un accident ou un suicide… Car oui, le malheur arrive par un étrange masque aztèque, dernier vestige d’un peuple mystérieusement disparu, qui a déjà provoqué la mort de plusieurs personnes avant d’arriver entre les mains de la mère de JoJo.  Oui, H.P. Lovecraft nous voyons bien ton héritage sur la culture horrifique !

To Be Continued =>

Les connaisseurs verront tout de suite que pour ce premier cycle de sa saga fleuve l’auteur emprunte tous les outils de Tetsuo Hara aux dessins, et parfois de Buronson aux scénarii : un héros entre Mel Gibson et Bruce Lee, des femmes fortes et fragiles à la fois, véritable madones célestes, des alliés classieux mais au destin tragique, des ennemis tantôt fourbes tantôt nobles et une sacré galerie de troches de cauchemars au niveau de leurs sbires bodybuildés, mais c’est aussi des combats bien chorégraphié, une esthétisation de la violence et des arrière-plans magnifiquement travaillés (alors que 30 ans plus, certains mangaka hype n’en font même pas !).

Ce n’est que par la suite qu’il se différenciera, mais on notera le travail son travail sur les visages : tantôt en angles tantôt en courbes, ils visages sont ou réussis ou brouillons selon les personnages… Tout n’est pas maîtrisé car il fait la part belle à deux personnages adolescents alors que son mentor n’en a que rarement dessiné. Mais un Dio Brando, avec ses grands yeux et ses sourcils, c’est quasiment du CLAMP avant même la formation du groupe de mangaka d’Osaka…

note : 6/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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