Mitsu Izumi

Magus of the Library, tome 1

Manga, fantasy
Publié en VF le 07 mars 2019 chez Ki-oon

Pour le jeune Shio, qui passe son temps libre plongé dans les romans, les récits extraordinaires sont un refuge face à la brutalité du quotidien. Son rêve est de partir pour la capitale des livres, où sont rassemblées toutes les connaissances du monde. Un projet utopique pour un gamin sans ressources… jusqu’au jour où des envoyées de la fameuse bibliothèque centrale débarquent dans son village ! Le miracle qu’il appelle de ses vœux depuis si longtemps est-il sur le point de se réaliser ?

C’est un bien intriguant manga que Mitsu Izumi a réalisé !
Dans une ambiance très Mille et une nuits (rukhs, génies, monstre marins, chevaux d’ébène, tapis volants et tutti quanti), elle prend tout son temps pour nous présenter son univers qui après avoir survécu à une guerre apocalyptique n’a pas voulu faire table rase du passé (pas comme le premier empereur de Chine qui a inauguré son règne en effaçant 2000 ans d’Histoire en autodafés divers et variés). Bien au contraire Afshak en est devenu la capitale, sa bibliothèque centrale le pinacle du pouvoir, et les Kahunas expertes dans toutes les domaines y compris la magie ont désormais la charge de protéger et faire prospérer les connaissances du monde entier (et cela correspond exactement à la définition du mot dans la langue et la culture hawaïenne).

Cet univers fantasy plus riche et plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord, la mangaka nous le fait découvrir du bas et non du haut, de la périphérie et non du centre, à travers les yeux d’un yeux d’un adolescent orphelin bibliophile qui est le Gary Stu de nous autres lecteurs. Tous les petits cailloux blancs semés par l’auteur laissent à penser que promis à un grand destin le petit Shio Fumis est un nouvel avatar du Héros aux mille et un visage, cet archétype universel venu de la nuit des temps et théorisé par Joseph Campbell et Carl Gustav Jung, mais qui d’après les intellos n’est qu’un poncif pour les prolos… Et le choix d’un héros métis est d’autant plus courageux avec le retour des populismes racistes et xénophobes qui refusent le multiculturalisme et le cosmopolitisme (pas toujours à tord d’ailleurs, quand la ploutocratie mondialisée impose des élites autoproclamées et apatrides qui insultent à répétition les peuples avec arrogance et condescendance), mais aussi parce qu’au Japon le racisme et la xénophobie sont encore la norme sociale à respecter (d’ailleurs le terme « métis » se traduit si je me souviens bien par « demi-humain »). Shio n’est pas né au bon endroit, pas avec le bon niveau de richesse et pas avec la bonne apparence qui lui permettrait de se fondre dans la population : il est moqué et harcelé de tous les côtés, et aimerait bien pouvoir se réfugier dans les livres qu’il aime tant (que celui à qui cela n’a jamais arrivé lui jette la première pierre). Sauf que les notables locaux refusent que les « pauvres » et les « étrangers » aient accès à la culture (pour ensuite mieux les critiquer ne les accusant de ne pas vouloir s’intégrer : c’est exactement le discours que nous servent les élites suprématistes depuis que le Veau d’Or a amené l’inégalité donc l’injustice, et là tout de suite j’ai fortement envie de balancer le nom et l’adresse d’un élu LREM de ma circonscription qui pense et agit pareillement et ose se dire progressiste). Quand un commando de Kahunas arrive pour récupérer un grimoire magique, Shio découvre certes un nouveau monde mais il fait aussi découvrir aux envoyées de la bibliothèque centrale un autre monde où la liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas respectées : et oui depuis la crise des subprimes, difficile de trouver un manga n’évoquant pas la lutte des classes (un concept qui selon Warren Buffet et Emmanuel Macron n’existe pas mais que subissent chaque jour 7,5 milliards de personnes !)…

– Protéger les livres c’est tout simplement protéger le monde.

Bien que le recours au DAO se fasse ressentir les dessins de Mitsu Izumi sont magnifiques (les fans de Bride Stories vont se régaler !), et pour ne rien gâcher quelques belles trouvailles graphiques viennent dynamiser l’ensemble en surprenant lecteurs et lectrices. Il y a plein de parallèles à faire avec la série Magi: The Labyrinth of Magic de Shinobu Ohtaka qui avait complètement assumé le fait de partir en croisade contre les forces obscures du reagano-thathéro-macronisme. Mais d’un autre côté « la légende de l’archimage » qui nous est contée en fin de tome n’est très éloignée de l’affrontement entre le roi de lumière et le dieu des ténèbres dans Les Chroniques d’Arslân de Yoshiki Tanaka, l’autre fleuron de la fantasy japonaise avec Guin Saga de Kaoru Kurimoto. Où veux nous mener l’auteure ? Au bout d’un tome 1 de 240 pages c’est rigoureusement impossible de le savoir donc vite la suite que se doivent de découvrir et mettre en avant tous les bibliothécaires, bouquinistes, libraires, et professeurs documentalistes de France et de Navarre car nous sommes à 100% dans l’ode à la littérature et à la lecture !!!

note : 8/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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