Javier Negrete

Le regard des Furies

Roman SF, thriller publié le 26 avril 2002 chez L’Atalante

« Je ne suis pas un homme, se répétait-il. Il était plus et beaucoup moins. Un prédateur doué d’une intelligence et d’une efficacité extrêmes; une machine à tuer; un esclave du pouvoir, comme la Parque Atropos qui tranche le fil de la vie quand sa soeur Lachésis le lui ordonne. Les bêtes, les machines, les Parques et les génètes n’obéissent à aucune morale, ils ne peuvent choisir entre le bien et le mal. » 2116. Voici l’histoire d’Érèmos le « génète », agent clandestin de la puissante compagnie HONYC, en mission sur une planète bagne pour y percer le secret du voyage interstellaire, jalousement gardé par les Tritons extraterrestres. Un grand roman de science-fiction en même temps qu’une parabole sur l’exercice de la responsabilité. Javier Negrete est né à Madrid en 1964. Le regard des Furies est son premier roman publié en France.

Javier Negrete avait commencé sa brillante carrière multi-genre par la SF.
Ici c’est à la fois un bon roman de SF et un bon thriller sinon un bon roman d’espionnage, mais pas que.

L’auteur nous présente une Terre cyberpunk qui a essaimé dans la galaxie, sous l’étroit contrôle des Tritons, peuple aquatique seul maître des voyages supraluminiques tout droit sorti de la saga culte Dune. Mais le roman se déroule sur la planète carcéral de Rhadamante, dont toute la toponymie se calque sur la géographie des enfers gréco-romains (ce qui nous amène à une réflexion intéressante car on peine à différencier cette société calquée sur les anciens bagnes australiens de notre société moderne).

Il était aussi peu enclin à la tendresse familiale que la mante religieuse à l’amour conjugal.

Le facteur temps est très bien géré : une fois le roman démarré, on ne s’ennuie jamais !
C’est avec plaisir que nous suivons les investigations de cet androïde espion qui suit les traces de 007. C’est d’autant plus agréable que cela s’inspire du cahier des charges des films d’espionnages grands publics. Mais difficile de savoir si le détenteur du permis de tuer féru de culture antique est Sean Connery ou son antithèse…

Le roman présente une dimension psychologique et philosophique agréable, car notre androïde rêve de Furies électriques et commence à douter malgré ses améliorations cérébrales et ses inhibiteurs de sentiments. Trois personnages féminins bien campés catalysent sa crise existentielle : la douce Clara, la forte Uranie, l’impitoyable Amara sont les avatars de Mégère, Alecto et Tisiphone qui vont précipiter les événements.
Comme dans les tragédies antiques, le héros ne pourra échapper à son funeste destin.

On sent tout de suite que l’auteur maîtrise aussi bien les lettres classiques que les disciplines scientifiques. On se régale avec un auteur très cultivé qui partage sa culture sans prendre les lecteurs de haut : c’est avec plaisir qu’au détour de tel ou tel passage on retrouve Homère, Thucydide, Aristophane, Fermat, Lovecraft, Edgar Rice Burroughs, Arthur C. Clarke…

Tout n’est évidemment pas parfait :
– c’est le 1er roman de l’auteur : ses autres romans présentent plus de vista
– le personnage de Miralles est amené de manière forcée et frôle souvent le WTF !
– le héros est plutôt froid et cérébral, d’où moult passages réflexifs (solution A) ou B) ?)

Pour un peu on pourrait se retrouver entre Dan Simmons et Richard Morgan avec une intrigue qui gagne en fluidité et en limpidité par rapport à ces deux derniers. Finalement un livre très bien écrit, très bien rempli et ma fois déjà bien abouti.

note : 8,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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