Ellery Queen

Le Mystère des frères siamois

Roman, polar / cosy mystery
Publié en VF en 1935, réédité par Archipoche le 11 septembre 2019
Publié en VO en 1933 (« The Siamese Twin Mystery »)

Contraints d’y chercher refuge pour échapper à un incendie qui gagne de toutes paris. Ellery et son père découvrent des hôtes pour le moins étranges, sur lesquels plane une menace de mort. Des bagues disparaissent, une ombre monstrueuse hante les couloirs. l’inquiétant Bones s’affaire dans un jardin où il ne pousse rien… Une nuit l’assassin frappe. Les Queen mènent l’enquête, non sans confusion. L’inquiétude s’accroît à mesure que les suspects se disculpent et que le feu progresse. encerclant la maison. La peur d’une mort collective n’efface pas la terreur qui rôde, et chacun guette dans le silence du soir les mystérieux déplacements de l’assassin et les lueurs de la forêt qui flambe au loin.

Derrière le pseudonyme d’Ellery Queen se cachent Manfred B. Lee et Frederic Dannay, deux cousins de Brooklyn qui dépassés par leur premier succès en librairie ont dû se consacrer à l’écriture à plein temps. L’inspecteur new-yorkais Queen et son fils Ellery détective privé sont ainsi peu ou prou leurs Gary-Stu. C’était mon premier livre des auteurs, et sûrement pas le dernier : merci Babelio, merci Masse Critique, merci Archipoche !

Le père et le fils sont de retour de vacances au Canada, quand sur une route de campagne au pied des montagnes ils se retrouvent confrontés à un feu de forêt. Ils se retrouvent obligés d’en gravir les sommets pour échapper aux flammes et de demandée à asile à une drôle de maisonnée qui en plus de partager un secret commun chacun des membres cultive son propre secret. Tout le monde se retrouve coupés du monde par l’incendie qui fait rage, et quand le maître des lieux le Docteur John Xavier est retrouvé assassiné on démarre alors une enquête en huis-clos… Qui est l’assassin ? Le domestique Bones, la domestique Mrs Wheary, son frère Mark, sa femme Sarah, son assistant Percival Holmes, l’invitée Ann Forrest, la cliente Marie Carreau, les patients Francis et Julian Carreau ou le réfugié John Smith ?

Nous sommes dans du classique mais du solide, car nous sommes dans un traditionnel « Cosy Mystery » qui contient tous les ingrédients du genre s les éléments du genre et contient tous les ingrédients. J’ai passé un bon de lecture, facile et rapide ce qui m’a permis de remettre le pied à l’étrier (même si au début j’ai eu un peu de mal à me replonger dans la prose de la première moitié du XXe siècle), mais malgré des qualité j’ai trouvé cela inégal : le côté « Mystery » et ses énigmes à résoudre est bien plus exploité que le côté « Cosy » et sa galerie de psyché à explorer. Encore une fois, quel que soit le talent des auteurs on mesure le plafond de verre qui les sépare de la Duchesse de la Mort qui plaçaient les passions humaines au centre de ses récits…

Donc pour maintenir le lecteur en haleine, on multiplie les fausses pistes (et en placer une à 10 pages de la fin pour finalement retourner au point de départ c’était vraiment trop fort de café) : l’épouse jalouse, un capteur d’héritage, un maître chanteur, l’assistant du bon docteur qui enfouit de mystérieux colis dans le sol… Et ce d’autant plus qu’on a spoilé tout ou presque dès le départ avec le titre « Le Mystère des frères siamois », et que comme l’une des révélations est basée sur un jeu de mot entre la langue française et la langue anglaise, en VF on spoile presque le reste avec le dramatis personae au début du roman (ah c’était le bon temps quand auteurs et éditeurs mettaient le dramatis personae pour faciliter la vie des lecteurs !). On fait avancer l’intrigue avec des « morts qui parlent », autrement dit des assassinés qui en agonisant ont laissé des indices pour démasquer leurs meurtriers. J’avoue qu’ici on use et abuse du procédé, et que dès la première fois c’est capillotracté. Après l’amateur de récits policiers repère très vite les Fusils de Tchekov qui permettront d’orienter les enquêteurs dans leurs interrogatoires en vue de la confrontation finale, et trouvera un peu bizarre que personne ne se pose la question du mobile donc du « cui bono ».

– Je dis souvent qu’on devrait interdire les romans policiers. Ça donne vraiment trop d’idées aux criminels amateurs.

Les commissaires littéraires de l’entre-deux-guerres (décidément ces emmerdeurs élitistes sont pire que du chien-dent), ont hurlé à l’affreux classicisme qui piochait dans la littérature gothique avec le Bon Docteur, son assistant ambitieux, son serviteur patibulaire et la sinistre créature. Comme le dit le proverbe anglais « it is in the old pots that we make the best soups », et comme le fit le proverbe français « c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes » : originalité n’est aucunement synonyme de qualité et manque d’originalité n’est aucunement synonyme de médiocrité, au contraire bien souvent rien ne vieillit aussi vite et aussi mal que l’avant-gardisme ! Ici c’est même dommage de ne pas avoir davantage exploité le roman gothique : j’aurais bien vu un « monstre » en cacher un autre ce qui aurait amené une foule de questions plus intéressantes que « un six de pique découpé en deux, qu’est-ce la victime voulait nous dire ? », genre « qui est la créature ? », « d’où vient la créature ?, « que veux la créature ? », « la créature a-t-elle un complice voire un géniteur / une génitrice parmi les suspects? »… Oui mais non, mais d’autres auteurs y ont pensé à la place des cousins de Brooklyn !

Il y a des éléments que j’ai beaucoup aimé :
– les auteurs ont beaucoup d’humour et d’autodérision face au genre policier, tellement d’ailleurs qu’on a l’impression que leurs Gary Stu savent qu’ils sont dans un roman policier. Alors on ne repousse pas les limites du quatrième mur, mais on nous offre beaucoup de tirades savoureuses…
– le côté survival est mine de rien très réussi dans la tension et dans l’émotion, et les splendides descriptions de l’incendie n’ont pas pris une ride au fil des décennies… du coup c’est dommage d’avoir tout gâché en évoquant en 1933 un éventuel sauvetage en hélicoptère car les hélicoptères ont été véritablement créés en 1936 (c’étaient des prototypes et ils ont été inventés en Allemagne) : problème de révisions ultérieures, ou propagande délibérée voulant faire croire aux Américains et au reste du monde que les USA sont toujours en avance sur le reste du monde (c’est carrément inscrit dans le cahier des charges de la production culturelle américaine pour ceux qui ne le sauraient pas encore) ?

Après on va encore me tomber dessus à bras raccourcis, mais les faits sont têtus : les femmes ne sont pas à la fête dans ce roman policier. Ils sont tellement utilitaires qu’on arrive à en oublier certains et à se demander à quoi ils servent. On a une récurrence de dialogues précisant noir sur blanc que les femmes sont faibles physiquement, faibles psychologiquement, doté d’un métabolisme susceptible de changement brusques, qui rient et qui pleurent pour rien, fatiguées, fatigantes et impossible à comprendre avec leurs caprices et leurs pétages de plombs à répétition… Alors oui c’est d’époque, mais c’est pénible quand même hein !

note : 6/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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